Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des mûrs) – Introduction à la Communication Non Violente – Marshall B. Rosenberg

Editeur : La Découverte
Date du copyright : 2005

Auteur : Marshall B. Rosenberg

 

Marshall B. Rosenberg est docteur en psychologie clinique, il a été formé à la psychothérapie psychanalytique et a été élève de Carl Rogers.

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Il est le fondateur et le créateur du Center for Nonviolent Communication (1984), une organisation internationale.
M. B. R. voyagea dans le monde entier pour intervenir en tant que médiateur dans les conflits et promouvoir la paix.

Pour M. B. Rosenberg, l’intention de la CNV est de créer une certaine qualité de relation.

 

Chapitre 1 : La démarche de la communication non violente

Les 4 composantes :
– OBSERVATION
– SENTIMENT
– BESOIN
– DEMANDE

-J’OBSERVE un comportement concret qui affecte mon bien être
-Je réagis à ce comportement par un SENTIMENT
-Je cerne les désirs, BESOINS ou valeurs qui ont éveillé ce sentiment
-Je DEMANDE à l’autre des actions concrètes qui contribuent à mon bien être.

Sincérité : expression de ce qui nous anime, plutôt de ce que l’on pense d’autrui.

Résumé du chapitre : La CNV nous aide à renouer avec nous-mêmes comme avec les autres en laissant libre cours à notre bienveillance naturelle. Elle nous engage à reconsidérer la façon dont nous nous exprimons et dont nous écoutons l’autre, en fixant notre attention sur 4 éléments : l’observation d’une situation, les sentiments qu’éveille cette situation, les besoins qui sont liés à ces sentiments, et enfin ce que nous pourrions demandé concrètement pour satisfaire nos besoins. La CNV suscite qualité d’écoute, respect et empathie, et fait naître un courant de générosité réciproque. Certaines personnes utilisent la CNV pour mieux cerner leurs propres besoins, d’autres pour approfondir une relation de couple, établir des relations professionnelles efficaces ou gérer des situations politiques. Dans de nombreux pays, des individus y ont recours pour dénouer toutes sortes de différends et de conflits.

Chapitre 2 : Quand la communication entrave la bienveillance

«Ne vous posez pas en juge afin de ne pas être jugé; car c’est de la façon dont vous jugez qu’on vous jugera» Matthieu , 7 : 1

Jugements moralisateurs
L’un des modes de communication qui «coupent de la vie» est le recours à des jugements moralisateurs envers l’autre, dont nous avons tendance à dire qu’il est dans le faux ou qu’il est mauvais lorsque ses actes ne correspondent pas à nos valeurs. Notre analyse d’autrui est en fait l’expression de nos propres besoins et sentiments.

Refus de responsabilités
Un autre mode de communication aliénante consiste à nier ses responsabilités. Il empêche l’individu de prendre pleinement conscience qu’il est responsable de ses pensées, de ses sentiments et de ses actes.

Nous nions la responsabilité de nos actes lorsque nous attribuons leur cause à:
-des forces impersonnelles et vagues «J’ai nettoyé ma chambre parce que j’y étais obligé»
-notre état de santé ou notre état psychologique «Je bois parce que je suis alcoolique»
-les actes d’autrui «J’ai frappé mon enfant parce qu’il courait dans la rue»
-le diktat d’une autorité «J’ai menti au client parce que le patron me l’a demandé»
-une politique institutionnelle, un règlement, une loi «Je dois vous renvoyer parce que c’est la politique de l’école»
-sexe, groupe social, tranche d’âge «Je déteste aller travailler mais j’y suis obligé car je suis père de famille»
-des impulsions incontrôlables «J’ai mangé un gâteau parce que c’était plus fort que moi»

Nous pouvons remplacer le langage impliquant une absence de choix par un langage qui reconnaît le choix «Je déteste mettre des notes, mais j’y suis obligé, ce sont les directives du rectorat» → «Je choisis de mettre des notes car je veux garder mon poste».
Faire des comparaisons
Les comparaisons sont une forme de jugement. Ce type de raisonnement peut entraver la bienveillance envers soi-même et envers les autres.

Autres formes de communications aliénantes
Le langage peut également entraver la bienveillance lorsque nous exprimons nos désirs sous forme d’exigences. En soi, l’exigence fait explicitement ou implicitement planer sur le destinataire la menace d’un reproche ou d’une punition au cas où il ne s’y plierait pas.
Il n’est pas en notre pouvoir de faire faire quelque chose à quelqu’un. Penser à «qui mérite quoi» entrave la communication empathique. Nous avons pour la plupart été élevés avec un langage qui nous pousse à étiqueter, catégoriser, exiger et porter des jugements, plutôt qu’à prendre conscience de nos sentiments et de nos besoins. La communication aliénante à des racines philosophiques et politiques très profondes.

Résumé : Il est dans notre nature d’aimer donner et recevoir du fond du cœur. Nous avons cependant appris plusieurs formes de «langage aliénant» qui nous conduisent à nous exprimer ou à nous comporter de manière blessante vis-à-vis des autres et de nous-mêmes. L’une de ces formes de communication aliénante consiste à utiliser des jugements moralisants qui impliquent que ceux dont le comportement ne correspond pas à nos valeurs ont tort ou sont mauvais. Une autre repose sur les comparaisons, qui peuvent entraver la bienveillance envers nous-mêmes comme à l’égard d’autrui. La communication aliénante nous empêche aussi de prendre pleinement conscience que chacun est responsable de ses pensées, de ses sentiments et de ses actes. Une autre caractéristique de ce type de communication consiste à communiquer ses désirs sous forme d’exigences.

