Éduquer sans punir – Thomas Gordon

Editeur : Marabout
Date de publication : 2013
Collection : Enfant – Education
Auteur : Thomas Gordon

 

Thomas Gordon est un docteur américain en psychologie clinique du 20è siècle. Il a proposé une nouvelle approche de la communication orale.

photo_of_dr-_thomas_gordonIl a été un pionnier dans la conceptualisation de la résolution des différends Gagnant-Gagnant ou sans perdant. Thomas Gordon a été proposé trois fois pour le prix Nobel de la paix. Il a reçu la médaille d’or de l’Association de psychologie humaniste pour sa contribution exceptionnelle à la diffusion de la psychologie dans l’intérêt public.

 

La discipline : une idée controversée

La discipline est encore et toujours une question très actuelle. Il est clair que la discipline est devenue une question politique, juridique, éducative, religieuse et familiale qui divise fortement les parents, les enseignants, les moniteurs, les administrateurs scolaires et les autres personnes qui s’occupent des enfants.
Certains psychologues affirment qu’il est inefficace et même nuisible d’imposer une discipline stricte et punitive aux enfants et aux jeunes.
«Si elles ne s’accompagnent pas d’efforts importants visant à faire participer l’élève et à l’aider, les politiques restrictives entraînent inévitablement une dégradation de la discipline et même la violence ou encore l’expulsion des élèves qui ont le plus besoin d’attention et la méritent le plus» (Cordes, 1984)
«Bien que les enseignants soient victimes de violence, l’attitude punitive à l’égard des enfants représente davantage une cause qu’une solution à la mauvaise tenue des élèves» (Cordes, 1984)
Le célèbre psychologue béhavioriste B. F. Skinner écrit : «Les groupes fondamentalistes qui protestent contre le projet de loi visant à abolir les châtiments corporels dans les écoles californiennes faussent la lettre du projet de loi en prétendant qu’il risque d’empêcher la prévention de la violence dans les écoles. Cette idée n’a, bien sûr, aucun fondement. Qu’elles soient administrées par la police, par les enseignants, ou par les parents, les punitions produisent toujours les mêmes effets :
1- fuite (absence)
2-contre-attaque (vandalisme et agression)
3-apathie (ce projet de loi encouragerait les enseignants à chercher des façons plus efficaces d’encadrer leurs élèves)» (Skinner, 1987)

En Turquie il y a le dicton : «Là où frappe le professeur, une rose fleurit»
En Belgique, le professeur qui frappe ses élèves est passible d’emprisonnement. En Thaïlande, toute punition doit être infligée avec un bâton dont le diamètre n’excède pas 2 cm.

Plusieurs groupements religieux traditionnels s’opposent fortement aux mouvements en faveur des droits des enfants. Ils condamnent l’éducation sexuelle, la liberté d’expression, la musique rock. Ils voient la liberté sexuelle des adolescents comme des symboles de l’échec des parents à imposer leur «autorité». Ils affirment que les parents ont le devoir de discipliner leurs enfants.

Les chercheurs ont découvert qu’une grande proportion des mauvais traitements infligés aux enfants était beaucoup plus grave qu’une simple «tape sur le derrière».
-2% ont déjà reçu des coups de pieds, ont été mordus ou frappés par un parent à un certain moment de leur vie
-1% ont reçu une raclée au cours de leur croissance
On a découvert qu’un enfant pouvait être maltraité par ses parents aussi souvent qu’une fois par mois. Pour nombre d’enfants, la violence est une condition chronique et non pas une expérience rare.

Au cours des recherches du Dr Gordon sur la discipline, il a constaté qu’en société, nous employons des stratégies inefficaces pour réduire les comportements autodestructeurs et inacceptables des jeunes : alcoolisme, tabagisme, toxicomanie, délinquance, abandon des études, conduite en état d’ébriété, vandalisme et autres formes de violence, grossesses précoces, viol, suicide. La fréquence croissante de ces comportements prouve sans nul doute que nos méthodes disciplinaires traditionnelles, tant à la maison qu’à l’école, sont inefficaces. En fait, elles pourraient bien être davantage la cause de ces comportements que leur remède.
Comprendre la discipline

