3-6-9-12 Apprivoiser les écrans et grandir – Serge Tisseron

Editeur : Eres
Date de publication : 2013
Collection : 1001 et +
Auteur : Serge Tisseron

 

Serge Tisseron (né en 1948) est docteur en psychologie, il est psychiatre et serge-tisseronpsychanaliste. Son travail de recherches et de publications a porté successivement sur trois thèmes : les secrets de famille, les relations que nous établissons avec les images et nos rapports aux nouvelles technologies.

 

 

 

Introduction

«3-6-9-12», cela évoque bien sûr quatre étapes essentielles de l’enfance :
3 ans → c’est l’admission en maternelle
6 ans → l’entrée en CP
9 ans → l’accès à la maîtrise de la lecture et de l’écriture
11-12 ans → le passage au collège

Mais ce sont aussi d’excellents repères pour savoir à quel âge et comment introduire les différents écrans dans la vie de nos enfants. En effet, de la même façon qu’il existe des règles pour l’introduction des laitages, des légumes et des viandes dans l’alimentation d’un enfant, il est possible de concevoir une diététique des écrans, afin d’apprendre à les utiliser correctement, exactement comme on apprend à bien se nourrir.

Mais pour cela, il nous faut renoncer à 2 tentations : idéaliser ces technologies, et les diaboliser. Attendre des miracles des écrans serait en effet tout aussi stérile que vouloir s’en passer. Ce ne sont que des outils. Ne leur demandons pas plus qu’ils ne peuvent donner, mais apprenons à leur demander tout ce qu’ils peuvent nous offrir ! Et pour commencer, introduisons-les au bon moment et à leur juste place.
L’idée s’est imposée à S.T en 2007, aussitôt après qu’il eut lancé une pétition pour faire interdire les chaînes de télévision à destination des enfants de moins de 3 ans. Il a alors imaginé la règle «3-6-9-12» comme une façon de répondre aux questions les plus urgentes en rappelant aux parents, sous une forme facile à mémoriser, quatre repères :
3, cela signifie éviter de mettre un enfant de moins de 3 ans devant la télévision
6, ne pas lui offrir une console de jeu personnelle avant 6 ans
9, l’accompagner sur internet entre 9 et 11-12 ans
12, ne pas le laisser se connecter de façon illimitée lorsqu’il est en âge de surfer seul

Hannah Arendt (politologue, philosophe et journaliste) écrivait dans «La crise de la culture» : «L’éducation est le point où se décide si nous aimons assez le monde pour en assumer la responsabilité et, de plus, le sauver de cette ruine qui serait inévitable sans ce renouvellement et sans cette arrivée de jeunes et de nouveaux venus. C’est également avec l’éducation que nous décidons si nous aimons assez nos enfants pour ne pas les rejeter de notre monde, ni les abandonner à eux-mêmes, ni leur enlever leur chance d’entreprendre quelque chose de neuf, quelque chose que nous n’avions pas prévu, mais les préparer d’avance à la tâche de renouveler un monde commun».

Ce programme doit être le nôtre aujourd’hui : donner à nos enfants la chance d’entreprendre quelque chose de neuf que nous n’avions pas forcément prévu, et les préparer à la tâche de renouveler le monde. Et nous verrons que sur ce chemin, le problème des écrans ne se pose pas seulement dans une dimension individuelle ou familiale. Il est sociétal : le remède au «trop d’écrans» n’est pas dans la dénonciation et la culpabilisation des usagers, mais dans la redécouverte des multiples formes du lien social, et dans notre capacité d’y associer nos enfants au sein de projets créatifs et socialisant.

ecrans

I/ Pourquoi les campagnes contre les dangers des écrans sont-elles sans effet ?

Les premières études à charge contre eux ont été réalisées dans les années 1990 : elles concernaient la nocivité de la télévision pour les très jeunes enfants et les dangers d’une consommation excessive (avec le flou que ce mot comporte).

L’Académie américaine de pédiatrie, qui s’est le plus préoccupée, depuis 1999, à vouloir quantifier le temps d’écran souhaité, est arrivée à la conclusion qu’il fallait le limiter à 1 ou 2 heures par jour entre 8 ans et 18 ans, soit un chiffre qui varie du simple au double.

