Conférence-débat de Catherine Dumonteil Kremer « Poser des limites à son enfant et le respecter » – 2016

Catherine Dumonteil-Kremer est consultante familiale, formatrice aux techniques de communication interpersonnelles, et éducatrice Montessori. Elle est aussi l’auteure de Élever son enfant autrement, ressources pour une éducation alternative, L’adolescence autrement, faire confiance aux ados, faire confiance à la vie, Relations frères-sœurs : du conflit à la rencontre, Une nouvelle autorité sans punition ni fessée et la série des «Agathes»


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La violence

Où est l’éthique quand on justifie sa violence par la violence de l’autre ?
Très clivante et perçue comme une intrusion dans la sphère privée, l’opposition aux punitions corporelles n’est pas populaire en France. Les pédiatres, psychologues et spécialistes de la petite enfance jugent pourtant quasi unanimement que les châtiments corporels, y compris l’usage régulier de fessées et de gifles, n’ont pas de valeur éducative, et ne permettent pas de se faire obéir.

Durant l’été 2016, L’Assemblée vote l’interdiction des violences corporelles sur les enfants. Il n’y a pas de violence légère.

La disposition, inscrite dans le code civil, est symbolique, elle n’est pas accompagnée de sanction pénale. «Elle énonce un principe clair, qui a vocation à être répété aux pères et mères, et à imprégner leur comportement futur», affirme l’exposé des motifs de l’amendement. L’article relatif à l’autorité parentale est lu lors des cérémonies de mariage. Il n’est cependant pas certain que tous les parents assimilent gifles et fessées à des violences. Pourtant, c’est bien «tout coup porté sur un enfant», y compris ces dernières, qui sont symboliquement proscrites. La disposition permettra également de mettre fin au «droit de correction» coutumier, reconnu par certains tribunaux aux parents.

Cette avancée est motivante et va dans le sens du bien être de l’enfant. Mais il faut se mettre à la place des parents : «Je n’ai plus le droit de taper mais je fais quoi à la place ?»

Les parents n’ont pas les outils nécessaires à un changement dans leur vision de l’éducation qui n’est pas accompagné. C’est pourquoi Catherine Dumonteil-Kremer ainsi que plusieurs autres figures de la petite enfance tels que le Dr Catherine Gueguen, Isabelle Filliozat, etc. vont se réunir afin de créer une campagne de sensibilisation et d’aide aux parents.

La cruauté animale est une reproduction de la violence subie : le père frappe la mère, la mère frappe le grand frère, le petit frère frappe le chien … Tous les bourreaux ont été victimes, les enfants apprennent par imitation.

Une étude a montré que le pic de maltraitance se trouve à 2 ans, quand l’enfant est enthousiaste, maladroit, et très proche de ses émotions.

L’empathie

Un enfant n’est pas cruel, il est par nature empathique.
 Lien vers une vidéo montrant que les enfants sont naturellement empathiques.

Le rôle de l’adulte n’est pas d’apprendre l’empathie à un enfant, l’enfant est déjà empathique, son rôle est de préserver son potentiel empathique.

Le siège de l’empathie peut être endommagé par une éducation violente.

La parentalité

Quand on a un enfant, tout le monde devient conseiller parental.
On peut vite se sentir perdu, blessé dans sa qualité de parent.
Françoise Dolto disait «Les erreurs blessent moins quand elles viennent de l’amour maladroit.» Tous les parents veulent le meilleur pour leurs enfants. Ils font du mieux qu’ils peuvent avec ce qu’ils ont, avec ce qu’ils avaient comme information à ce moment-là.

Il est préférable d’éviter de se disputer devant les enfants : ils se sentent responsables de la discorde, ils éprouvent de la culpabilité.

L’écoute silencieuse : c’est prendre du temps en tant que parents pour exprimer à l’autre ce que l’on ressent. Quand le premier parent parle, l’autre l’écoute sans l’interrompre et attend son tour. (cf CNV) «Je suis mal à l’aise avec la façon dont tu parles aux enfants.» C’est un temps de régulation et de recherche de solution important.

La parentalité positive n’est pas figée. Elle évolue avec les nouvelles découvertes sur le cerveau et le développement de l’enfant.

On a très peu de temps pour être parent mais c’est à la fois le travail de toute une vie. C’est très enrichissant et il faut en profiter.

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C’est par l’éducation qu’on peut modifier les bases de la société.

Il est important de savoir où l’on veut aller . Un couple devrait parler et écrire les limites à ne pas dépasser. Des règles avec du sens.
Plus il y a des règles, plus c’est compliqué = Moins il y a de règles, plus c’est facile.
On peut par exemple écrire les règles non négociables : blesser physiquement ou émotionnellement une autre personne, un autre être vivant. Nuire à son propre matériel ou au matériel de l’autre…

Les émotions

L’évacuation d’une émotion est un besoin, c’est un processus naturel de guérison naturel de notre corps.
Exemples :
Rire → exprime le bonheur ou relâche les tensions (gêne)
Pleurs → tristesse, deuil
Tremblements → peur
Pour évacuer sa colère, on peut par exemple taper ou crier dans un coussin.

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Les besoins

Combler les besoins d’un enfant favorisent le développement optimal de son cerveau et de son corps. A l’inverse, quand un enfant souffre, son apprentissage en pâtit et il apprend à éviter.