Il y a une différence fondamentale entre «discipline» et «discipliner». Le nom «discipline» désigne généralement un comportement et un ordre conforme à des règles ou préservés par un entraînement, par exemple la «discipline dans la classe» ou la «discipline d’une bonne équipe de basket-ball». Ce terme suscite rarement une controverse. En effet, tout le monde semble favoriser ce type de discipline synonyme de «ordre, organisation, coopération, savoir, respect des règles et des procédés et prise en considération des droits d’autrui».
Le verbe «discipliner» signifie «donner le sens de l’ordre, du devoir, de l’obéissance à» et «régler en exerçant un contrôle sur, maîtriser, assujettir, soumettre». Exemple : discipliner une classe.
Des recherches ont démontré que les punitions rendent les enfants agressifs et violents. En effet, les enfants les plus fréquemment punis sont plus agressifs, hyperactifs et plus violents à l’égard de leurs camarades que les enfants peu ou pas punis à la maison.
Lorsqu’un enfant est forcé de faire quelque chose, il n’est pas vraiment influencé ; même s’il se soumet, il le fait habituellement par crainte d’être puni.
On influence davantage les jeunes lorsqu’on ne cherche pas à les dominer ! Le contraire est aussi vrai : plus on cherche à dominer les gens par le pouvoir, moins on influence leur vie. Pourquoi ? Parce que les méthodes fondées sur le pouvoir poussent l’enfant à résister (il refuse d’obéir), à se révolter (il fait le contraire de ce qu’on lui demande), ou à mentir (il dit qu’il a fait ce qu’on lui a demandé alors qu’il ne l’a pas fait).
Les enfants apprennent à maîtriser les comportements qui dérangent les adultes si ceux-ci ont envers eux les mêmes égards. Ils respectent les règles dans la mesure où ils ont la chance d’établir ces règles avec les adultes. Discipliner les enfants ne produit pas des enfants disciplinés. La discipline imposée par les adultes peut engendrer des enfants obéissants, craintifs et soumis, mais ne peut pas inculquer aux enfants l’autodiscipline.
Ce qui fait toute la différence, c’est qui établit les règles : les adultes seuls ou les adultes avec les enfants.

Pour justifier leur emploi d’une discipline fondée sur le pouvoir afin de maîtriser les enfants, ou encore pour atténuer leur culpabilité, les adultes veulent désespérément croire qu’ils sont motivés par l’amour et le bien-être des enfants.
La méthode traditionnelle : Récompenses et punitions

«Discipliner» les enfants veut dire les dominer au moyen du pouvoir.
Le but des dominateurs est de contrôler leurs sujets et de les forcer à agir. Ils souhaitent, bien sûr, que leurs sujets se montrent soumis, dociles, obéissants.

Les relations fondées sur un pouvoir inégal sont instables et temporaires, car elles fomentent les actes mêmes qui saperont et affaibliront le pouvoir du dominateur.
Pourquoi les récompenses sont inefficaces

Les récompenses, en particulier les compliments, peuvent créer une dépendance chez l’enfant et saper sa motivation.
« Pour que les compliments provenant des parents fonctionnent, ils doivent être utilisés avec parcimonie, augmentés petit à petit d’intensité ou de fréquence de manière à dépasser un niveau d’adaptation graduellement croissant chez l’enfant. L’emploi de récompenses entraîne des problèmes similaires. L’enfant qui en reçoit régulièrement finit par les attendre et voit leur absence comme une punition alors que leur présence ne lui apparaît plus comme une gratification.» (Maccoby et Martin, 1983)
La cause : l’absence de récompenses peut être vue comme une punition ; des récompenses trop abondantes finissent par perdre leur effet.
Définition du compliment par le Dr Gordon : message verbal qui communique un jugement positif sur une personne, son comportement ou une de ses réalisations.

Les adultes ne visent pas uniquement le bien-être de l’enfant lorsqu’ils le complimentent. Ils souhaitent surtout déclencher un changement de conduite qui les satisfera, eux. Ce qu’ils veulent, c’est une cour en ordre, une classe studieuse. Mais en général les enfants voient clair et devinent l’intention cachée des adultes.