Trop d’écrans ou trop de souffrance à oublier ?
Confrontés à des parents qui tentent d’oublier dans les écrans les souffrances liées à leur précarité sociale ou professionnelle, ils sont évidemment tentés de faire pareil. Une étude des années 2000 avait déjà montré que les enfants qui regardent le plus la télévision sont ceux dont les parents regardent le plus la télévision.

La plus grande violence des écrans est justement de nous écarter de la représentation de solutions collectives. Que ce soit dans les séries télévisées ou dans les programmes pour enfants, partout triomphe le héros solitaire. Un cercle se met en place : les configurations familiales et sociales qui confrontent nos contemporains à toujours plus de solitude suscitent le refuge dans les écrans, et celui-ci aggrave à son tour l’isolement.

Encourager les bonnes pratiques
Abandonner un enfant devant un écran est un désastre éducatif. Il s’agit donc autant d’un guide des bons usages que d’une dénonciation des mésusages. En pratique, les conseils donnés vont dans trois directions :
– l’apprentissage de l’autorégulation (tranches horaires)
– la pratique de l’alternance (variations des stimulations et l’encouragement de l’enfant à développer des activités qui mobilisent ses 5 sens)
– l’accompagnement (faire raconter à l’enfant ses expériences d’écran de façon à ce qu’il utilise alternativement son intelligence spatialisée et son intelligence narrative)

Ce que les écrans n’apportent pas
L’éducation aux écrans ne commence pas avec les écrans mais bien avant, lorsque l’enfant construit ses premiers repères spatiaux et temporels.
La régularité des horaires de repas, de coucher, les rituels de la toilette, du brossage de dents. Tout cela lui permet de construire un rapport à la durée qui soit à la fois structuré et structurant. Dans beaucoup de famille, les repas ne sont plus ritualisés, les adultes mangent debout ou sur le canapé du salon, sans horaire fixe, tout en parlant au téléphone ou en regardant la télévision.
Pour permettre à l’enfant d’intérioriser les repères temporels, il est également préférable de ne jamais le laisser devant un écran, mais devant un programme, dont on connaît de préférence la durée qu’on lui annonce. Cela invite à commencer à s’y repérer.
Dès que l’enfant sait parler, il faut l’inviter à raconter ce qu’il a vu sur les écrans, comme on l’invite à raconter ce qui lui est arrivé dans sa vie, parce que les écrans en font partie. Aidé par l’adulte, il apprend alors à construire le récit de ce qu’il a vu, avec un avant, un pendant et un après, et il inscrit ces repères en lui d’une façon qui lui permettra, plus tard, de se constituer en narrateur de sa propre existence.

II/ «3-6-9-12», l’état des savoirs

En quelques années, les technologies numériques ont bouleversé notre vie publique, nos habitudes familiales et même notre intimité. Les très jeunes enfants acquièrent rapidement avec les tablettes tactiles, une habileté qui étonne les adultes.

