Mon bébé comprend tout – Aletha Solter

Editeur : Marabout
Date de publication : 2007
Collection : Poche Enfants
Auteur : Aletha Solter

 

Élève de Jean Piaget, Aletha Solter est docteur en psychologie et diplômée en biologie humaine, elle enseigne la psychologie et la méthodologie expérimentale.

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Introduction
«Car le bébé est l’avenir du monde…» (D’après un proverbe maya)

La société moderne se fait de plus en plus accueillante aux bébés. Grâce aux progrès de la nutrition, on connaît maintenant les besoins alimentaires des femmes enceintes, des mères qui allaitent et de leurs bébés. Grâce aussi aux progrès de l’obstétrique, aux vaccins, aux antibiotiques et à toute la prévention médicale, nous pouvons aujourd’hui être sûrs que nos bébés auront de meilleures chances de survie et de bonne santé qu’auparavant.
A la base de ce livre, 4 postulats :

1- Dès sa naissance, l’être humain connaît ses besoins ; et ce, non seulement pour sa survie mais aussi pour un développement physique, affectif et intellectuel optimal. Par exemple, si on donne à choisir différents jouets à des bébés, ils prendront ceux qui éduquent le mieux leurs facultés intellectuelles du moment. Les bébés savent ce dont ils ont besoin ; ils nous le «disent» à leur manière et on peut leur faire confiance : ils prennent leur propre vie en charge, dans la limite de leurs capacités physiques, bien entendu. Cela n’est valable que si on leur laisse une certaine liberté.
Le nouveau-né sait de quoi il a besoin

2- En naissant, un être humain a autant d’aptitudes pour un bon comportement que pour un mauvais ; c’est l’éducation et le milieu dans lesquels il grandira qui influenceront ses actes.
Si ses besoins sont satisfaits et qu’on ne lui fait pas de mal, il sera gai, intelligent et aimant.

3- Les expériences du début de la vie peuvent avoir des effets profonds et durables et influencer nos sentiments et nos actions futurs. Du fait de leur énorme dépendance et de leur manque d’information, les bébés sont vulnérables et peuvent facilement être meurtris, physiquement et psychiquement, par le comportement d’autres personnes. Beaucoup d’adultes ont des capacités limitées à cause de sentiments éprouvés lors d’épreuves traumatisantes dans leur petite enfance.
Le bébé est extrêmement vulnérable ; ses peines et ses besoins insatisfaits peuvent avoir des effets durables.

4- Les effets des expériences traumatisantes sont complètement réversibles. Les bébés peuvent se débarrasser des conséquences d’expériences douloureuses. Ce processus de «récupération» agit spontanément par le mécanisme de la décharge émotionnelle qui comprend : les pleurs, les rires, les tremblements, la colère, la transpiration et les bâillements. C’est ainsi que les bébés blessés physiquement ou psychiquement libèrent spontanément leurs émotions, si toutefois on n’essaie pas de les en empêcher.
Il a toutefois la faculté de guérir spontanément de ses peines si on l’autorise à exprimer ses sentiments de détresse.

La décharge émotionnelle est le déblocage des émotions sous toutes ses formes : le récit, les pleurs, les rires, les tremblements, la colère, la transpiration et les bâillements.

L’automatisme de contrôle est un comportement qu’on utilise pour réprimer ses propres décharges émotionnelles.

Chapitre 1 : Les débuts → pour que les enfants se sentent aimés

«Être portés, bercés, caressés, être tenus, être massés, autant de nourritures pour les petits enfants...» (Leboyer, 1976)

La naissance, expérience intense, n’est pas forcément une expérience douloureuse. Pourtant, beaucoup d’entre elles ne se déroulent pas dans des conditions idéales et sont à l’origine d’une détresse chez l’enfant.

Tous les enfants ont besoin d’être touchés, quel qu’ait été le mode de leur naissance, mais ceci est particulièrement important dans le cas d’accouchements dont la durée a été raccourcie artificiellement.

On peut considérer la naissance comme la période d’apprentissage la plus intense vécue en toute une vie, car le nouveau-né ne sera jamais plus sollicité par autant d’informations nouvelles simultanées.

L’attachement maternel est le processus par lequel une mère tombe littéralement amoureuse de son enfant nouveau-né. Plusieurs facteurs contribuent à développer les liens affectifs d’une mère pour son enfant, mais il semblerait que l’un des plus déterminants soit le contact physique entre elle et son nourrisson immédiatement après la naissance.