Chapitre 3 : Observer sans évaluer

«Observez, peu de choses sont plus importantes, plus religieuses que cela» Frederich Buechner, pasteur

La 1ère composante de la CNV consiste à séparer observations et évaluation. Lorsque nous amalgamons observations et évaluations, notre interlocuteur risque d’entendre une critique.

La plus haute forme de l’intelligence humaine
Selon le philosophe J. Krishnamuviti, observer sans évaluer est la plus haute forme de l’intelligence humaine.
La CNV est un langage dynamique qui déconseille les généralisations figées et les remplace par des observations circonstanciées. Nous dirons ainsi plus volontiers «En 20 matchs, je n’ai pas vu Jacques marquer un seul but» que «Jacques est un mauvais footballeur»

Résumé : La première composante de la CNV consiste à bien séparer l’observation de l’évaluation. Quand nous mélangeons observation et évaluation, notre interlocuteur risque d’entendre une critique et de résister à ce que nous disons. La CNV est un langage dynamique qui déconseille les généralisations figées et les remplace par des observations circonstanciées. Nous dirions ainsi plus volontiers : «En vingt matchs, je n’ai pas vu Jacques marqué un seul but» que «Jacques est un mauvais footballeur».

Chapitre 4 : Identifier et exprimer les sentiments

«Avec la maturité, l’individu parvient à distinguer autant de nuances de sentiments, de moments forts et passionnés ou délicats et sensibles que dans les différents mouvement d’une symphonie» Rollo May, psychanalyste.

Pour beaucoup d’entre nous, nos sentiments sont toutefois «aussi limités que les notes de l’appel du clairon»

Le coût élevé des sentiments inexprimés
Nous sommes davantage formés à diriger notre attention sur les autres qu’à être en contact avec nous-même. Nous apprenons à fonctionner avec notre tête et à nous demander «Qu’est-ce que les autres pensent que je devrai dire et faire?»
Il faut parfois savoir avouer ses sentiments pour dénoncer une situation.

Distinguer les sentiments des interprétations mentales
Une confusion fréquente est due à l’emploi du verbe sentir dans les phrases où nous exprimons nos pensées plutôt que nos sentiments. Ainsi, dans une phrase comme «Je sens que je me suis fait avoir», il serait plus juste de remplacer le verbe «sentir» par le verbe «penser». Il faut faire une distinction entre ce que nous ressentons et ce que nous pensons être.

-Description de ce que je pense être : «Je suis nul à la guitare» → évaluation de la compétence de guitariste, sans exprimer clairement les sentiments
-Expression des sentiments : «Je suis déçu par mes talents de guitariste»
«Je suis impatient de progresser»
«Je suis mécontent de ma façon de jouer»

Développer un vocabulaire des sentiments
Des mots comme «bien» et «mal» empêchent notre interlocuteur de voir précisément ce que nous ressentons vraiment.

Lorsque nos besoins sont satisfaits nous pouvons nous sentir...
admiratif – alerte – amoureux – amusé – apaisé – attendri – attentif – aux anges – béat – bien disposé – bouleversé – calme – captivé – charmé – comblé – confiant – content – curieux – de bonne humeur – décontracté – délivré – détendu – ébahi – ébloui – égayé – électrisé – émerveillé – émoustillé – ému – en effervescence – en harmonie avec – en extase – en sécurité – enchanté – encouragé – enjoué – enthousiaste – étonné – éveillé – exalté – excité – fasciné – fier – frémissant ( de joie, de surprise) – gai – heureux – hilare – inspiré – intéressé – intrigué – joyeux – léger – libre – optimiste – paisible – passionné – ragaillardi – rassasié – rassuré – ravi – reconnaissant – régénéré – regonflé – réjoui – remonté – revigoré – satisfait – serein – soulagé – stimulé – stupéfait – submergé (de joie) – sûr de soi – surexcité – surpris – touché – tranquille – transporté de joie – vibrant – vivant – vivifié.

Ou bien plein…
d’amour – d’affection – d’appréciation – d’ardeur – de chaleur – de compréhension – de douceur – d’énergie – d’entrain – d’espoir – de ferveur – de gratitude – de pétulance – de tendresse – de zèle.

Ou bien encore d’humeur …
aventureuse – câline – enjouée – espiègle – exubérante – insouciante – pétillante

A contrario, lorsque nos besoins ne sont pas satisfaits, nous pouvons nous sentir…
à bout – abasourdi – abattu – accablé – affligé – agacé – agité – alarmé – amer – angoissé – anxieux – apeuré – atterré – attristé – blessé – bouleversé – cafardeux – chagriné – choqué – confus – consterné – contrarié – coupable – craintif – crispé – débordé – déconcerté – découragé – déçu – défait – dégoûté – de mauvaise humeur – démoralisé – démuni – dépassé – dépité – déprimé – dérouté – désabusé – désemparé – désenchanté – désespéré – désolé – désorienté – déstabilisé – ecoeuré – effaré – effrayé – embarrassé – ému – en colère – énervé – ennuyé – épuisé – exaspéré – excédé – excité – fâché – fatigué – fragile – frustré – furieux – gêné – glacé de peur – haineux – honteux – horrifié – horripilé – impatient – incommodé – inquiet – insatisfait – instable – intrigué – irrité – jaloux – las – lassé – lourd – mal à l’aise – mal assuré – malheureux – mécontent – méfiant – mélancolique – navré – nerveux – paniqué – pas intéressé – peiné – perplexe – perturbé – pessimiste – piqué au vif – piteux – préoccupé – remonté – résigné – sceptique – secoué – sensible – seul – sidéré – soucieux – soupçonneux – stupéfait – surexcité – sur le qui-vive – surpris – terrifié – tourmenté – transi – tremblant – triste – troublé – ulcéré – vexé – vidé

Ou bien nous pouvons nous sentir d’humeur…
chagrine – maussade – massacrante – morose – sombre
Ou encore éprouver des sentiments…
d’agressivité – d’appréhension – d’aversion – d’ennui – de peur – de pitié – de rancœur – de ressentiment

Résumé : La deuxième composante de la CNV consiste à exprimer nos sentiments. En développant un vocabulaire affectif qui nous permet de décrire clairement et précisément nos émotions, nous pouvons plus facilement établir un lien avec les autres. Montrer notre vulnérabilité en exprimant nos sentiments peut contribuer à résoudre des conflits. Enfin, la CNV distingue les sentiments réels des mots décrivant des pensées, des jugements et des interprétations.