Émettre un message clair exprimant précisément notre réaction face au comportement de l’enfant, un message «je» d’appréciation plutôt qu’un compliment, fait une différence considérable. Ces messages sont précis, révélateurs et expriment clairement ce qui se passe à l’intérieur de soi :
«Je me sens bien lorsque tu…
J’ai été agréablement surprise lorsque tu…
J’ai été soulagée de voir que tu…
J’ai beaucoup apprécié que tu…»

Article connexe « Elever nos enfants avec bienveillance » de Marshall Rosenberg

Le compliment concerne habituellement l’autre personne, ce qu’elle a dit ou fait, son apparence. Sous la forme de message «tu», il comporte un jugement de valeur.

«Tu as fait de l’excellent travail.
Tu es vraiment bien organisé.
Ton discours était excellent.
Tu as un teint merveilleux»
Par ailleurs, le message «je» communique nos sentiments à l’enfant sans porter de jugement de valeur. Cette différence est cruciale, car dans le compliment, c’est le jugement de valeur qui cause des difficultés.

L’écoute active, autre solution efficace, est une réaction verbale qui exprime tout simplement une compréhension empathique et une acceptation de ce que l’enfant exprime ou vit. On écoute d’abord attentivement, puis on démontre par ses paroles qu’on a compris son message.
Laisser l’enfant s’auto-évaluer a deux avantages. L’écoute incite l’enfant à :
1-Trouver lui-même la solution de son problème
2-A être responsable, ne pas dépendre du parent et résoudre lui-même ses problèmes

Pourquoi les punitions sont inefficaces

Comme la récompense, la punition doit être administrée avec un savoir-faire considérable pour donner des résultats. Alors la plupart des parents et des enseignants ont peu de chances d’employer la punition avec succès, car ils n’ont pas la compétence nécessaire pour appliquer cette méthode hautement technique.

Voici quelques règles techniques :
1-Un comportement déjà puni doit être systématiquement puni
2-La punition doit suivre immédiatement le comportement indésirable
3-La punition ne doit pas être infligée en présence des autres enfants, par crainte de gêner l’enfant pris en faute et de le rendre agressif envers l’adulte.
4-La personne qui punit doit veiller à ce que le comportement fautif ne soit jamais récompensé
5-Les enfants ne doivent pas être punis trop sévèrement ni trop souvent, car ils risqueraient de se replier sur eux-mêmes (cesser de faire des efforts, quitter la pièce ou l’école, s’enfuir de la maison, abandonner l’équipe, s’évader dans l’alcool et les drogues.

Lorsqu’on punit un enfant, on le prive toujours de la satisfaction d’un de ses besoins. Or, lorsque les enfants ne satisfont pas leurs besoins (et les adultes aussi d’ailleurs), ils se sentent frustrés ; et l’agressivité constitue une réaction courante à la frustration. La frustration engendre l’agressivité. Des expériences en laboratoire ont étudié les réactions des animaux, puis des enfants, qui rencontraient des obstacles à la satisfaction d’un besoin (nourriture, eau, jouets, etc..). Frustrés, ils réagissaient très souvent (mais pas toujours) en devenant agressifs et souvent violents envers les autres. Ces expériences ont mené à la théorie de l’agressivité-frustration, qui est maintenant presque universellement acceptée en sciences humaines.

La punition favorise l’agressivité chez les enfants non seulement en les privant de ce qu’ils désirent et en les frustrant, mais aussi par l’apprentissage par imitation. Les enfants apprennent en observant les adultes, en particulier leurs parents. Si les parents se font obéir par la violence, ils enseignent à leurs enfants une leçon qu’ils ne sont pas prêts d’oublier : emploi la force physique et la violence pour obtenir ce que tu veux des autres. Pour contrôler, emploie la force.

La véritable réaction des enfants face au contrôle

On croit encore que la fin justifie les moyens. En effet, certains adeptes de la punition croient tellement en l’obéissance à l’autorité parentale d’abord, puis plus tard à une autorité supérieure, que les moyens qu’ils préconisent pour parvenir à leur fin sont déformés de manière à sembler bénéfiques à l’enfant, plutôt que destructeurs. Il est illusoire de penser que tous les enfants finiront par se soumettre à toute forme d’autorité et au pouvoir des adultes. En fait, les enfants adoptent une grande variété de réactions et de comportements, que les psychologues appellent mécanismes d’adaptation.
Certains de ces mécanismes constituent des réactions de combat, d’autres des réactions de fuite et d’autres de soumission.