Klaus et Kennell (pédiatres US) concluent à l’existence absolue de cette «période sensible des premières minutes et heures suivant la naissance, cette période étant optimale pour le développement de l’attachement parent-nourrisson»

Pourquoi les enfants humains naissent-ils si démunis comparativement aux animaux ?
L’être humain a un très gros cerveau, qui nécessite un grand crâne ; c’est pourquoi le fœtus doit naître à un stade précoce de son développement. Il ne pourrait pas traverser le canal de naissance si celle-ci devait être reportée jusqu’à ce que le cerveau soit plus gros, ce qui pourrait avoir des conséquences fatales, pour la mère comme pour le nourrisson. La survie de l’espèce n’a été possible qu’à la condition que les enfants naissent aussi démunis, peut-être même beaucoup plus, que la plupart des petits animaux. Certaines personnes considèrent même les neuf dix premiers mois de la vie comme une période où la gestation s’achève tout à fait.
Même si les nourrissons voient, entendent et sont capables d’établir une relation sociale, ils n’en sont pas moins dépendants, pour ce qui est de les tenir au chaud, de les protéger et de les nourrir.
Si l’enfant est effrayé ou secoué, il ouvre tout à coup ses bras en décrivant un mouvement circulaire, comme pour s’accrocher (c’est le réflexe de Moro). Si on place un objet dans les mains du nourrisson, il l’agrippera automatiquement (c’est le grasping des doigts)

Un manque de contact physique étroit durant la toute première enfance pourrait être une des causes de comportement violent dans le futur : «L’incidence de violence dans les sociétés où les nourrissons sont beaucoup touchés, tenus, portés, est beaucoup plus faible que dans les sociétés où l’on se contente de les nourrir et de les changer» (Restak,1979).
Une explication neurologique possible a récemment été proposée : le mouvement et la stimulation par le toucher activeraient les cellules nerveuses de cervelet, qui elles-mêmes activeraient ensuite les zones du cerveau responsables de l’émotion (le système limbique). Un nourrisson que l’on prive de cette toute première stimulation ne pourrait développer les voies cérébrales qui aboutissent au plaisir ; cette personne, devenue adulte, aurait des difficultés à en éprouver et l’absence de plaisir aboutirait à une tendance à la violence.

On suppose depuis longtemps que les enfants ont besoin de sucer. Sigmund Freud, fondateur de la psychanalyse, pensait que ce besoin était prédominant et, partant de là, appela «stade oral» la première phase du développement. Cette phase était censée durer environ un an et Freud croyait qu’une frustration du besoin de sucer pendant cette première année entraînait une fixation au stade oral et qu’on passait ainsi le reste de sa vie à la recherche de plaisirs buccaux. La boulimie, le sexe oral, fumer, boire, se ronger les ongles et parler beaucoup sont de bons exemples de ces fixations orales. Freud disait aussi qu’un comportement de dépendance, égocentrique, exigeant ou hostile, pouvait provenir de frustrations au stade oral.
Le psychologue suisse Piaget a abondamment décrit comment la succion est à la base du développement intellectuel : elle est la première brique de la connaissance. En portant à sa bouche d’autres objets que tétines et bouts de seins, le nourrisson prend connaissance de leurs propriétés physiques, en établissant une comparaison avec, précisément, les tétines
ou les bouts de seins. Un nourrisson qui ne téterait jamais (nourri par exemple par intraveineuse) pourrait montrer par la suite des faiblesses intellectuelles.

L’idée qu’on puisse «gâter» un enfant est beaucoup trop répandue. Il est impossible de gâter un enfant. Certains parents ont été amenés à croire que les enfants doivent apprendre à rester seuls une partie du temps et que l’on ne doit pas se montrer trop indulgent avec eux afin qu’ils deviennent indépendants ; ils craignent que trop d’amour et de câlins ne les entraînent à en vouloir toujours plus ; ils ont peur que leur enfant devienne un monstre d’exigences qui ne leur laisse pas une seconde de tranquillité. Ces idées sont tout à fait rétrogrades : les enfants demandent seulement ce dont ils ont besoin ; une fois leurs besoins comblés, ils sont satisfaits.

Résumé du chapitre → La naissance n’est pas nécessairement une expérience traumatisante pour les enfants, mais bien des naissances sont une source de douleur affective et physique.
Les enfants ont la faculté de surmonter complètement les traumatismes liés à leur naissance, pourvu qu’on les autorise à les libérer.
Après la naissance, il peut être extrêmement effrayant pour un enfant de connaître le froid soudain, la clarté, l’immobilité, les manipulations brutales, le bruit, ou la perte du contact étroit qu’il avait avec sa mère. Ce sont souvent les pratiques hospitalières qui, inconsciemment, engendrent ces traumatismes chez les nouveau-nés pendant la période postnatale. Il est important de traiter un nouveau-né le plus doucement possible et le plus tendrement possible, afin de lui éviter de peurs inutiles.
On peut considérer la vie postnatale comme une extension directe de la vie prénatale ; les besoins du nouveau-né reflètent cette continuité du développement. Toute stimulation qui lui rappelle sa vie intra-utérine lui est bénéfique : chaleur, stimulation de la peau, pression contre son corps, mouvement, le son d’un rythme cardiaque ainsi que le fait d’être nourri par le corps de sa mère. Après la naissance, vient s’ajouter le besoin de succion.
Pour satisfaire au mieux ses besoins, les parents doivent prendre leur nourrisson dans les bras le plus possible, le toucher beaucoup, et la mère doit l’allaiter.