Avant 3 ans : l’enfant a besoin de construire ses repères spatiaux et temporels
Dès sa naissance, le bébé commence à développer sa connaissance du monde et de lui-même, c’est-à-dire une conscience spécifique et différenciée de son propre corps, grâce à ses actions sur l’environnement. Les nouveaux objets numériques, comme les tablettes tactiles, peuvent être intégrées dans ces apprentissages, aussi bien dans l’environnement familial qu’à la crèche.
Les jouets traditionnels manipulés dans les 3 dimensions de l’espace semblent les plus adaptés au développement des jeunes enfants. En effet, un bébé a d’abord besoin de construire ses repères corporels et sensori-moteurs. Et pour cela, il doit pouvoir flairer, toucher, porter à la bouche ses objets favoris, les secouer pour voir s’ils font du bruit, les jeter en l’air pour les regarder tomber, courir derrière. Le bébé qui se livre à ces activités construit ses repères spatiaux, découvre les possibilités de son propre corps et apprend à se repérer dans l’espace.
De nombreux travaux montrent que l’enfant de moins de 3 ans ne gagne rien à la fréquentation des écrans.
La recherche la plus connue a consisté à mettre en place des interviews avec des parents d’enfants âgés de 8 mois à 16 mois en les invitant à relever les mots utilisés habituellement par ceux-ci dans une liste de 90. Le résultat est que chaque heure par jour pendant laquelle un bébé regarde des DVD ou des vidéos, ses apprentissages en vocabulaire diminuent de 6 à 8 mots par rapport aux enfants qui ne regardent pas ces programmes.
La quantité de temps passé à regarder ces programmes est corrélée avec le ralentissement des acquisitions.
Pour un enfant de moins de 24 mois, il est impossible de parler de programmes «adaptés». Seul compte le nombre d’heures passées devant l’écran.
Les parents qui lisent souvent des livres avec leurs enfants, ou qui leur racontent régulièrement des histoires, potentialisent considérablement les possibilités linguistiques de ceux-ci.
Dans une récente étude de chercheurs québécois et américains, il a été démontré qu’une exposition précoce des enfants à la télévision, y compris aux programmes prétendument conçus pour eux, les prive d’apprentissages fondamentaux et ont une incidence directe sur le type d’écoliers qu’ils deviennent. L’étude confirme ce que d’autres recherches avaient montré, à savoir que la forme physique est affectée à long terme. Au-delà de 2 heures par jour, chaque heure supplémentaire passée devant un téléviseur se traduit en effet, à l’âge de 10 ans, par une diminution de 9% de l’activité physique générale, une augmentation de 10% du grignotage et de 5% de l’indice de masse corporelle qui mesure l’obésité.
Les bébés les plus exposés à la télévision deviennent aussi des «enfants moins autonomes, moins persévérants et moins habiles socialement».

Entre 3 et 6 ans : l’enfant a besoin de découvrir toutes ses possibilités et de confronter sa compréhension du monde à celle des adultes
Les avantages des écrans → Les écrans interactifs mettent à contribution 2 types complémentaires d’intelligence : intuitive et hypothético-déductive. (Résolution des tâches et les apprentissages par essais et erreurs ; capacité d’anticipation et retour d’expérience.)
Méthode de Claude Bernard : l’observation, l’hypothèse, la manipulation du réel, puis à nouveau l’observation. C’est le cas de nombreux jeux de stratégie et d’aventure.
Les dangers des écrans → S’agissant de la télévision, 80% des programmes regardés par les enfants de 3 à 12 ans ne leur sont pas spécifiquement destinés.
Le caractère traumatique des écrans à cet âge est lié à 3 causes souvent associées : d’abord leur très forte charge émotionnelle qui submerge l’enfant de sensations et d’émotions sans commune mesure avec celle auxquelles il est confronté dans sa vie quotidienne ; ensuite l’impossibilité de leur donner du sens, notamment par le fait que l’enfant est le plus souvent seul devant l’écran, ou avec de jeunes frères ou sœurs tout aussi démunis que lui ; et enfin l’incapacité où il est de gérer cette situation potentiellement traumatique par le moyen du jeu. Chez les enfants plus jeunes, cette insécurité générée par les écrans s’accompagne en outre d’une attente de sécurisation qui ne vient évidemment jamais, avec le risque de provoquer des crises de rage et/ou de désespoir aussitôt que l’écran est éteint.
Il est essentiel d’avoir à l’esprit que la relation du jeune enfant à ses jouets est multisensorielle, associant la vue, l’audition, le toucher et l’odorat. C’est dans cette intrication permanente que se tisse son image inconsciente du corps et que s’installe son sentiment d’être à la fois «dans son corps» et «au monde».
S’agissant des jeux vidéo, le problème est le même : il est très important que l’enfant ait des activités engageant ses 10 doigts, pour développer l’habileté motrice, mais surtout permettre la maturation des régions cérébrales concernées. Les jeux vidéo ne peuvent donc pas se substituer aux activités traditionnelles. Par ailleurs, le problème est qu’aussitôt qu’ils sont introduits dans la vie de l’enfant, ils risquent d’accaparer toute son attention.

Entre 6 et 9 ans : l’enfant a besoin de découvrir les règles du jeu social
Les avantages des écrans → Les écrans préparent les enfants à une société de l’information dans laquelle la réflexion stratégique, la créativité et la coopération sont des facultés essentielles.
Les dangers des écrans → Compte tenu de la violence présente sur de nombreux écrans, il est souhaitable de respecter les âges indiqués pour les programmes et les jeux vidéo.
Le journal télévisé est à éviter avant 6 ans et doit s’asseoir au début d’un accompagnement parental.