Une discipline rigoureuse ne produit pas des enfants disciplinés, mais provoque chez eux un comportement délinquant ou criminel. Plusieurs recherchent le prouvent :

-Les jeunes délinquants et délinquantes sont issus de foyers où les parents étaient autoritaires et punissaient sévèrement leurs enfants
-Les détenus violents ont tous subi une extrême violence à la maison entre l’âge de un et de 10 ans (Maurer, 1976)
-Les meurtriers ont été plus fréquemment et plus sévèrement punis physiquement, étant enfants, que leurs frères qui n’ont pas tué. (Palmer, 1962)
-32 % des garçons qui ont eu une mère aimante et un père sévère ont été reconnus coupables de crimes.
-46% des garçons qui ont eu une mère sévère et un père aimant ont commis un acte criminel
-70% des garçons qui ont eu un père et une mère qui les rejetaient et les punissaient ont commis des crimes (McCord et McCord,1958)
-Les criminels violents ont reçu un grand nombre de raclées et d’autres formes de châtiments corporels de la part de leurs parents ou d’autres gardiens adultes. (Gilmartin, 1979)
-Les écoles où on maltraite davantage les enfants, subissent un plus haut taux de vandalisme que les autres. (Hyman, McDowell et Raines, 1975)

Les punitions physiques peuvent rendre des enfants délinquants ou criminels, par un ou plusieurs des facteurs suivants :

-apprentissage par imitation
-réaction agressivité-frustration expliquée plus tôt
-réaction d’hostilité à l’égard des figures d’autorité (parents, enseignants, directeurs, patrons, police)
-besoin de se venger
-sentiments de désespoir et d’impuissance

Les châtiments corporels prédisposent les enfants à une vie de transgression, d’agressivité et de violence, d’abord à l’égard de leurs frères et sœurs et de leurs parents, puis de leurs professeurs et du directeur de l’école, et plus tard, de toutes autorités qu’ils rencontrent.

La multitude des preuves accumulées démontre que les punitions infligées aux enfants sont dangereuses pour leur santé mentale.

Les causes de la toxicomanie sont nombreuses et complexes, mais le plus importante est sans nul doute le besoin de fuir l’angoisse ainsi que la douleur, la solitude, l’impuissance, le rejet ou toute autre frustration de la satisfaction de ses besoins.

Selon le Dr Gordon, la guerre contre les drogues, les slogans invitant à «dire non» et les programmes visant à inculquer la crainte de la drogue aux enfants n’auront pas de succès tant que les parents et les enseignants n’auront pas appris à traiter les enfants et les adolescents de manière à ne pas leur donner envie de fuir.

Certains jeunes réagissent à l’autorité des adultes par la soumission et l’obéissance. Cette obéissance est précisément ce que les champions de la discipline-à-tout-prix et du pouvoir-aux-parents désirent par-dessus tout, la désobéissance représentant leur plus grande crainte. Tout au long de l’histoire, le culte de l’obéissance a été profondément enraciné et hautement privilégié dans de nombreuses sociétés. La soumission à l’autorité est considérée comme une source nécessaire au contrôle social au sein des institutions et des nations, qui lie les membres des organisations, le critère de base de toute vie communautaire. Comme telle, on l’a élevée au rang de vertu noble ou morale dans les organisations militaires et les cultes religieux, ainsi que dans les familles et dans les écoles. Plusieurs croient que le «manque de respect de l’autorité parentale conduit à l’anarchie, au chaos et à la confusion» (Dobson, 1978)
Le plus triste exemple reste l’extermination des juifs européens par les nazis ; ce crime hideux et immoral fut perpétré par des milliers de soldats allemands au nom de l’obéissance à leurs supérieurs.
La disparition du sens des responsabilités est la conséquence la plus importante de la soumission à l’autorité. L’obéissance à l’autorité enlève la maîtrise de soi et le sens des responsabilités.
Des options pour développer l’autodiscipline chez les enfants

La «mauvaise conduite» est une action qui entraîne une conséquence indésirable pour l’adulte. En fait, la conduite de l’enfant est mauvaise au vu de l’adulte. Donc, c’est dans l’esprit de l’adulte et non dans celui de l’enfant que le comportement en question a un caractère négatif. L’enfant, pour sa part, fait ce qu’il a besoin de faire pour satisfaire un de ses besoins. Autrement dit, c’est l’adulte qui voit le mauvais côté du comportement de l’enfant.