Chapitre 2 : Les pleurs → Pour que l’enfant libère ses tensions

«La sécrétion des larmes sert de soulagement à la souffrance. Et plus les sanglots sont violents ou hystériques, plus grand est le soulagement…» (Charles Darwin, 1872)

Au début, les pleurs sont le seul moyen à sa disposition pour attirer l’attention de quelqu’un.
La meilleure façon de rendre un enfant exigeant est d’ignorer ses pleurs.
Ignorer les pleurs d’un enfant, c’est risquer de lui apprendre qu’il n’a aucun pouvoir sur ce qui lui arrive et de développer chez lui des sentiments de faiblesse et d’impuissance.
Répondre à un enfant chaque fois qu’il pleure ne peut lui faire que du bien. Il acquerra le sens fondamental de la confiance, un sentiment de puissance, et le sentiment d’être aimé et qu’on se préoccupe de lui. Voici ce qu’il apprendra : «Ce monde est agréable. Quand je pleure, on vient m’aider. Je suis important et puissant. J’ai un moyen de contrôle sur ce qui arrive. Je peux exercer une influence sur l’environnement par mes actions.»

Il y a quatre explications à de tels pleurs :

1-Les coliques ou les gaz causés par un système digestif immature
2-L’immaturité du système nerveux
3-Un manque d’amour ou de confiance en elle de la mère
4-La fatigue pure et simple

Le Dr Spock, considéré comme un expert en pédiatrie, reconnaît que «nous ne connaissons pas la raison fondamentale de la plupart des pleurs dits de nervosité ou de coliques» (1976)

Les pleurs ne sont pas la souffrance. En fait, pleurer est le processus qui libère de la souffrance.

Un nourrisson peut éprouver au moins cinq différentes sortes possibles de détresses, toutes engendrent un besoin de pleurer :

1-Souffrances prénatales et traumatismes de la naissance
2-Besoins passés non satisfaits
3-Surcharge d’informations
4-Frustration à se sentir impuissant
5-Douleur physique

Jusqu’à l’âge de 3 mois, les pleurs d’un enfant sont souvent attribués aux coliques (on dit qu’il a des gaz). Il se peut que certains enfants aient mal parce qu’ils ont des gaz désagréables, mais cela ne leur arrive probablement pas plus souvent qu’à des adultes ; on a largement exagéré l’importance des coliques, explication facile et fourre-tout de tous les pleurs qui semblent n’avoir aucune autre raison d’être dans les premiers mois. Or il y a beaucoup d’autres explications aux pleurs d’un enfant.

«Ce qui est étonnant, c’est que l’enfant qui pleure ou qui a des coliques est en général épanoui physiquement. Malgré les heures qu’il passe à pleurer, il continue à grossir, sa courbe de poids est meilleure que la moyenne» (Spock, 1976). Plus loin, il ajoute que «les enfants qui pleurent sont la plupart du temps ceux qui se développent et qui poussent bien…». Ces observations ne sont pas du tout surprenantes et prouvent bien que pleurer est extrêmement bénéfique.

La chose la plus facile à faire lorsqu’un enfant pleure est facile à décrire mais parfois difficile à mettre en pratique. L’attention aimante d’un autre être humain est essentielle pour que les pleurs soient efficaces, parce qu’elle procure la sécurité requise pour soulager et libérer la douleur.

«Dans notre société, les hommes ont depuis longtemps appris à réprimer leurs pleurs. Ils présentent aussi plus de maladies liées au stress que les femmes et, en moyenne, vivent moins longtemps. Quand on connaît mieux la fonction des pleurs, on devine combien la rétention des larmes a pu contribuer à ces problèmes» (Frey, 1980)

D’après Jackins, «cette répression de la décharge émotionnelle est la raison primordiale pour laquelle notre population entière est si tourmentée, si incapable de vivre à la hauteur de ses capacités» (1965).

Le processus de guérison commence au moment où l’on se met à ressentir sa peine et à pleurer.