Chapitre 5 : Assumer la responsabilité de ses sentiments

«Les gens sont troublés non par les choses, mais par l’image qu’ils s’en font» Épictète

Entendre un message négatif
Les actes d’autrui peuvent être le facteur déclenchant mais jamais la cause de nos sentiments.

4 possibilités :
1 – Se sentir fautif en y entendant un reproche et une critique
risque → culpabilité, honte, dépression
2 – Rejeter la faute sur l’autre
risque → colère
3- Percevoir nos sentiments et besoins
4- Rechercher à percevoir les sentiments et besoins de l’autre

Il faut relier notre sentiment à un besoin «Je me sens… parce que j’aimerai…»

Les besoins qui sont à l’origine des sentiments
Les jugements portés sur les autres sont des expressions de nos propres besoins insatisfaits. Si nous exprimons nos besoins, nous augmentons nos chances qu’ils soient satisfaits.

Exprimer ses besoins ou se taire : quel est le plus douloureux ?
Si nous n’accordons pas de valeur à nos besoins, les autres ne leur en accorderons peut être pas davantage.

De l’esclavage affectif à la libération affective
Avant de parvenir à un état de libération affective, nous passons généralement par 3 phases dans nos rapports à l’autre
1 – L’esclavage affectif → nous nous croyons responsables des sentiments des autres.
2 – La phase «exécrable» → nous éprouvons de la colère, nous ne voulons plus endosser la responsabilité des sentiments d’autrui.
3 – La libération affective → nous prenons la responsabilité de nos intentions et de nos actes.
Résumé : La troisième composante de la CNV consiste à identifier les besoins dont découlent nos sentiments. Les actes et les paroles des autres peuvent être des facteurs déclenchants, mais jamais la cause de nos sentiments.
Face à un message négatif, nous pouvons choisir de réagir de 4 façons :
1) nous juger fautifs
2) rejeter la faute sur les autres
3) identifier nos propres sentiments et besoins
4) identifier les sentiments et les besoins qui se cachent derrière le message négatif de l’autre.

Les jugements, critiques, diagnostics et interprétations portant sur les autres sont autant d’expressions détournées de nos propres besoins et valeurs. Lorsque l’autre entend une critique, il a tendance à mettre toute son énergie à se défendre ou à contre-attaquer. Mieux nous parvenons à associer nos sentiments à nos besoins, mieux l’autre peut y répondre avec empathie.
Dans un monde où nous sommes souvent sévèrement jugés lorsque nous identifions et révélons nos besoins, cette démarche peut faire peur, surtout aux femmes, qui sont habituées à ignorer leurs propres besoins pour se consacrer aux autres.

En apprenant à assumer la responsabilité de nos sentiments, nous passons généralement par 3 phases :
1) l’esclavage affectif – où nous nous croyons responsables des sentiments des autres
2) la phase exécrable – où nous refusons d’admettre que les sentiments et besoins des autres nous importent.
3) La libération affective – où nous assumons pleinement nos propres sentiments mais pas ceux des autres, tout en sachant que nous ne pouvons jamais satisfaire nos propres besoins aux détriments des autres.

Chapitre 6 : Demander ce qui contribuerait à notre bien-être

Utiliser un langage d’action positive
En 1er lieu, nous disons ce que nous voulons plutôt que ce que nous ne voulons pas «Comment fait on un ne fais pas ?» demandait Ruth Bebermeyer dans une chanson pour enfants. «Tout ce que je sais, c’est que je ressens un je ne veux pas quand tu me dis un ne fais pas.» → les demandes formulées à la forme négative risquent de provoquer une réaction de résistance.
Les demandes formulées das un langage d’action clair, positif et concret révèlent ce que nous voulons vraiment. Un langage imprécis mène à la confusion (la dépression est la récompense que nous obtenons pour notre conformité).

Formuler une demande consciemment
Notre interlocuteur peut ne pas comprendre ce que nous voulons de lui lorsque nous exprimons uniquement nos sentiments. Nous ne sommes souvent pas conscients de notre demande. Les demandes qui ne sont pas accompagnées des sentiments et des besoins de celui qui parle peuvent être entendues comme des exigences. Plus nous sommes clairs avec ce que nous voulons en retour, plus nous avons de chances de l’obtenir.

Demander un retour
Pour nous assurer que le message que nous ayons émis est bien celui qui a été reçu, demander à notre interlocuteur de nous le restituer et le remercier lorsqu’il s’efforce de le faire. Manifester de l’empathie à l’interlocuteur qui ne veut pas restituer le message entendu.

Demander de la sincérité
Après nous être ouvertement exprimés et avoir reçu la compréhension que nous voulons, nous avons souvent envie de connaître la réaction de l’autre à ce que nous avons dit. La réponse sincère que nous aimerions recevoir porte généralement sur l’un ou l’autre des 3 points suivants :
Nous aimerions connaître les sentiments qu’ont induits nos paroles et les raisons de ces sentiments. Pour ce faire, nous pourrions par exemple demander : «J’aimerai que tu me dises quels sont tes sentiments au sujet de ce que je viens de dire et tes raisons pour cela.»