Les enseignants ont généralement appris à enrichir l’environnement scolaire des tout-petits afin d’empêcher que les enfants ne s’ennuient (ce qui est souvent à l’origine des comportements inacceptables). Les professeurs compétents présentent une multitude d’options à leurs élèves et font un usage efficace d’activités individuelles où les jeunes font différentes choses au même moment. Ils savent aussi quand réduire la stimulation offerte aux enfants. Ils assombrissent la pièce, prévoient des moments de repos et utilisent des techniques captivantes comme la peinture, les films, les vidéos ou les histoires.

Les messages «tu» :
-véhiculent un manque de respect pour les besoins de l’autre personne
-font que les enfants se sentent coupables, rabaissés, critiqués, blessés
-peuvent inciter l’enfant à se venger et à vous rabaisser
-entraînent des querelles destructrices ou un échange d’injures
Le message «je» est plus qu’un procédé. C’est une nouvelle perception où l’adulte reconnaît que le problème lui appartient quand le comportement d’un enfant lui est inacceptable.
La remarquable efficacité des messages «je» provient du fait que les enfants les considèrent comme des appels à l’aide. Leur message sous-jacent est le suivant : «J’ai un problème avec ton comportement et j’ai besoin de ton aide». Un enfant répond mieux à un appel à l’aide et est beaucoup plus disposé à modifier son comportement que lorsqu’on le punit, le commande, le dévalorise, le menace…
Les messages «je» répondent aux 3 critères importants d’une confrontation efficace :
-Ils ont de fortes chances d’inciter l’autre personne à vouloir changer
-Ils préservent l’estime de soi de l’enfant ou de l’adolescent
-ils favorisent une relation de respect mutuel
De nouvelles façons de gouverner les familles et les classes

Un examen exhaustif de 122 études publiées entre 1924 et 1980 confirme la supériorité du travail d’équipe sur la compétition (Johnson et coll., 1981)

Il y a plusieurs avantages à établir les règlements avec les enfants :
-Les enfants sont davantage portés à appliquer ou à respecter les règlements
-On prend de meilleures décisions
-Des relations plus étroites et plus chaleureuses s’établissent entre les adultes et les enfants
-Ce procédé accroît l’estime de soi, la confiance et le sentiment de maîtriser son destin chez les enfants
-Cette façon de faire développe le sens des responsabilités et la discipline des enfants

Le conflit n’a rien de nocif en soi. En fait, toutes les relations entraînent des malentendus et des différends. Une absence de conflit pourrait signifier que les enfants ont peur de leurs parents ou de leurs professeurs. C’est l’approche «gagnant-perdant» qui rend le conflit destructeur. Distinction entre la coopération et la compétition : «Dans un esprit de coopération, un conflit est un problème commun à régler en collaboration. Les besoins de chacun sont considérés comme légitimes et on s’applique à y trouver une solution.» (Deutsch, 1985)

L’utilisation précoce de la méthode sans perdant peut exercer une puissante action préventive dont les avantages les plus importants vous apparaîtront quelques années plus tard.

Les enfants adoptent plus facilement les valeurs des adultes qu’ils aiment et respectent. Parents et enseignants peuvent aussi influencer les enfants en partageant avec eux leur expérience, leurs connaissances et leur sagesse un peu comme un consultant le fait avec son client.
Pour jouer ce rôle le plus efficacement possible, toutefois, les adultes doivent respecter les mêmes règles que les consultants efficaces :
-S’assurer d’être «embauché» par l’enfant ou l’élève, c’est-à-dire qu’il fait appel à nos services et a confiance en notre autorité fondée sur l’expérience. Lui demander s’il veut entendre notre opinion ou nos conseils.
-S’assurer de bien connaître le véritable besoin ou problème de l’enfant ou de l’élève. Cela nous aidera à décider quelle information ou quel type d’expérience convient à son cas et si nous possédons ou non cette information et cette expérience.
-Faire part de notre savoir au lieu de prêcher
-Proposer au lieu d’imposer
-Suggérer au lieu d’exiger
-Laisser les enfants responsables d’accepter ou de rejeter notre point de vue
-Ne pas les harceler pour qu’ils acceptent notre point de vue
-Ne pas les humilier s’ils ne nous écoutent pas
-Ne pas insister si nous sentons de la résistance chez eux
-Utiliser notre outil le plus précieux : l’écoute active.

