Les caprices – Béatrice Millêtre & Aurore Aimelet

Editeur : Hachette pratique
Date de publication : 2013

Collection : Famille – Santé
Auteurs : Béatrice Millêtre & Aurore Aimelet

Béatrice Millêtre est psychothérapeute, docteur en psychologiebeatricemilletre-281x281
et spécialiste des thérapies comportementales et cognitives. Elle a travaillé en collaboration avec plusieurs centres hospitaliers universitaires. Elle est également spécialiste du fonctionnement du cerveau et est diplômée en neurosciences.
Sa bibliographie ici. Son site ici.

 

 

aurore_regularAurore Aimelet est journaliste spécialisée en psychologie et éducation. Elle travaille notamment pour Psychologies Magazine. Elle est l’auteur de plusieurs livres de développement personnel. Sa bibliographie ici.

 

 

 

Caprice : désir, exigence soudains et irréfléchis

Il est impossible pour l’enfant de grandir sans éprouver de la frustration, et donc sans l’exprimer d’une façon ou d’une autre. La crise a été, est et sera.

Bien que des parents n’osent pas aller à l’encontre du désir de l’enfant de peur des conséquences. La moindre de ses volontés est exaucée. Ils ne l’habituent pas à éprouver la frustration, un sentiment certes difficile à vivre, mais passager et important dans le développement psychique.

Un enfant capricieux est un enfant qui n’est jamais confronté à la frustration.

La cohérence est un pilier fondamental de l’éducation. Tout ne se joue pas «avant 7 ans».
Pour éviter les quiproquos, fixons les règles. Nous devons dire et répéter à l’enfant ce qu’il peut demander et qui sera honoré, ce qu’il ne peut pas exiger et qui sera refusé, ce qu’il peut éventuellement négocier en fonction du contexte.

Pour intérioriser les bons repères, l’enfant a essentiellement besoin que son parent s’implique dans son éducation. Il a besoin d’amour, de reconnaissance et de valorisation ; ainsi il se sent en sécurité, bien dans sa peau. Il a également besoin de communication, d’échanges et d’explications ; ainsi il comprend et grandit.

Un enfant qui multiplie les caprices cherchent des repères. Une cohérence, en soi, avec l’autre parent et devant l’enfant est la clé de l’éducation. Rien n’est jamais trop tard. Chacun peut, à tout moment, se repositionner pour donner à l’enfant ce dont il a besoin.

L’enfant n’a aucun contrôle sur ce sentiment d’omnipotence (toute puissance). Il va apprendre peu à peu, à force d’expériences et de rencontres avec la réalité, que les limites existent. Les siennes (physiques par exemple), celle de son entourage (la patience de ses parents, la tolérance de la maîtresse) et celles de son environnement (le temps, l’espace, la matière). Au fur et à mesure, l’enfant va apprendre à vivre selon un principe dit «de réalité»

Jusqu’à l’âge de 3 ans environ, l’enfant a tendance à s’identifier aux objets qu’il possède. Il a donc il est. Et s’il prête ce qui lui appartient, c’est une partie de lui-même qu’il perd.

Certains parents projettent excessivement leurs attentes et désirs. Le caprice déstabilise car il renvoie à des notions d’incompétence et d’incapacité. Une colère en public est d’autant moins gérable que les peurs du parent parasitent la situation.

La «douce violence» n’existe pas.

Tenter d’endiguer un caprice par une attaque physique, verbale ou morale (humiliation, privation) est destructeur. Et lourd de conséquences dans le développement psychoaffectif et la construction intime et sociale de l’enfant.
Des punitions qui portent sur les besoins physiologiques de l’enfant (être privé de dessert, aller au lit…), sur ses besoin psychoaffectifs (être privé de câlins, d’histoires le soir, de cadeaux à Noël, d’un goûter d’anniversaire, de vacances, etc…) ou sur la sécurité et l’intégrité de l’enfant (douche froide, mise au placard…). Toutes ces punitions représentent une véritable agression. Nous avons à notre disposition mille moyens de faire autrement. Dompter une violence émotionnelle par une autre violence est non seulement absurde mais tout à fait dangereux. L’objectif est d’apprendre à gérer la crise, pas l’envenimer.

Le caprice n’est ni un dysfonctionnement comportemental ni une anomalie psychique. Il est l’expression d’un malaise.

Nous gagnerions à écouter davantage notre enfant, à l’accompagner dans la découverte de qui il est, de ses goûts et de ses capacités, de ses besoins et de ses désirs. C’est ainsi qu’il apprendra à gagner en confiance et en estime, les deux meilleurs antidotes au caprice.

Évoquons aussi nos contraintes d’aujourd’hui : «Tu sais j’aimerais bien m’offrir ce très beau pull. Tu le vois, dans la vitrine ? Le problème, c’est qu’il est un peu cher. Je vais attendre les soldes.» L’enfant nous voit comme un «grand», qui décide de tout, qui peut tout. Lui montrer que nous aussi nous sommes heurtés et nous heurtons encore à la réalité le fera se sentir moins seul. Mais surtout le rassurera : oui on peut être frustré et heureux.