Nous aimerions savoir ce que pense notre interlocuteur d’un projet qu’on vient de lui exposer. Dans ce cas, il est important de préciser le type de pensées que nous voudrions qu’il nous fasse partager, en demandant par exemple : «J’aimerai que tu me dises si tu penses que mon projet va marcher ou ce qui, d’après toi, pourrait l’empêcher de réussir.» plutôt qu’un simple «Que penses-tu de ce que je viens de te dire ?» Si nous ne lui fournissons aucun précision sur les opinions que nous aimerions entendre, notre interlocuteur risque de s’attarder sur celles qui ne nous intéressent pas.

Nous aimerions savoir si l’autre est disposé à entreprendre les actions concrètes que nous avons suggérées. Une telle demande pourrait s’exprimer de la façon suivante : «J’aimerai que tu me dises si tu serais d’accord pour reporter notre réunion d’une semaine.»
L’emploi de la CNV requiert que nous soyons conscients des formes précises de sincérité que nous aimerions recevoir et que nous formulions cette demande d’honnêteté dans un langage correct.

Adresser une demande à un groupe
Dans un groupe, on perd beaucoup de temps lorsque les intervenants ne sont pas sûrs de ce qu’ils attendent des autres.

Demandes et exigences
Lorsque notre interlocuteur entend une exigence, il ne voit que deux possibilités : la soumission ou la révolte.
Notre interlocuteur exprime-t-il une demande ou une exigence ? On le voit à la façon dont il accueille une réponse négative.
C’est une exigence lorsqu’on porte une critique, un jugement ou si l’on essaie de culpabiliser l’autre. C’est une demande si l’on manifeste de l’empathie pour les besoins de l’autre.

La façon la plus convaincante de démontrer que notre demande est sincère consiste à réagir avec empathie à un refus. Choisir de demander plutôt que d’exiger ne signifie pas qu’il nous faille baisser les bras face à un refus, mais implique que nous ne tenteront pas de persuader l’autre avant d’avoir écouter avec empathie ce qui l’empêche de répondre favorablement à notre demande.

Définir l’objectif derrière notre demande.
Notre objectif est d’établir une relation fondée sur la sincérité et l’empathie. A partir du moment où nous étiquetons les individus, nous avons tendance à adopter à leur égard un comportement qui provoque précisément l’attitude qui nous contrarie.
Résumé : La quatrième composante de la CNV attire notre attention sur ce qui enrichit notre vie et celle des autres, et nous invite à formuler mutuellement des demandes claires.
Nous nous efforçons d’éviter les formulations imprécises, ambiguës ou abstraites et d’utiliser un langage d’action positif en déclarant ce que nous demandons plutôt que ce que nous ne demandons pas.
Plus nous exprimons avec précision ce que nous voulons, plus nous avons de chance de l’obtenir. Dans la mesure où le message que nous émettons ne coïncide pas toujours avec celui qui est reçu, nous pouvons apprendre des moyens de savoir si notre message a été correctement entendu. Lorsque nous nous adressons à un groupe, soyons particulièrement attentifs à indiquer la nature précise de la réaction que nous souhaitons. Sans quoi, nous risquons de lancer des conversations improductives, qui font perdre beaucoup de temps au groupe.
Les demandes sont perçues comme des exigences lorsque leur destinataire est convaincu qu’il sera critiqué ou puni s’il n’obtempère pas. Nous pouvons aider nos interlocuteurs à croire que nous exprimons bel et bien une demande et non une exigence en précisant que nous apprécierons qu’ils n’accèdent à nos désirs que s’ils y sont vraiment disposés. L’objectif de la CNV n’est pas de changer les autres et leurs comportements afin d’obtenir ce que nous voulons. Il est important d’établir des relations fondées sur la sincérité et l’empathie qui, au bout du compte, satisferont les besoins de chacun.

Chapitre 7 : Recevoir avec empathie

Les 2 parties de la CNV :
s’exprimer avec sincérité
accueillir avec empathie

La présence : ne te contente pas d’agir, sois là.
L’empathie est une façon de comprendre avec respect ce que les autres vivent. Selon le philosophe chinois Tchouang-Tseu, l’empathie véritable exige que l’on écoute de tout son être : «L’écoute exclusivement auditive est une chose. L’écoute intellectuelle en est une autre. Mais l’écoute de l’esprit ne se limite pas à une seule faculté – l’audition ou la compréhension intellectuelle. Elle requiert un état de vacuité de toutes les facultés. Lorsque cet état est atteint, l’être tout entier est à l’écoute. On parvient alors à saisir directement ce qui est là, devant soi, ce qui ne peut jamais être entendu par l’oreille ou compris par l’esprit

Dans la relation à l’autre, il n’y a empathie qu’à partir du moment où nous parvenons à écarter tous préjugés et jugements à son égard. Martin Buber, philosophe israélien d’origine autrichienne, décrivait cette qualité de présence que la vie exige de nous : «Malgré toutes les ressemblances, toute situation de vie a, comme un nouveau-né, un visage unique, qui n’a jamais existé auparavant et que l’on ne retrouvera plus. Elle appelle une réaction qui ne peut être préméditée. Elle ne demande rien qui appartienne au passé. Elle appelle une présence, une responsabilité. Elle appelle l’être tout entier

Il n’est pas facile de soutenir cette qualité de présence que requiert l’empathie. «La capacité à accorder son attention à quelqu’un qui souffre est quelque chose de très rare et de très difficile. C’est presque un miracle. C’est un miracle, affirmait la philosophe française Simone Weil. Parmi tous ceux qui pensent posséder cette capacité, rares sont ceux qui l’ont.»

Lorsque l’on a besoin d’empathie, il est souvent frustrant d’avoir en face de soi quelqu’un qui part du principe que l’on veut être rassuré ou obtenir une «recette miracle».