Entre 9 et 12 ans : l’enfant a besoin d’explorer la complexité du monde
Les avantages des écrans → Il vaut mieux éviter les jeux auxquels on joue seul et préférer les jeux joués à plusieurs, de préférence en contact de proximité.
Les dangers des écrans → C’est d’abord bien entendu le danger d’y consacrer trop de temps. La présence de violence sur les écrans est également problématique.

Après 12 ans : l’enfant s’affranchit des repères familiaux
Les avantages des écrans → Les réseaux sociaux familiarisent les jeunes avec les mondes numériques, mais constituent aussi un nouvel espace d’expérimentation sociale qui leur permet de se définir et de définir le monde qui les entoure. Quant aux jeux vidéo, notamment en réseau, quelques avantages leur ont également été découverts. Le principal est qu’ils développeraient l’aptitude à travailler en équipe et la curiosité à l’égard des autres ; en terme de compétence et de savoir.
Les dangers des écrans → L’influence des images violentes.
Le second problème est leur utilisation excessive, bien que le mot «addiction», souvent utilisé à son sujet, semble de plus en plus inadapté pour la désigner. En effet, aucune étude scientifique ne permet à ce jour d’affirmer qu’il existerait une «addiction» aux jeux vidéo ou à internet comparable à ce que le même mot désigne lorsqu’il est appliqué à la consommation d’une substance toxique. En plus, s’agissant des adolescents, on sait que leur cerveau n’est pas terminé et que leur contrôle des impulsions peut n’être pas encore totalement installé: les mots «addiction» et «dépendance» qui définissent, de façon générale, la perte du contrôle des impulsions chez un adulte qui l’avait mise en place, sont donc inadaptés à la situation de l’adolescent.
Il convient de toujours faire la différence entre les usages passionnels qui enrichissent la vie et les usages pathologiques qui l’appauvrissent.

III/ «3-6-9-12», une feuille de route adaptée à chaque âge.

L’éducation ne consiste pas à protéger et à guider un enfant, mais à lui apprendre, progressivement, à s’autoprotéger et à s’autodiriger. C’est le dialogue familial le plus important.
C’est dans les années 1970 à 2000, qui ont connu à la fois la généralisation de la contraception et le boom des constructions immobilières, que sont apparus chez les parents 2 désirs nouveaux : fabriquer juste le nombre d’enfants désirés et les élever en les protégeant de tous les dangers du monde. Et pour cela, ils ont inventé la «chambre d’enfant», avec l’idée d’y garder leurs rejetons enfermés le plus longtemps possible.
Mais l’invention d’internet a mis fin à ce rêve en permettant aux adolescents de s’évader sans quitter leur chambre. Car l’utilisation d’internet, et particulièrement des réseaux sociaux comme Facebook, tient toute entière dans ce paradoxe : être à la fois dedans et dehors, avec et ailleurs.

Avant 3 ans
Éviter le plus possible la télévision et les DVD, et essayer de ne regarder en sa présence que les programmes que l’on tient absolument à voir.
Il ne faut pas oublier qu’un enfant est très sensible, dès la naissance, à l’imitation. S’il nous voit regarder la télévision, il va faire de même. S’il nous voit toujours tripoter notre smartphone, il fera pareil. Il faut penser à le garder éloigné de lui comme beaucoup d’autres objets de la maison doivent l’être.
On peut aussi jouer parfois avec l’enfant en utilisant le smartphone ou la tablette. Il faut choisir un fond d’écran adapté. Il faut essayer de respecter plusieurs conditions :
-rester avec l’enfant quand il l’utilise et l’accompagner
-réduire ce temps à de courtes périodes et ne pas oublier de jouer avec lui à des jeux traditionnels
-ne pas chercher à lui faire «apprendre» quoi que ce soir, jouer seulement avec
-s’informer de l’existence de logiciels adaptés à ses possibilités

Entre 3 et 6 ans
Contrôler le temps d’écran : une demi-heure par jour est bien suffisante. Nous croyons parfois que quand il y a un écran allumé chez nous, il est fait pour être regardé. C’est une erreur. Habituons-nous à l’idée qu’il est fait pour être commenté, exactement comme un livre d’images.
L’écran est un support de relations enrichissantes et pas d’isolement solitaire.