Les schémas de comportements rigides et compulsifs qui répriment le processus de décharge émotionnelle sont appelés «automatismes de contrôle» (Jackins, 1962)

Malheureusement, quand les enfants ont des automatismes de contrôle comme l’envie d’être porté ou l’envie d’être diverti, les parents en concluent immédiatement que leur enfant est gâté : ils se sentent coupables d’avoir «cédé» à toutes ses exigences. Ces parents n’ont pas gâté leur enfant : ils ont simplement mal interprété ses besoins. Ils pensaient qu’il avait besoin qu’on joue avec lui ou qu’on le porte fréquemment, alors qu’en réalité il avait besoin d’une bonne attention pour pouvoir pleurer.

Des études comparatives entre les vrais et les faux jumeaux ont montré l’importance de l’hérédité pour le développement de l’autisme : les jeunes autistes sont souvent des enfants nés avec un cerveau extrêmement réactif et sensible. «Ces enfants, certainement très vulnérables, sont amenés au cours d’expériences dans un environnement défavorable à adopter des réactions de défense dont la plus extrême est, de fait, le repli sur eux-même» (O’Gorman, 1970). De plus, ces enfants ont presque tous vécu un traumatisme au tout début de leur vie : que ce soit une naissance prématurée, une séparation d’avec la mère ou encore une maladie.

S’il est vrai que la tétée peut être un automatisme de contrôle, c’est aussi un besoin réel. On peut en dire autant à propos du sommeil, du fait de prendre l’enfant dans ses bras, et de beaucoup d’autres automatismes de contrôle. Comment les parents vont-ils alors pouvoir déterminer si leur enfant a besoin d’une de ces choses-là ou s’il a juste besoin de pleurer ?
Tout d’abord, certains automatismes de contrôle ne seront jamais des besoins réels. On peut citer pour exemple la sucette, le fait de sucer son pouce, ainsi que la couverture de sécurité. Ce sont les automatismes de contrôle les plus évidents.
Très peu de besoins sont immédiats. Il y a l’inconfort physique, comme le froid ou la faim, et le besoin de contact physique (vouloir être porté). Tout autre pleur indique probablement un besoin de pleurer. L’enfant a beaucoup d’autres besoins, bien sûr, comme le besoin de
mouvement (stimulation vestibulaire), le besoin d’être touché, le besoin qu’on joue avec lui, et le besoin d’être stimulé. L’enfant a besoin de tout cela, mais il ne pleurera pas à cause de ça, car ces besoins ne sont pas ressentis comme des malaises présents.

La première enfance est une période très frustrante durant laquelle l’enfant est vulnérable ; on peut dont probablement penser sans se tromper que chaque enfant a besoin de pleurer tous les jours, aussi bien traité soit-il.

L’enfant, en grandissant, aura toujours besoin de pleurer. On continue d’avoir besoin de pleurer tout au long de la vie. La seule raison pour laquelle les adultes ne pleurent pas tous est qu’on leur a appris que cela est socialement inacceptable.

Résumé du chapitre → Une des raisons pour lesquelles un enfant pleure est qu’il communique ses besoins. Une chose importante que les enfants apprennent est qu’ils peuvent exercer une action sur ce qui leur arrive, et ce sentiment de puissance se développera en eux si leurs besoins sont satisfaits quand ils pleurent ; mais deux types d’erreurs peuvent y faire obstacles : tarder à répondre aux pleurs de l’enfant et anticiper ses besoins.
Les enfants apprennent en grandissant à communiquer leurs besoins par le langage et celui-ci remplace alors les pleurs, mais les pleurs qui permettent de se libérer des détresses éprouvées ne sont jamais remplacés par quoi que ce soit d’autre.

Chapitre 3 : Le sommeil → Pour que l’enfant se repose

Le fait que les enfants dorment moins avec leur mère s’explique aussi peut-être le déclin de l’allaitement maternel. Non seulement il est plus pratique de dormir avec son enfant quand on l’allaite, mais aussi, probablement à cause de la sécrétion d’hormone prolactine, les mères qui allaitent ont plus envie d’être près de leur enfant et de dormir avec lui que celles qui n’allaitent pas. (Newton, 1968)

«Le fait que cette pratique du lit familial apparaisse régulièrement dans beaucoup de sociétés y compris les nôtres, bien que le code social y soit opposé, est tout à fait significatif et fait ressortir un trait de caractère inflexible du genre humain» (Mead, citée par Thevenin,1976)
D’après Newton, «la survie de l’espèce humaine, bien avant l’apparition d’un concept de devoir, reposait sur le plaisir ressenti pendant ces deux actes volontaires : le coït et l’allaitement. Si ces actes n’avaient pas été suffisamment agréables pour que les êtres humains cherchent à les répéter, l’espèce aurait rejoint les dinosaures en s’éteignant depuis longtemps» (1968)