Poème profond qui devient très approprié en cas de conflits de valeurs :

Le courage de changer ce que je peux changer
La sérénité d’accepter ce que je ne peux pas changer
Et la sagesse d’en connaître la différence

Parents et enseignants auront parfois besoin de sérénité pour accepter ce qu’ils ne peuvent pas changer, parce qu’ils se heurteront inévitablement à des conflits de valeurs insolubles, à des moments où même l’exemple qu’ils donnent aux jeunes et leurs efforts les plus vigoureux ne réussiront pas à les amener à changer ce qui compte tellement à leurs yeux.

Aider les enfants à résoudre eux-mêmes leurs problèmes

Les enfants seront disposés à vous aider lorsque leur comportement vous pose un problème si vous les avez aidés quand ils ont eu des problèmes.

Bien des comportements antisociaux et autodestructeurs traduisent les frustrations des enfants, leur besoin d’appartenir à un groupe et de compter pour les autres.

Il a été prouvé que la résolution des problèmes et la satisfaction des besoins fondamentaux sont à la base d’une attitude saine, coopérative, prévenante, responsable et autodisciplinée. Donc les parents et les enseignants qui aident les jeunes à satisfaire leurs besoins réduiront de beaucoup les problèmes de discipline.

L’écoute active montre à l’enfant qu’on l’accepte. Pour ce faire, l’adulte cherche d’abord à comprendre le message de l’enfant. Puis il reflète dans ses propres mots le message de l’enfant afin de montrer et de vérifier qu’il l’a bien compris. Grâce à cette simple méthode de reflet, on montre à l’enfant qu’on le comprend.

Pour le Dr Gordon, on réussira à écouter et à comprendre l’enfant lorsqu’on sera dans les dispositions suivantes :
-On veut entendre ce que l’enfant a à dire. On est prêt à prendre le temps d’écouter. (si on a pas le temps, mieux vaut reporter la conversation)
-On veut sincèrement aider l’enfant à régler lui-même son problème
-On accepte sincèrement ses sentiments, même s’ils sont différents des nôtres ou de ceux que l’on pense qu’un enfant devrait avoir. On ne veut pas changer l’enfant.
-On a confiance en la capacité de l’enfant de faire face à ses sentiments, de les clarifier et de trouver des solutions à ses problèmes. Plus on verra les progrès de l’enfant, plus on acquerra cette confiance.
-On comprend que les sentiments sont passagers. La haine se transforme en amour, le découragement fait place à l’espoir. On peut alors mieux accepter les sentiments exprimés par l’enfant.
-On voit l’enfant comme un être distinct, une personne unique, possédant sa propre vie et sa propre identité. On pourra ainsi l’aider. On est à ses côtés lorsqu’il affronte ses problèmes, mais on lui laisse la possibilité de les résoudre.
-On veut vraiment comprendre ce que l’enfant ressent. On se met temporairement à sa place et on voit le monde à sa façon. Cela est nécessaire pour comprendre l’enfant.
-On est disposés à remettre en question nos opinions, nos attitudes, ou nos valeurs suite à ce que l’on entend. Lorsqu’on comprend vraiment une autre personne, on change parfois de point de vue.

Lorsque ces conditions sont réunies, notre interlocuteur se sent compris, accepté et respecté. En voyant les enfants régler leurs problèmes seuls, on aura de plus en plus confiance en eux. De plus, on verra que les enfants que nous écoutons seront davantage disposés à nous écouter à leur tour lorsqu’on aura des problèmes à leur exposer.

De nombreuses recherches ont démontré la remarquable efficacité et les nombreux avantages de l’écoute active. En voici les plus importants :
-La personne parle d’elle-même d’une manière de plus en plus positive et se respecte davantage
-De plus en plus, elle se perçoit comme une personne digne de valeur et de respect
-La personne devient moins émotive et plus objective, plus autonome et moins angoissée, et plus apte à résoudre ses problèmes

Les 9 mythes qui nous empêchent de changer

Mythe n°1 → La crainte de «gâter» les enfants
La satisfaction des besoins affectifs de l’enfant est une source de satisfaction, de bien-être et de santé

Mythe n°2 → Les enfants sont méchants
Lorsqu’on nourrit l’enfant, qu’on joue avec lui, il est calme, joyeux, mange bien et dort paisiblement

Mythe n°3 → Les conflits entre adultes et enfants sont insolubles
La méthode sans perdant permet de trouver des solutions acceptables pour tous les 2

Mythe n°4 → La discipline punitive s’appuie sur la Bible
Une discipline répressive provoque plus souvent la désobéissance qu’elle ne la guérit. Les enfants défient volontairement les adultes qui leur dictent leur conduit, les contraignent ou les briment.