Le réservoir affectif : quand il est plein, on se sent bien et notre seuil de tolérance est haut. Cependant nos conditions de vie font que le seuil du réservoir affectif est souvent bas : dispute, séparation, déménagement… Le réservoir affectif de l’enfant est plus petit : il se remplit et se vide plus vite.

Le jeu remplit le réservoir affectif et créée des liens affectifs très forts. Il favorise également l’apprentissage.

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As-tu rempli un seau aujourd’hui ?

L’enfant qui pleure la nuit et à qui on ne répond pas se sent abandonné, se résigne à ne plus pleurer.

L’enfant ne veut pas manipuler, il veut seulement une meilleure relation avec ses parents. Il a besoin d’amour et de se sentir aimé. Il a besoin de contact physique, de pleurer, de manger, de boire. Les enfants veulent de l’intérêt de la part de leurs parents.

Si ses besoins ne sont pas comblés ; l’enfant stress et produit donc du cortisol qui est un neurotoxique et cela entraîne donc des comportements inappropriés.

Première question à se poser quand on trouve que l’enfant a un comportement inapproprié : «De quoi mon enfant a besoin ? Pourquoi il se conduit comme ça ?»<
Un comportement inapproprié est un message.

La mémoire traumatique

La mémoire traumatique est due aux blessures d’enfance. Aux traumatismes subis lorsque nous étions bébés (ex : pleurs dans le vide), enfants (violence physique, psychologique…)…
Le stress sécrète de l’adrénaline (qui met en danger le système cardiovasculaire) et de la cortisol (met en danger les neurones). Le cerveau se met en panne et les souvenirs vont se loger dans l’amygdale, la mémoire inconsciente. C’est un mécanisme de refoulement.

Si j’ai été frappé enfant dans une pièce jaune, je peux ne pas aimer la couleur jaune étant adulte sans savoir pourquoi. La mémoire traumatique peut se réveiller et cela peut être douloureux. Les enfants réveillent la mémoire traumatique des adultes. L’école ravive également cette mémoire : je reviens à ma place d’enfant. La mémoire traumatique peut se vider grâce à de la thérapie par exemple.

Si on remarque que l’on a une réaction disproportionnée face à l’enfant , par exemple qui ne veut pas finir son assiette, cela nous montre, nous fait remonter une blessure de notre enfance et nous invite à nous en occuper.

L’école

La violence à l’école : la cours de récréation est l’endroit où tout s’exprime. Il faudrait qu’il y ait des adultes qui ont envie de jouer et qui laissent les enfants exprimer leurs émotions.

Les enfants peuvent être violents en rentrant de l’école : en effet, ils viennent de passer une journée enchaînant des contraintes successives : ne pas aller aux toilettes quand ils en ont envie, ne pas manger quand ils ont faim ou ne pas boire quand ils ont soif… C’est une grosse transition pour les tout petits. Ils ne peuvent pas toujours s’exprimer à l’école. Et donc ils s’ expriment là où ils se sentent le plus en sécurité : avec leurs parents.

Autres sujets abordés

Conditionnement principal de l’homme : «Tu ne dois pas ressentir. Tu dois être fort.»
Conditionnement principal de la femme : «Sois belle et occupe toi des autres avant de t’occuper de toi.»

Les écrans : plus tard on leur donne la possibilité de regarder la télé, mieux c’est. Éviter de leur proposer.

Idem pour les bonbons : la première proposition de drogue ne doit pas venir de nous.

Il est important de :
– combler les besoins de l’enfant
– jouer avec l’enfant. Le matin par exemple, faire un petit jeu (5/10 min) qui va faire que l’enfant se sentira en confiance, bien dans ses baskets et qui lui fera commencer la journée du bon pied.
– protéger l’enfant «Je commence à être en colère et à devenir dangereux pour toi, je vais me calmer dans ma chambre

La réparation est possible à tout âge «Je reconnais que ma façon de t’éduquer… Je suis désolée.»
Les enfants peuvent aussi réparer «Que peux tu faire pour réparer ?
Il faut aussi laisser le temps aux enfants de regretter.

Exemples de jeux

Bamboléo : jeu de société d’équilibre → l’enfant s’occupe en s’amusant si l’on doit passer un coup de fil ou faire à manger.

1,2,3 soleil au bain : je te lave la tête et quand tu dis soleil je m’immobilise (en faisant une grimace par exemple) → rend le moment plus agréable pour l’enfant.

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Inversion des rôles : arrivés au supermarché, on prend la place de l’enfant «Maman je veux ça ça et ça». L’enfant prend directement la place de l’adulte «Non tu n’en auras pas…» → jeu riche d’enseignements et qui relâche les tensions.

Karaté chaussettes : enlever les chaussettes de l’autre avant qu’il ne nous les enlève → installe une énergie positive

Chiffres

-80% des populations dorment avec leurs enfants. C’est très occidental de séparer l’enfant de ses parents dès la naissance.
-1/3 des divorces à lieu à l’arrivée du premier enfant.
-Les enfants passent en moyenne 3h par jour devant les écrans.
-Une étude américaine estime qu’il faudrait 2 adultes pour 1 enfant pour un développement optimal.

Livres évoqués

Hier je t’ai… – Mies Van Hout
La cause des enfants – Françoise Dolto

Bibliographie

Éduquer son enfant autrement
Poser des limites à son enfant
Une nouvelle autorité sans punition ni fessée
Jouons ensemble autrement

Son site : http://www.cdumonteilkremer.com/

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