Sigmund Freud pensait que les enfants de trois à six ans éprouvent un désir sexuel pour leur parent du sexe opposé. Cette tendance incestueuse, qu’on appelle le «complexe d’œdipe», est présumée engendrer une situation conflictuelle de grande tension au moment de la période préscolaire, cette situation devant être résolue pour permettre à l’enfant de continuer normalement son développement. Freud pensait que ce stade était normal et inévitable. Néanmoins, il est hautement probable que des sentiments incestueux chez des enfants de cet âge ne soient pas normaux, mais proviennent plutôt de besoins non satisfaits. Ils ne désireraient pas si ardemment le corps de leurs parents s’ils avaient suffisamment bénéficié de contacts tactiles et de proximité physique pendant leur toute petite enfance. D’après Janov, un besoin non satisfait de rapprochement physique peut se déformer pour prendre un caractère sexuel : «si on néglige l’enfant alors qu’il a désespérément besoin de chaleur humaine, il érotisera ce besoin, celui-ci ne pouvant être satisfait d’une manière simple et directe par ses parents. Le besoin d’amour se confond alors avec le désir sexuel et, quand le besoin d’amour se fait ressentir, peuvent surgir en même temps les sentiments incestueux» (1973)
Si les parents se découvrent de fortes envies sexuelles envers leur enfant (c’est assez courant), il serait bon qu’ils ramènent leurs sentiments à la surface et qu’ils s’en déchargent avec l’aide d’un autre adulte. Ils peuvent aussi se tourner vers une aide professionnelle. Toutes les envies sexuelles compulsives sont le résultat de souffrances passées. (Jackins, 1981)

Il y a plusieurs raisons à ce que les parents aient des difficultés avec leur enfant qui ne veut pas s’endormir :

1-Il n’a pas sommeil
2-Il y a trop de stimulation autour de lui
3-Il a besoin de proximité physique
4-Il a besoin de pleurer
5-Les parents sont tendus
6-L’enfant ne veut pas qu’on lui dise ce qu’il doit faire

L’enfant qui se réveille la nuit a probablement besoin de pleurer et, pour plusieurs raisons possibles, ne le fait pas pendant la journée. Il a peut-être trop de distractions, trop d’automatismes de contrôle, ou pas assez de bonne attention de la part de ses parents et il ne pleure pas non plus à l’heure du coucher, probablement à cause d’un automatisme de contrôle utilisé pour l’endormir.

Se réveiller a, en effet, quelque chose de semblable avec la naissance : ces enfants ont besoin de pleurer la nuit quand les souvenirs surgissent. Une étude portant sur les 14 premiers mois de la vie de 77 enfants a observé que ceux qui avaient le plus tendance à se réveiller la nuit étaient ceux qui avaient eu des problèmes à la naissance (Bernal, 1973) ; donc il semble bien y avoir une corrélation entre une naissance traumatisante et les réveils nocturnes. Si on les autorise la nuit, ces enfants déchargeront tous les traumatismes de leur naissance, et ils n’auront plus peur quand ils se réveilleront.

Résumé du chapitre → Contrairement à une idée répandue, les pleurnichements et l’agitation indiquent un besoin de pleurer plutôt qu’un besoin de dormir.
Le sommeil lui-même peut aussi servir d’automatisme de contrôle. Les enfants qui pleurent autant qu’ils en ont besoin ne dorment pas beaucoup.

Chapitre 4 : L’alimentation → Pour que l’enfant se nourrisse lui-même

L’allaitement au sein présente plus d’avantages pour la mère et pour son nourrisson que l’allaitement au biberon. Le principal est de faire baisser le taux de mortalité et de maladies des nourrissons.

Les seins ont tellement été utilisés comme symboles sexuels dans notre culture que certaines femmes pensent qu’utiliser leurs seins pour nourrir leur enfant est tout à fait inapproprié.

Le petit nourrisson ne «choisit» pas consciemment de se mettre à téter, tout comme un adulte ne «choisit» pas d’étendre la jambe quand on teste ses réflexes. Il ne rime à rien de proposer le sein au nourrisson pour le laisser «décider» de téter ou pas, car il n’a pas le choix : il agit selon la programmation génétique de ses circuits nerveux.

Une préférence pour le sucre chez les bébés n’est absolument pas universelle : les enfants qui n’ont pas été surallaités peuvent préférer les légumes ou d’autres aliments sains.

L’un des postulats de ce livre est que les enfants savent à la base ce dont ils ont besoin et nous indiquent ces besoins si on leur en donne la possibilité. L’expérience de Davis montre que ce postulat s’applique à l’alimentation et qu’on peut leur laisser une autonomie complète pour le choix de leurs menus.

On surestime souvent l’appétit des enfants, surtout après l’âge de un an, âge où la croissance ralentit considérablement. De plus, quand la prise de nourriture n’est pas un automatisme de contrôle, l’enfant a moins besoin de manger qu’on ne le croit généralement.