Mythe n°5 → La permissivité est la cause de tous les maux
Les parents ne devraient se montrer ni tolérants ni stricts, ni mous ni durs, ni permissifs ni autoritaires. Les deux attitudes peuvent nuire aux enfants et à leurs relations avec leurs parents.
Nous avons donc besoin d’une manière tout à fait nouvelle de traiter les enfants, qui ne fait des parents ni des dictateurs ni des paillassons.

Mythe n°6 → Une attitude démocratique ne mène nulle part
La démocratie essentielle au développement de l’autodiscipline comprend l’égalité, le respect mutuel, les responsabilités partagés et la prise de décision en groupe.

Mythe n°7 → Être parent ou enseignant ne s’apprend pas dans une formation

Mythe n°8 → Nous avons été élevés comme ça et nous réussissons bien !
Cette attitude, entre autres, nuit sérieusement aux relations entre le père et ses enfants. Les hommes sont de moins bons parents, car ils insistent pour dominer les enfants. Ce contrôle les empêche d’entretenir des relations chaleureuses, aidantes et aimantes avec les membres de leur famille.
«La contrainte semble une méthode plus simple, plus rapide que toute autre, d’établir l’ordre ; pourtant elle prend autant de temps, est aussi fastidieuse et bien plus coûteuse que le contact personnel, la persuasion, ou l’écoute des autres et la coopération, quand il s’agit de créer l’harmonie d’un groupe.» (French, 1987)

Mythe n°9 → A l’école, on a besoin d’une discipline rigoureuse
Dans plusieurs milliers d’écoles d’Europe et d’Amérique, des directeurs et des enseignants compétents ont démontré que les jeunes apprennent davantage, ont de meilleures relations avec les autres et sont plus épanouis quand ils participent à l’apprentissage et à la vie de groupe.

Les relations démocratiques sont sources de santé et de bien-être

«Les parents qui discutent avec leurs enfants plutôt que de leur imposer une discipline unilatérale et prennent les décisions avec eux ont des enfants qui possèdent une plus grande estime de soi» (Coopersmith, 1967)
«Ni la domination autoritaire ni la permissivité illimitée ne constituent la clé du développement d’une grande estime de soi chez les enfants. L’estime de soi se développe quand les parents n’imposent pas de restrictions, mais laissent une certaine marge de choix et de contrôle entre les mains des enfants» (Maccoby et Martin, 1983)
L’attitude démocratique est propice au développement intellectuel. Avec les années, le quotient intellectuel des enfants de parents autocratiques a légèrement régressé, tandis que celui des enfants de parents permissifs est demeuré à peu près inchangé. En revanche, les enfants de parents démocratiques voient leur intelligence augmentée avec les années. Les parents démocratiques élèvent leurs enfants dans une atmosphère fondée sur la liberté, l’affection et la stimulation intellectuelle. Leurs enfants obtiennent des notes plus élevées à l’école sur le plan de l’originalité, de la capacité d’organisation, de la patience, de la curiosité et de l’imagination. Ils occupent davantage de postes de chefs d’équipe à l’école et obtiennent des résultats plus élevés en maturité affective.
«Lorsque l’enfant issu d’un foyer démocratique atteint l’âge scolaire, il a fait des progrès sociaux marqués. Il est populaire et c’est un chef convivial ; il est amical et facile à vivre ; il est confiant, serein et calme sur le plan émotif ; ayant tissé des liens étroits avec ses parents, il s’adapte facilement à ses professeurs.» (Baldwin, Kalhorn et Breese, 1945)

Les enfants des familles démocratiques sont plus fonctionnels et plus «sains» sous plusieurs aspects. Ils sont : moins agressifs, moins portés à commettre des actes de vandalisme, moins violents à l’égard des autres enfants, plus confiants en eux-mêmes, moins suicidaires, en meilleures relations avec leurs camarades, plus sociables, plus capables d’autocontrôle, moins coupables, moins querelleurs, moins timides, moins dépressifs, plus heureux en amour à l’âge adulte, moins inquiets et moins angoissés.
Les familles démocratiques offrent un milieu qui produit des jeunes sains, créateurs et en pleine possession de leurs moyens.