L’empathie : faire le vide dans notre esprit et écouter de tout notre être.
Demander avant d’offrir conseils ou propos rassurants.
Holley Humphrey a repéré un certain nombre de comportements classiques qui nous empêchent d’offrir à l’autre une qualité de présence suffisante pour établir avec lui une relation d’empathie.

Voici quelques exemples d’obstacles de ce type :
Conseiller → «Je pense que tu devrais…» «Pourquoi n’as-tu pas.. ?»
Surenchérir → «Oh ce n’est rien. Regarde moi…»
Moraliser → «Tu pourrais tirer parti de cette expérience si tu…»
Consoler → «Ce n’était pas ta faute. Tu as fait de ton mieux.»
Dévier sur des anecdotes → «Ça me rappelle l’époque où..
Clore la question → «Allons, remets-toi. Ne fais pas cette tête
Compatir → «Oh, mon pauvre…»
Interroger → «Quand est-ce que ça a commencé ?»
Expliquer → «Je t’aurais bien appelé, mais..
Corriger → «Ça ne s’est pas passé comme ça.»

L’approche intellectuelle entrave l’empathie. L’empathie est avant tout fondée sur la présence : nous sommes pleinement présent à l’autre et à ce qu’il éprouve.

Écouter les sentiments et les besoins.
Quoi que disent les autres, n’entendre que :
1) ce qu’ils observent
2) leurs sentiments
3) leurs besoins
4) ce qu’ils demandent

Écouter ce dont nos interlocuteurs ont besoin plutôt que ce qu’ils pensent de nous.

Paraphraser
Après avoir écouté et entendu ce que l’autre observe, ressent, désire et demande pour rendre sa vie plus conforme à ses vœux, peut-être aurons nous envie de lui dire en le paraphrasant ce que nous avons compris.

Nous avons vu dans le chapitre 6 comment demander à l’autre de reformuler nos paroles pour nous assurer qu’elles correspondent bien à ce que nous voulions dire. Nous allons voir maintenant comment renvoyer à notre interlocuteur ce que l’on a perçu de son message. Cela lui confirmera, le cas échéant, que nous avons bien reçu son message, ou lui donnera au contraire une occasion de nous corriger. Autre avantage, notre reformulation lui donnera le temps de réfléchir à ce qu’il a dit et lui fournira une occasion de plonger plus profondément en lui -même. La CNV propose d’énoncer notre paraphrase à la forme interrogative, afin de dire ce que nous avons compris tout en invitant notre interlocuteur à apporter d’éventuelles corrections.

Les questions peuvent ainsi porter sur :
1) Ce que l’autre observe → «Veux tu parler du nombre de soirées où j’étais absent la semaine dernière ? »
2) Ses sentiments et les besoins qui les provoquent → «Es-tu blessé parce que tu aurais aimé obtenir plus de reconnaissance pour tes efforts ? »
3) Ce que l’autre demande → «Veux tu que je te dise pourquoi je t’ai dit ça ? »

En posant ces questions, nous essayons de deviner ce qui se passe chez notre interlocuteur, tout en l’invitant à rectifier le tir au cas où nous nous tromperions.
Lorsque nous demandons des informations, commencer par exprimer les sentiments et les besoins qui nous motivent.

Paraphraser les messages qui comportent une forte charge émotionnelle.
Paraphraser seulement quand cela contribue à plus de bienveillance et de compréhension.
«Derrière les messages intimidants, il y a simplement des individus qui nous prient de satisfaire leurs besoins» . Lorsque nous recevons les messages en étant conscients de cela, nous ne nous sentons jamais déshumanisés par ce que les autre ont à nous dire.

Un message difficile devient une occasion de contribuer au bien-être de quelqu’un. Paraphraser fait gagner du temps.

Maintenir l’empathie.
En restant dans une attitude empathique, nous permettons à notre interlocuteur de plonger plus profondément en nous-même.

Nous savons que l’autre a reçu suffisamment d’empathie lorsque :
nous ressentons un relâchement de tension , ou
le flux de paroles s’arrête

La douleur, obstacle à l’empathie
Nous avons besoin d’empathie pour en donner. «Plus vous écoutez fidèlement votre voix intérieure, mieux vous entendrez ce qui se passe dehors.» Dag Hammarskjold, ancien secrétaire général des Nations Unies. Une fois que nous savons «nous donner de l’empathie», il suffit souvent de quelques secondes pour sentir une libération naturelle d’énergie, qui nous permet alors d’être présent à l’autre.

Résumé : L’empathie est une compréhension empreinte de respect de ce que les autres vivent. Au lieu de proposer de l’empathie, nous avons souvent tendance à donner des conseils, à réconforter, à donner notre avis ou à exposer notre sentiment. L’empathie exige en revanche que nous fassions le vide dans notre esprit et que nous écoutions l’autre de tout notre être.
En CNV, quels que soient les mots choisis par l’autre pour s’exprimer, nous écoutons simplement ses observations, ses sentiments, ses besoins et ce qu’il demande. Nous pouvons alors choisir de paraphraser ses paroles, en disant ce que nous avons compris . Nous maintenons l’empathie en lui laissant une chance de s’exprimer pleinement avant de porter notre attention sur la recherche de solutions ou sur sa demande de réconfort.
Nous avons besoin de faire nous-même le «plein» d’empathie pour pouvoir en donner aux autres. Lorsque nous sommes sur la défensive ou incapables d’empathie, nous avons besoin :
-soit de nous arrêter pour respirer et faire d’urgence un retour sur nous-mêmes
-soit de hurler en CNV, c’est-à-dire d’exprimer avec force ce qui se passe en nous, en appliquant les principes de la CNV
-soit encore de nous retirer pour nous donner le temps de la réflexion

Chapitre 8 : Le pouvoir de l’empathie

L’empathie qui guérit
Il est plus difficile de manifester de l’empathie à ceux qui paraissent détenir plus de pouvoir que nous, avoir davantage de moyens ou un statut plus élevé.
L’empathie nous permet de percevoir l’univers sous un jour nouveau et d’aller de l’avant.