L’enfant peut aussi être agité pendant ses repas parce qu’on ne lui permet pas assez d’autonomie pour se nourrir lui-même : peut-être est-il prêt à tenir sa cuiller tout seul, alors que ses parents continuent à lui donner à manger eux-mêmes.
Résumé du chapitre → Les avantages de l’allaitement sont nombreux. Le colostrum et le lait maternel assurent à l’enfant une protection puissante contre les infections. L’allaitement maternel permet le rapprochement physique entre la mère et son enfant de façon directe par le fait même d’allaiter, et aussi de façon indirecte grâce à la production d’hormone prolactine. Les enfants retireront le maximum d’avantages de l’allaitement maternel s’ils sont allaités peu de temps après leur naissance, et pendant au moins un an. Les enfants sont plus à l’aise quand on leur permet de se sevrer eux-mêmes.
Le seul moment logique pour allaiter un enfant est quand il a faim. A ce sujet, deux graves erreurs peuvent être commises. La première erreur, qui consiste à ne pas nourrir l’enfant alors qu’il a faim, sera plus fréquente s’il est allaité selon un horaire rigide plutôt qu’à la demande. La seconde erreur, qui consiste à nourrir l’enfant alors qu’il n’a pas faim, est commise quand la mère allaite son enfant à chaque fois qu’il pleure.

Chapitre 5 : Le jeu → Pour que l’enfant apprenne

«Parce que le travail de l’enfant avec ses jouets le rend heureux, nous appelons cela jouer et nous lui achetons d’autres jouets. Mais ce n’est pas le fait de posséder ces jouets qui est amusant, c’est l’apprentissage et l’expérience de la réalité qui sont si joyeux» (Berends, 1975)

Les premières années sont extrêmement importantes pour la formation de l’intelligence. Il n’y a pas si longtemps, on pensait couramment que l’intelligence d’un individu, fixe et déterminée génétiquement dès la naissance, était peu influençable par l’environnement. Aujourd’hui, la plupart des psychologues et des spécialistes en développement infantile reconnaissent que l’expérience et la stimulation sont nécessaires à un organisme en croissance pour que ses capacités intellectuelles se développent, la qualité même de ces expériences déterminant les capacités de l’adulte. (Hunt, 1961)

Pour apprendre le langage, l’enfant doit être suffisamment en contact avec lui avant l’apparition de la puberté. Passé cet âge, quelle que soit la quantité de langage entendue, il est trop tard pour apprendre à parler ; les facultés de langage non acquises à la puberté auront tendance à rester déficientes tout au long de la vie. (Lenneberg, 1967)

C’est en jouant qu’ils posent les fondations de l’intelligence pratique qui serviront de base à tout apprentissage ultérieur.

«Le bon moment pour introduire un jouet, c’est quand l’enfant cherche à l’atteindre. Il est tout à fait profitable de deviner derrière le geste de l’enfant le principe final recherché» (Berends, 1975)

Des études ont montré que les capacités intellectuelles s’épanouissent mieux chez les enfants à qui on permet beaucoup de liberté de mouvement et d’exploration. L’utilisation d’un parc peut retarder le développement intellectuel.

Si on aide un enfant à faire quelque chose qui semble trop difficile pour lui, cela peut entraver le processus d’apprentissage. Montessori a écrit : «L’instinct premier de l’enfant est d’agir seul, sans l’aide de personne,
et la première fois qu’il aspire consciemment à l’indépendance, c’est quand il se défend contre ceux qui essaient d’agir à sa place» (1967). La frustration et l’échec sont des aspects importants du processus d’apprentissage. Chaque fois que l’on fait quelque chose à la place de l’enfant alors qu’il pourrait le faire ou apprendre à le faire par lui-même, on l’empêche d’éprouver ce sentiment d’accomplissement éprouvé quand on est venu à bout d’une tâche difficile.

Dans le cas de l’acquisition du langage, il a été observé que les corrections grammaticales faites par les parents ne sont d’aucune aide (McNeill, 1966)

Le rire a probablement plusieurs origines différentes. On entend une sorte de rire léger de pur contentement quand un enfant a compris ou découvert quelque chose. Mais le rire fort et continu a probablement une signification différente. C’est un mécanisme par lequel une personne libère ses sentiments de peur légère et de gêne (les très fortes peurs sont déchargées par les pleurs et les tremblements). Comme les pleurs, il indique qu’un relâchement de tension est en cours. Il est extrêmement important que les enfants rient. C’est, dans notre culture, la seule forme de décharge émotionnelle qui est totalement acceptable, et même encouragée.