Entre 6 et 9 ans
Établir des règles claires sur le temps de jeux et plus globalement sur le temps d’écran dont dispose chacun des enfants.
PEGI = Pan European Game Information → âge souhaité pour chaque jeu
En ce qui concerne internet, y aller avant 9 ans présente peu d’intérêt et beaucoup de dangers. C’est une bonne prévention d’initier l’enfant au droit à l’intimité et au droit à l’image car ce sont des problèmes qui se posent sans cesse quand on utilise internet.

Entre 9 et 12 ans
Déterminer en amont l’âge à partir duquel l’enfant pourra avoir son propre téléphone mobile.
Prendre du temps chaque jour pour parler avec l’enfant de ce qu’il a vu sur les écrans, de ce que ses camarades regardent et des échanges qu’il a avec eux.

IV/ Facebook : quand les parents ont (presque) tout faux

A côté des dangers bien réels et si souvent dénoncés, Facebook est devenu pour les jeunes un formidable outil au service de la construction de leur individualité et de leur découverte des règles du jeu social. Hélas, le plus souvent, c’est aussi un outil dont ils font l’apprentissage seuls, à leurs risques et périls.

«Pour les jeunes, Facebook remplace le monde réel»→ Faux.

Facebook est un lieu semblable à la cours de récréation, où chacun se tient réciproquement au courant des nouveautés, consulte les idées et les pensées des autres membres de son groupe d’âge, y montre sa rapidité d’esprit, dit des choses qu’il n’oserait pas exprimer s’il se trouvait face à son interlocuteur, frime. Facebook est ludique et amusant, et n’oblige à rien.
Plus les jeunes comprennent les dangers d’internet, et plus ils prennent au sérieux la protection de leurs données privées et de leur sphère privée. D’où la nécessité de les leur expliquer, et cela dès l’école primaire, avant qu’ils commencent à s’y exposer de façon dangereuse.

«Ceux qui utilisent les réseaux sociaux ont moins de relations dans la réalité» → Faux.

Internet pourrait favoriser les relations entre les groupes sociaux dans la mesure où les normes sont moins contraignantes dans l’environnement virtuel que dans l’environnent réel.

«Sur Facebook, on perd toute estime de soi» → Faux.

Il a été montré que le fait de visiter régulièrement les pages de ses amis augmente l’estime de soi. Les jeunes inscrits sur Facebook présenteraient même un niveau d’estime d’eux même supérieur à ceux qui n’y sont pas.

En conclusion, les réseaux sociaux présentent bien des avantages pour les adolescents en termes de relations sociales, voire de bénéfices psychologiques.

V/ 3-6-9-12, l’école, les collectivités publiques et le monde associatif

Il faut introduire la dimension du virtuel dès la maternelle, et cela sous la forme de l’apprentissage du «faire semblant» qui manque cruellement aux enfants, tout en se préoccupant des effets de la violence des écrans dès cet âge.
Il est essentiel, dès l’école primaire, d’informer les enfants sur la culture informatique, et sur les dangers, et les bienfaits des écrans. En 3 ème lieu, il est indispensable de prendre appui sur les nouvelles pratique développées par le numérique pour repenser la pédagogie sans forcément introduire des outils technologiques dès le primaire.