L’empathie et la capacité d’être vulnérable
C’est lorsque nous cherchons à donner de nous-même l’image d’une personne sans faille que nous hésitons à exprimer notre vulnérabilité.
Plus nous témoignons d’empathie à l’autre, plus nous nous sentons en sécurité.
Nous en disons beaucoup en cherchant à entendre les sentiments et les besoins des autres.

L’empathie pour désamorcer le danger.
La capacité à offrir de l’empathie à l’autre dans des moments de grande tension peut désamorcer les risques de violence. Être empathique plutôt que répliquer «mais» à une personne en colère. Lorsque nous écoutons leurs sentiments et leurs besoins, nous ne voyons plus les individus comme des monstres. Il peut être très difficile d’être empathique avec ceux qui nous sont le plus proches.

Accepter un refus avec empathie
Répondre à un refus avec empathie nous évite de le prendre mal.
L’empathie pour redonner vie à une conversation.
Pour redonner vie à une conversation, interrompre de façon empathique. Les propos qui ennuient l’auditoire ennuient aussi l’orateur. L’orateur préfère être interrompu plutôt que l’on fasse semblant de l’écouter.
L’empathie pour le silence : écouter les sentiments et les besoins de celui qui se tait. Le secret de l’empathie réside dans notre capacité à être présent.

Résumé : Développer notre capacité à être empathiques nous permet de demeurer sincères, vulnérables, de désamorcer les risques de violence, d’entendre un refus sans y voir un rejet, de redonner vie à une conversation, et même d’entendre les sentiments et besoins exprimés par un silence. On parvient souvent à dépasser les effets paralysants de la douleur psychologique lorsqu’on entretient un lien assez fort avec quelqu’un qui peut nous entendre avec empathie.

 

Cultivons notre intention d’être en lien.

Chapitre 9 : Relions nous à nous-même avec bienveillance

«Devenons le changement que nous souhaitons voir dans le monde.» Mahatma Gandhi

Souvenons nous de ce qui nous rend unique.
En fait, la CNV pourrait servir avant tout à développer notre bienveillance envers nous-même. Nous utilisons la CNV de manière à grandir et non à nous haïr.

Nous évaluer lorsque nous avons été moins que parfaits.
Il est tragique que nous soyons si nombreux à nous empêtrer dans la haine de nous-même au lieu de tirer parti de nos erreurs, qui nous montrent nos limites et nous invitent à grandir.
Il faut éviter la tyrannie du «je dois». Si nous nous soumettons à ses exigences, qu’elles viennent de l’intérieur ou de l’extérieur de nous-même, l’énergie que nous y consacrons est dépourvue de toute joie porteuse de vie.

Traduire les jugements envers nous-même et nos exigences intérieures.
Les jugements vis-à-vis de nous-même, comme tous les jugements, sont des expressions tragiques de nos besoins insatisfaits. Notre défi, lorsque nous accomplissons un acte qui n’est pas au service de la vie, consiste alors à nous évaluer instant par instant d’une manière qui nous permettra d’évaluer à la fois :
1) dans le sens où nous souhaitons aller
2) et dans le respect et la bienveillance pour nous-même, plutôt que dans la haine de soi, la culpabilité ou la honte.

Le deuil en CNV
Le deuil en CNV consiste à se relier pleinement aux besoins insatisfaits et aux sentiments qui apparaissent lorsque nous avons été moins que parfaits. Nous faisons l’expérience du regret mais d’un regret qui nous aide à tirer des leçons de nos actes sans nous faire de reproches ou nous détester. Nous évaluons la manière dont notre comportement est allé à l’encontre de nos propres besoins et valeurs, et nous accueillons les sentiments qui émergent de cette prise de conscience. Lorsque nous dirigeons notre conscience sur nos besoins, nous sommes naturellement stimulés à trouver des pistes créatives pour les satisfaire. A l’inverse, les jugements moralisateurs auxquels nous faisons appel lorsque nous nous critiquons tendent à brouiller ces pistes et à nous maintenir dans un état d’autopunition.

Nous pardonner
Nous pardonner selon la CNV : nous relier au besoin que nous tentions de satisfaire par les actes que nous regrettons à présent.
Pour nous manifester de la compassion, il est important que nous puissions embrasser avec empathie les deux parties de nous-mêmes : celle qui regrette un acte passé et celle qui a accompli cet acte au départ. Le processus du deuil et du pardon nous libère en nous permettant d’apprendre et de grandir. En nous reliant instant pas instant à nos besoins, nous développons notre aptitude créatrice à agir en harmonie avec eux.
Nous avons de la compassion pour nous-mêmes lorsque nous sommes capables d’embrasser tous les aspects de nous-mêmes et de reconnaître les besoins et valeurs exprimés par chacun d’entre eux.

Ne faisons rien si ce n’est par jeu !
Lorsque nous sommes conscients du désir de servir la vie qui sous-tend nos actions, lorsque la seule énergie qui nous motive est de rendre notre vie et celle des autres plus belle, même un travail acharné comporte un élément de jeu. L’inverse est également vrai : lorsque nous pratiquons une activité habituellement joyeuse par obligation, devoir, peur, culpabilité ou honte, elle perd son côté exaltant et finit par susciter une résistance . Dans nos actions, soyons animés par le désir de contribuer à la vie plutôt que par la peur, la culpabilité, la honte ou l’obligation. Il faut vivre notre vie comme un jeu joyeux, en restant ancrés dans la conscience que tout ce que nous faisons est motivé par notre besoin d’embellir la vie.