La plupart des enfants traversent une période d’attachement intense à leurs parents, qui culmine entre six et dix-huit mois ; le jeu du «coucou» est le plus efficace (produit le plus de rires) quand on joue avec un enfant de cette tranche d’âge. Il rit et apprécie le jeu tant qu’il réalise que la personne n’a pas vraiment disparu.
Wolff a découvert que si on chatouille des enfants qui sont déjà un peu agités, cela les fait pleurer au lieu de les faire rire (1969). L’équilibre entre la situation thérapeutique et la création d’une nouvelle détresse chez l’enfant est, là encore, très fragile : il dépend de son âge, de son humeur, de sa relation avec la personne qui le chatouille, et probablement de bien d’autres facteurs. Plus l’enfant est jeune et plus il est risqué de le chatouiller : l’enfant qui ne peut pas encore ramper ou marcher est absolument sans défense et donc à la merci totale des autres. Le besoin d’être touché et caressé est si grand, surtout pendant la première année, qu’il serait dommage de perdre du temps à des chatouilles en risquant de nourrir plus encore des sentiments d’impuissance ; de façon générale, il vaut mieux les éviter avant un an.

Chapitre 6 : Les conflits → Pour que l’enfant se sente respecté

«C’est l’essence même de l’oppression que ceux qui détiennent plus de pouvoir l’utilisent pour faire du mal à ceux qui en ont moins» (Yarnall, 1978)

Toute punition provoque une douleur affective ; les punitions physiques engendrent en plus une douleur physique. Un enfant dont les parents sont la seule source d’amour, doit ressentir beaucoup d’insécurité et de confusion quand ceux-ci se retournent contre lui de façon agressive et blessante. Il perd momentanément la sensation d’être aimé et n’a personne d’autre vers qui se tourner. Cela, plus que tout, peut détruire sa confiance et sa sécurité, si importantes pour son bien-être affectif. Les enfants ont besoin de savoir qu’ils sont aimées profondément et inconditionnellement, quoi qu’ils fassent. Or il n’existe aucune façon possible de communiquer de l’amour à un enfant tout en le punissant. Les parents ont peut-être parfois besoin de mettre une limite à son comportement, mais ils peuvent le faire sans utiliser de punitions d’aucune sorte. Le concept même de punition implique que les enfants sont méchants et qu’ils se conduisent mal. Les enfants ne se conduisent pas mal. Ils font ce qu’ils ont besoin de faire pour en savoir plus sur leur environnement et acquérir de nouvelles facultés. Malheureusement, leur comportement est parfois dangereux pour eux-mêmes ou entre en conflit avec les besoins des autres parce qu’ils manquent d’informations ou parce qu’ils retiennent en eux des sentiments négatifs qui doivent être déchargés. Quand on parle de mauvaise conduite, on fait preuve d’incompréhension.

Les colères peuvent éclater à la suite d’un rappel de limites tout à fait raisonnables. Les parents n’ont pas besoin de «céder» à une colère de leur bébé en changeant ces limites, mais, comme pour des pleurs ordinaires, on ne doit jamais empêcher ou punir les colères, ni les ignorer : les enfants ont besoin d’attention aimante quand ils libèrent ainsi leurs sentiments. Si on les autorise et les encourage à hurler et à se mettre en colère autant qu’ils en ont besoin, ils sortiront de la crise de rage tout à fait calmes et joyeux, sans aucune trace de colère et ils retourneront à leurs occupations comme si rien ne s’était passé.

La plupart des enfants ne sont pas prêts à apprendre la propreté avant au moins deux ans. Une étude sur cet apprentissage a montré qu’il n’y a aucune relation entre le moment où il a commencé et le moment où l’enfant était complètement propre : tout accident durant la journée n’a été définitivement écarté que lorsque les enfants ont eu en moyenne deux ans et quatre mois, quel que soit l’âge auquel avait commencé cet apprentissage (Spock, 1976). Cette moyenne de deux ans et quatre mois n’est qu’une moyenne : certains enfants seront propres avant cet âge, quand d’autres ne pourront l’être qu’après. Si les parents attendent que l’enfant soit dans sa troisième année, tout le processus de l’apprentissage de la propreté peut ne durer que quelques jours ou quelques semaines.
De nombreux signes indiquent que les enfants sont prêts à être propres : ils doivent être capables de contrôler volontairement leurs sphincters ; leur vessie doit avoir atteint une taille suffisante pour que les intervalles entre les envies d’uriner puissent durer quelques heures ; ils doivent avoir la capacité et le désir d’imiter leurs parents, leurs frères et sœurs aînés, et de leur ressembler ; ils doivent avoir atteint le stade auquel ils sont capables d’apprendre les règles et de les suivre et enfin d’être capables de comprendre un minimum ce qu’on dit. Mais ces signes annonciateurs ne sont pas suffisants. La condition supplémentaire requise est la capacité et le désir d’assumer cette grosse responsabilité qu’est le fait d’être constamment conscient de ses fonctions corporelles, comme l’exige cet apprentissage. Cette dernière condition est probablement la plus importante : les enfants peuvent remplir toutes les conditions requises pour s’asseoir sur le pot aux moments voulus, mais ne pas y penser : peut-être sont-ils alors occupés à parfaire d’autres facultés ou leur attention est-elle préoccupée par certains stress du moment. Quelle qu’en soit la raison, ils ne sont souvent pas prêts pour l’apprentissage de la propreté au moment où leurs parents pensent qu’ils le sont.