De 3 à 6 ans : apprendre le «faire semblant»
Le Jeu des trois figures y contribue. Il s’appelle ainsi en référence aux 3 postures qu’on retrouve dans la plupart des programmes de télévision et des jeux d’enfants :
-l’agresseur
-la victime
-le redresseur de tort
Sa mise en pratique correspond à 5 objectifs sur 6 de ceux que les programmes français fixent à l’école maternelle :
-s’approprier le langage
-apprendre les règles de la socialisation et du bien vivre ensemble
-agir et exprimer avec son corps
-mettre en œuvre l’imagination
-valoriser la référence à l’écrit
Mais il remplit aussi 3 fonctions essentielles qu’aucune autre activité, aujourd’hui, ne vient susciter en maternelle :
-prise de recul
-réduction de la violence entre élèves en augmentant la capacité d’empathie
-il apprend le «faire semblant» et incite les enfants à «imiter pour de faux» dans leurs jeux plutôt que «pour de vrai»
Des initiatives applicables à tout âge
Bien qu’il soit beaucoup question de difficultés de concentration des adolescents aujourd’hui, il n’est pas certain qu’elles soient plus importantes qu’hier. Souvenons-nous de Rabelais évoquant Gargantua «les yeux assis sur son livre». On ne peut guère trouver une image plus parlante de la «rêvasserie» : l’élève a décroché des propos du maître, et son esprit vagabonde tandis que son regard s’est «assis» sur son livre. Les élèves qui ne suivent pas ou qui s’absentent mentalement de temps en temps ont toujours existé. La différence d’aujourd’hui est qu’ils refusent de s’ennuyer.

Conclusion

Les technologies numériques doivent être considérées comme de nouveaux outils qui diversifient nos possibilités. Avec les écrans interactifs, l’être humain possède, pour la première fois, un support pour son intelligence spatialisée aussi important que l’écriture et le livre le sont pour son intelligence narrative. A condition toutefois de ne pas oublier que leurs bienfaits sont plus facilement accessibles à ceux qui ont appris au préalable à maîtriser la pensée linéaire et l’intelligence narrative.
Nous savons que les enfants, bien encouragés et guidés ; sont incroyablement créatifs. A nous de nous rendre disponibles à cette découverte. L’encouragement des bonnes pratiques, et notamment des pratiques partagées et/ou créatrices, est en effet la meilleure façon de s’opposer à celles qui favorisent l’isolement et la désocialisation.

Résumé

3-6-9-12 Des écrans adaptés à chaque âge

Avant 3 ans
L’enfant a besoin de construire ses repères spatiaux et temporels. Évitez la télévision et les DVD, dont les effets négatifs sont démontrés.
Les tablettes tactiles ne sont pas prioritaires : elles peuvent être utilisées en complément des jouets traditionnels, mais toujours en usage accompagné, sans autre but que de jouer ensemble, et de préférence avec des logiciels adaptés.

Entre 3 et 6 ans
L’enfant a besoin de découvrir toutes ses possibilités sensorielles et manuelles. Éviter la télévision et l’ordinateur dans la chambre.
Établir des règles claires sur le temps d’écran et respecter les âges indiqués pour les programmes.
Préférer les jeux vidéo auxquels on joue à plusieurs à ceux auxquels on joue seul : les ordinateurs et les consoles de salon peuvent être un support occasionnel de jeu en famille, voire d’apprentissages accompagnés.
Ne pas offrir une console de jeu personnelle à l’enfant : à cet âge, jouer seul devient rapidement stéréotypé et compulsif.

Entre 6 et 9 ans
L’enfant a besoin de découvrir les règles du jeu social.
Éviter la télévision et l’ordinateur dans la chambre. Établir des règles claires sur le temps d’écrans et respecter les âges indiqués pour les programmes. Paramétrer la console de jeux du salon. A partir de 8 ans, expliquer à l’enfant le droit à l’image et le droit à l’intimité

Entre 9 et 12 ans
L’enfant a besoin d’explorer la complexité du monde. Continuer à établir des règles claires sur le temps d’écrans. Déterminer avec lui l’âge à partir duquel il aura son téléphone mobile. Rappeler régulièrement les 3 caractéristiques d’internet :
tout ce que l’on y met peut tomber dans le domaine public
tout ce que l’on y met y restera éternellement
tout ce que l’on y trouve est sujet à caution → certaines données sont vraies et d’autres fausses

Après 12 ans
L’enfant commence à s’affranchir des repères familiaux. Votre enfant «surfe» seul sur la toile, mais convenez d’horaires à respecter. Éviter de lui laisser une connexion nocturne illimitée depuis sa chambre. Discuter avec lui du téléchargement, des plagiats, de la pornographie et du harcèlement. Refuser d’être son «ami» sur Facebook

A tout âge
Limitons les écrans, choisissons les programmes, invitons l’enfant à parler de ce qu’il a vu en fait, encourageons les pratiques créatrices.

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