Traduire «Je dois» en «Je choisis»
1ère étape : Quels sont les actes de votre vie que vous ne vivez pas comme un jeu ?
Faire une liste de toutes ces choses que vous vous dites devoir faire, toutes les activités que vous redoutez mais que vous faîtes quand même parce qu’il vous semble que vous n’avez pas le choix.
2ème étape : reconnaissez sincèrement que vous faîtes ces choses parce que vous choisissez de les faire, et non parce que vous en avez l’obligation. Insérez les mots «Je choisis de…» devant chaque point de la liste.
3ème étape : tentez de trouver l’intention qu’il y a derrière ce choix en complétant la phrase de la manière suivante : «Je choisis de… parce que je veux...».
Chaque fois que nous faisons un choix, soyons conscients du besoin qu’il sert.

Cultivons la conscience de l’énergie qui motive nos actions.
Lorsque nous avons clarifié les besoins servis par nos actions, nous pouvons vivre celles-ci comme un jeu, même si elles entraînent un travail acharné, des difficultés ou une frustration.
Soyons conscients des choses que nous faisons par désir d’argent ou pour l’approbation des autres, par peur, par honte ou par culpabilité. Sachons ce qu’elles nous coûtent.
Le comportement le plus dangereux de tous consiste à faire des choses «parce qu’on est censés les faire.»

Résumé : C’est peut-être dans la manière dont nous nous traitons nous-mêmes que la CNV joue son rôle le plus important. Lorsque nous commettons des erreurs, nous pouvons utiliser le processus de deuil en CNV et du pardon pour apprendre à grandir, au lieu de nous emprisonner dans les jugements moralisateurs envers nous-mêmes. Si nous évaluons notre comportement sous l’angle de nos besoins insatisfaits, ce n’est pas la honte, la culpabilité, la colère ou la dépression qui nous pousse au changement, mais l’authentique désir de contribuer à notre bien-être et à celui des autres.
Nous cultivons également la compassion envers nous-mêmes en faisant le choix conscient, chaque jour de notre vie, d’agir uniquement au service de nos propres besoins et valeurs plutôt que par devoir, pour obtenir une récompense extrinsèque ou pour échapper à la honte, à la culpabilité et à la sanction. En revoyant toutes les choses que nous nous obligeons à faire sans la moindre joie et en traduisant les «je dois» en «je choisis de», nous découvrons davantage de jeu et d’intégrité dans notre vie.

Chapitre 10 : Exprimer pleinement la colère

Tuer est un acte trop superficiel. Tuer, battre, accabler ou blesser l’autre – que ce soit mentalement ou physiquement – n’exprime jamais que de façon très superficielle ce que nous ressentons lorsque nous sommes en colère. Si nous éprouvons une vraie colère, il nous faut un moyen bien plus efficace pour l’exprimer pleinement.

Ne pas confondre la cause et le facteur déclenchant.
Nous ne sommes jamais en colère à cause de ce que les autres disent ou font.
Pour exprimer pleinement notre colère en CNV, le 1er pas est de dégager l’autre personne de toute responsabilité dans cette colère.
Ce sont nos pensées – de reproches et de jugements – qui déclenchent notre colère.

Supposant par exemple quelqu’un arrive en retard à un rendez-vous. Si nous avons besoin d’être rassurés sur le fait que nous comptons pour cette personne, il se peut que nous nous sentions blessés. Si nous avons besoin de faire un meilleur usage de notre temps, nous éprouverons peut-être un sentiment de frustration. Si en revanche nous avions justement envie d’une demie-heure de solitude et de calme, nous seront plutôt reconnaissants au retardataire; nous ne nourrirons alors à son égard aucune colère. Ce n’est donc pas le comportement d’autrui, mais bien notre propre besoin qui suscite notre sentiment. Lorsque nous sommes conscients de nos besoins – être rassurés, faire un meilleur usage de notre temps, ou être seuls – nous sommes reliés à notre énergie vitale. Il se peut que nous éprouvions des sentiments intenses mais nous ne serons jamais en colère. La colère provient d’une façon de penser qui ne tient pas compte des besoins et qui est donc coupée de la vie. Elle indique que nous avons fait appel à notre intellect pour analyser et juger l’autre au lieu de nous focaliser sur nos besoins insatisfaits.

Toute colère a une fonction vitale
Lorsque nous jugeons l’autre, nous contribuons à la violence. Utiliser la colère pour alerter notre attention. Toute colère est le fruit d’une pensée coupée de la vie, qui engendre la violence. Au cœur de toute colère, il y a un besoin insatisfait. La colère peut donc être très utile si nous l’utilisons comme un signal d’alarme : elle nous permet de prendre conscience qu’il y a chez nous un besoin insatisfait et que nos pensées actuelles diminuent fortement nos chances de le satisfaire. Exprimer complètement notre colère requiert la capacité d’être pleinement conscients de nos besoins. Par ailleurs, pour satisfaire ces besoins, il faut de l’énergie. Or, la colère accapare notre énergie en l’utilisant pour punir l’autre. Au lieu de céder à «l’indignation légitime», mieux vaut donc considérer avec empathie nos propres besoins ou ceux des autres. Cela ne se fait certes pas du jour au lendemain, mais on y parvient à force de remplacer systématiquement «Je suis en colère parce qu’ils ...» par «Je suis en colère parce que j’ai besoin de...».
Ce ne sont pas les actes d’autrui, mais les images et les interprétations que nous avons à l’esprit, qui provoquent notre colère.