Jeu génital et masturbation indiquent un développement normal et sain. Une étude intéressante a révélé que cela est plus fréquent quand la relation mère/jeune enfant est bonne ; quand la relation est problématique ou inexistante (pour les nourrissons vivant en institutions par exemple), le jeu génital est beaucoup plus rare. Un développement sexuel normal, commençant au cours de la première année, requiert une bonne relation à une figure maternelle aimante (Spitz, 1962). Cette étude, s’ajoutant à d’autres, amène à la conclusion que l’absence totale de jeu génital et de masturbation au cours de la petite enfance, puis, plus tard, pendant l’enfance, est anormale et signale des problèmes affectifs.

Chapitre 7 : L’attachement → Pour que l’enfant se sente en sécurité

«Les enfants ont d’abord besoin de sécurité : ils partent ensuite vers l’inconnu…» (Briggs, 1975)

Les deux aspects de l’attachement : la peur des étrangers et le désir de ne pas quitter ses parents sont ceux qui ont été le plus étudiés par les psychologues qui les dénomment «la peur des étrangers» et « l’angoisse de séparation».

L’angoisse de séparation apparaît généralement vers l’âge de six ou huit mois, culmine entre 13 et 15 mois et se met à décliner après dix-huit mois. Elle est encore souvent présente après l’âge de deux ans mais est peu probable après l’âge de trois ans. Autrefois, on pensait que les enfants ne s’attachaient qu’à une seule personne (généralement leur mère) mais les études montrent que les attachements multiples sont non seulement possibles, mais très courants.

«L’absence totale des deux (angoisse de séparation et peur des étrangers) aurait des implications grandement pathologiques et serait représentative d’un développement anormal ou de l’inexistence presque totale d’une relation mère-enfant normale…» (Benjamin, 1961). La preuve en est que les enfants élevés dans des institutions où le personnel est insuffisant n’éprouvent pas d’angoisse de la séparation ou de peur des étrangers et acceptent n’importe quelle personne pour s’occuper d’eux (Spitz, 1951)

Conclusion

L’une des principales idées de ce livre est que les enfants savent, au départ, de quoi ils ont besoin, et dans chaque domaine de leur vie. C’est plus qu’un simple instinct de survie : c’est une tendance innée propre à l’être humain que de rechercher les expériences et les actions qui l’aident à atteindre ses pleines capacités. Les parents peuvent faire confiance à leur enfant et le laisser indiquer ce dont il a besoin pour un développement physique, affectif et intellectuel optimal ; ils doivent seulement être ouverts aux signaux qu’il émet pour pouvoir s’occuper de lui de façon appropriée.
Si l’on veut que les enfants reçoivent le genre de soins ou d’attention dont ils ont besoin, il faudrait dans l’idéal qu’il y ait au moins deux adultes par enfant, sans autre responsabilité que de s’occuper de lui. Cela n’est pas applicable dans la structure sociale et économique actuelle.
En conclusion, tous les êtres humains ne seront libérés de l’oppression que si une nouvelle génération est élevée avec amour, confiance et respect dès la naissance, une génération dont tous les besoins aient été satisfaits, une génération qui n’ait pas été dépossédée de sa puissance, une génération qui ait conservé intacte la faculté de ressentir et de pleurer. Par conséquent, les parents ont tout à fait raison d’exiger qu’on les aide, qu’on les soutienne et qu’on les encourage. Quand ils seront tous deux soutenus par une structure sociale et économique en rapport avec les besoins humains, et quand tout le monde libérera régulièrement ses sentiments de malaise accumulés, le cycle de l’oppression retransmise de génération en génération s’achèvera une fois pour toutes. Ces défis attendent chacun de nous il est grand temps de s’y attaquer !

 

Bibliographie :

Pleurs et colères des enfants et des bébés

Développer le lien parent-enfant par le jeu

Bien comprendre les besoins de votre enfant

Mon bébé comprend tout

Comprendre les besoins de votre enfant

Une réflexion sur “Mon bébé comprend tout – Aletha Solter

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