Les premiers signes de frustration qui, chez l’enfant, pourraient se révéler annonciateurs sont par exemple :
-Il traîne des pieds
-Il râle pour un rien
-Il négocie, tergiverse
-Il ne nous écoute plus
-Il ne veut pas parler
-Il fait l’andouille
-Il s’énerve
-Il se dispute avec sa sœur, un copain…
-Il se met dans un coin, se recroqueville
-Il a des gestes brusques, voire agressifs.

Une habitude très humaine est particulièrement nocive en cas de caprice. Ces extrapolations s’appellent des «distorsions cognitives» :
-La pensée dichotomique → C’est le classique tout ou rien, l’absence totale de nuances. Un exemple : il fait un caprice pour avoir un pain au chocolat alors que nous revenons de la boulangerie avec un croissant. Traduction : Il est mal élevé.
-La généralisation abusive → Il s’agit de partir d’un fait unique et d’en tirer une loi. Il fait un caprice ? Traduction : comme d’habitude, rien ne lui va jamais.
-L’abstraction sélective → Nous ne retenons qu’un détail, un seul et le plus négatif, sans considérer la situation dans sa globalité. Il a râlé en prenant le pain au chocolat. Traduction : il fait un caprice.
-La maximalisation → C’est la dramatisation, une évaluation excessive de l’événement. Qu’il fasse un caprice est impardonnable. Notre éducation est à refaire.
-La personnalisation → Nous nous attribuons la responsabilité de l’événement et du comportement de l’autre. S’il fait un caprice, c’est à cause de nous. Parce que nous manquons de temps et de compétences pour l’élever correctement et logiquement cela nous retombe dessus.
-L’erreur d’inférence → C’est la prédiction. Nous prenons un fait et en tirons des conclusions illogiques, qui vont dans le sens de la mauvaise opinion que nous avons de nous-même. S’il fait un caprice, c’est qu’il ne nous aime pas.

Le B.A-B.A de la communication :

Il est des techniques de communication très efficaces en cas de conflits imminents. L’une d’entre elles, la «communication Non violente » ( cf « Élever nos enfants avec bienveillance« ), invite à reconsidérer sa façon de s’exprimer et d’écouter son interlocuteur. Puisque le système fonctionne entre adultes, rien ne nous empêche d’en conserver les grands principes avec notre enfant. Il s’agit de :
-Énoncer des observations rigoureuses, qui ne sont ni des jugements, ni des évaluations « Je constate que tu n’as pas rangé ta chambre comme je te l’avais demandé »
-Exprimer nos sentiments : «Je me sens fatiguée, découragée»
-Exprimer nos besoins, aspirations, motivations « … parce que j’ai besoin d’être entendu »
-Présenter nos demandes de façon positive, concrète et réalisable « Nous allons jouer à la douche la plus rapide du monde et tu prendras le temps de ranger ta chambre avant le repas. C’est d’accord ? »
Il n’est pas facile de respecter un tel protocole. Mais au moins pouvons-nous en garder l’idée générale devant notre interlocuteur de 96 cm. La démarche fait vraiment des miracles. Nous formulons une demande qui a bien plus de chances d’être entendue qu’un « Range ta chambre » qui tombe au plus mauvais moment et risque de déclencher un drame.

Comment rappeler à l’ordre ?
-Assurons-nous d’obtenir l’attention de l’enfant
-Attendons un moment puis interrogeons-le «Que se passe-t-il ? »
-Rappelons ensuite la demande, la règle et/ou l’interdit

L’isolement :

Combien de temps ? Le temps de retrait doit être court et proportionnel à l’âge de l’enfant. Il est inutile et préjudiciable de laisser un petit trop longtemps «au coin». Il faut compter environ une minute par année (3 minutes pour 3 ans)

Marche à suivre :
-Répétons d’abord la consigne
-Puis direction l’endroit de mise en quarantaine
-Mais revenons à l’heure

Deux phrases clés : « Je comprends que tu ne sois pas d’accord avec moi. Mais ce que tu fais là n’y changera rien » et « J’ai entendu que tu n’étais pas content mais il est maintenant inutile d’insister »

Nous avons le droit de parler de nos faiblesses et de nos fragilités. L’enfant a besoin d’un parent « suffisamment bon » pour reprendre l’expression du pédiatre Donald Winnicott. Pas infaillible.

Lorsque nous rappelons les faits, il est important d’éviter :

-La culpabilisation
-Les longues exhortations, les sermons interminables
-Le mutisme
-Les jugements péremptoires (« on ne peut pas te faire confiance »)
-La comparaison

Expliquons ensuite l’inutilité du caprice. Il convient aussi de se positionner en tant qu’adulte et de faire valoir notre expérience. Il est nécessaire de marquer sa détermination.

Le but est finalement qu’un petit, au fur et à mesure de ses expériences, constate qu’un caprice est inutile. Qu’il admette qu’une crise ne serve pas à grand chose. Qu’il découvre que sa colère ne change rien. Mais ne change rien non plus à l’amour et la confiance que nous lui portons.

Conclusion :

L’idée principale de cet ouvrage : le recul. Faire preuve de distance et de discernement, quelque soit la situation, nous aidera toujours à garder le cap face au petit être qui se déchaîne sous nos yeux ébahis.

 

 

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