Le Dr Gordon ne dit pas que la vie des parents sera un jardin de roses, qu’ils n’auront jamais de problème ni de déception. Mais il est convaincu que les enfants élevés dans une atmosphère chaleureuse acceptante et égalitaire possèdent les ressources nécessaires pour affronter de manière constructive les problèmes, les conflits et les déceptions qui surgissent habituellement en dehors de la famille.
Les enfants de «Parents efficaces» (formation organisée par le Dr Gordon) finissent par employer les mêmes procédés qu’ils apprennent en imitant leurs parents. Comme leurs parents les écoutent, ils apprennent à écouter à leur tour. Comme leurs parents émettent des messages «je», ils s’expriment d’une manière ouverte, franche et sans blâme. Et comme ils ont résolu plusieurs conflits par la méthode sans perdant, ils font de même avec les autres.

«Dans le cas de drogues et de l’alcool, un gramme de prévention vaut un kilo de guérison» (Kessler et Albee, 1977)
Les sociétés qui encouragent les démonstrations d’affection et tolèrent les rapports sexuels avant le mariage sont moins sujettes à la violence. Le Dr Gordon entrevoit des changements importants quand on applique cette approche dans notre société :
-Les enfants bénéficieront d’une meilleure santé physique et affective
-Les comportements destructeurs et téméraires des adolescents, et nocifs pour notre société diminueront : délinquance juvénile, alcoolisme, toxicomanie, conduite imprudente, vandalisme, absence non autorisée, suicide, viol, violence organisée, grossesse précoce, homicide.
-Le nombre de jeunes rejetés par leurs parents ou quittant la résidence paternelle de leur plein gré pour devenir des «clochards» adolescents diminuera.
-Tous les élèves, selon leur potentiel intellectuel, auront la chance d’apprendre à leur propre rythme et ne connaîtront plus l’expérience pénible et honteuse d l’échec, l’abandon des études ou l’analphabétisme
-Les relations entre enseignants et étudiants deviendront plus amicales et plus productives. Les enfants aimeront leurs profs et seront heureux d’aller à l’école
-La violence familiale diminuera radicalement : violence des parents envers les enfants, des enfants entre eux, des conjoints entre eux ou des enfants envers les parents
-La plupart des enfants seront intéressés à apprendre ; ils s’épanouiront et s’estimeront de plus en plus
-L’adolescence ne sera plus une période orageuse et tendue, tant pour les parents que pour les jeunes
-Sans les écoles, on évaluera les progrès des élèves d’après leurs capacités dans la maîtrise des aptitudes et des compétences
-Les jeunes gens respecteront les besoins des autres parce que les adultes respecteront les leurs
-Les diplômés de nos écoles, collèges et écoles professionnelles maîtriseront les procédés nécessaires pour travailler en équipe, appliquer la gestion participative, résoudre les conflits à l’amiable et établir des relations démocratiques
-Il y aura moins d’injustices, moins de meurtres insensés et incompréhensibles et moins de guerres
-Moins de gens se sentiront impuissants et désespérés ou attribueront leurs malheurs à des facteurs extérieurs à eux-mêmes
-Moins de gens se soumettront servilement à une autorité arbitraire
-Plus de jeunes deviendront des adultes doués de normes éthiques élevées

Nous verrons graduellement émerger de nouvelles générations de jeunes plus sains, plus heureux, plus spontanés, plus confiants, plus autonomes, plus prévenants et autodisciplinés. Le Dr Gordon connaît déjà un nombre considérable de jeunes de cette nouvelle espèce, fils et filles de parents qui ont appris les procédés de parents efficaces ou élève d’enseignants qui ont participé à la formation enseignants efficaces.
«Croyez-moi, ces jeunes sont formidables !» Dr Gordon

2 réflexions sur “Éduquer sans punir – Thomas Gordon

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