Facteur déclenchant et cause : lorsque nous les confondons.
Lorsque nous prenons conscience de nos besoins, la colère cède la place à des sentiments qui servent la vie. La violence naît de la croyance que d’autres sont la cause de notre douleur et méritent par conséquent d’être punis. Lorsque nous entendront un message difficile, souvenons-nous des 4 choix possibles :
1-nous sentir fautifs
2-rejeter la faute sur l’autre
3-chercher à percevoir nos sentiments et nos besoins
4- chercher à percevoir les sentiments et les besoins de l’autre*

Exprimer la colère en 4 temps
Les étapes de l’expression de la colère
1) S’arrêter, respirer
2) Identifier les jugements qui occupent nos pensées
3) Retrouver le contact avec nos besoins
4) Exprimer nos sentiments et nos besoins insatisfaits

Offrir d’abord de l’empathie
Mieux nous écoutons les autres, mieux ils nous écouterons. Rester conscients des pensées violentes qui nous viennent à l’esprit, sans les juger.
Lorsque nous fixons notre attention sur les sentiments et besoins de l’autre, nous renouons avec l’humanité qui nous est commune.
Ce dont nous avons besoin, c’est que l’autre entende vraiment notre souffrance. Les gens n’entendent pas notre douleur lorsqu’ils croient avoir été pris en faute.

Prendre son temps
S’entraîner à traduire chaque jugement en besoin insatisfait.
Recensez les jugements qui vous viennent le plus souvent à l’esprit en commençant votre phrase par «Je n’aime pas les gens qui sont…». A partir de cette liste de qualificatifs, demandez-vous «Lorsque je juge quelqu’un, quels sont les besoins qui chez moi, ne sont pas satisfaits ?»
Peu à peu, vous apprendrez ainsi à penser davantage en terme de besoins insatisfaits que de jugements.

Résumé : Critiquer et punir les autres sont autant d’expressions superficielles de la colère. Si nous souhaitons exprimer pleinement la colère, le premier pas est de décharger l’autre de toute responsabilité, afin de porter notre entière attention sur nos propres sentiments et besoins. Nous avons bien plus de chances d’obtenir ce que nous souhaitons en exprimant nos besoins qu’en jugeant, critiquant ou punissant l’autre.

L’expression de la colère se fait en 4 temps :
1) marquer une pause et respirer profondément
2) identifier les jugements qui nous viennent à l’esprit
3) prendre conscience de nos besoins
4) exprimer nos sentiments et nos besoins inassouvis

Il se peut que, entre les étapes 2 et 3, nous choisissions de témoigner de l’empathie à l’autre pour lui permettre de mieux nous écouter lorsque nous exprimerons notre demande. Il est nécessaire de prendre son temps pour apprendre le processus de la CNV, et aussi pour l’appliquer.

Chapitre 11 : L’usage de la force dans un but de protection.

Lorsque le recours à la force est inévitable.
Certaines situation n’offrent aucune ouverture sur le dialogue. L’usage de la force peut alors s’imposer pour protéger la vie ou les droits de l’individu. Il se peut par exemple que l’une des parties refuse de communiquer ou que l’imminence du danger ne laisse pas le temps de dialoguer. Nous pouvons alors être contraints de recourir à la force. Le cas échéant, on distingue en CNV l’usage protecteur de l’usage répressif de la force.

Dans quel esprit recourt-on à la force ?
L’usage protecteur de la force vise à éviter des dommages corporels ou des injustices, tandis que la force répressive vise à faire souffrir des individus pour les punir de leurs actes perçus comme des méfaits.
Lorsque nous employons la force dans le but de protéger, nous pensons à la vie ou aux droits que nous souhaitons protéger sans porter de jugement sur la personne ou sur son comportement. Nous ne critiquons ni ne condamnons l’enfant qui se précipite sur la chaussée. Notre seul souci est de le protéger du danger.
L’usage protecteur de la force part du principe que c’est essentiellement par inconscience que les individus adoptent des comportements dangereux pour eux-mêmes et pour les autres. C’est donc par l’information et non par la répression qu’il convient d’y remédier.

L’inconscience peut se manifester sous diverses formes :
a) l’individu ne se rend pas compte des conséquences de ses actes
b) il ne voit pas comment satisfaire ses besoins propres sans porter préjudice à autrui
c)il est persuadé d’être «en droit» d’infliger une punition ou une douleur aux autres, sous prétexte qu’ils le «méritent»
d)il est prisonnier de ses fantasmes et croit par exemple qu’une «voix» lui a ordonné de tuer quelqu’un.

L’action répressive part en revanche du principe que les individus commettent des délits parce qu’ils sont mauvais ou méchants et que, pour y remédier, il faut les contraindre au repentir. Pour les remettre dans le droit chemin, on recourt à l’action répressive, censée
1) leur infliger suffisamment de douleur pour qu’ils comprennent leur erreur
2) les pousser au repentir
3) les changer
Or, dans la pratique, la répression parvient davantage à générer de l’hostilité ou à renforcer la résistance aux comportements que nous recherchons qu’à susciter un repentir et une prise de conscience.

Exemples de force répressive
La punition physique. La peur du châtiment corporel empêche l’enfant de percevoir la bienveillance inhérente aux exigences de ses parents. Le recours à la force permet peut-être de gagner une bataille, en ceci que l’on obtient de l’enfant ce que l’on veut, mais dans le même temps, il perpétue une norme sociale qui légitime l’usage de la violence pour résoudre les conflits.
Les étiquettes défavorables (mauvais, égoïste, immature…) sont aussi des punitions, de même que la privation de certains privilèges (argent de poche, voiture…)

Le prix de la punition
Lorsque nous craignons d’être punis, nous ne pensons plus qu’aux conséquences au lieu de nous centrer sur nos propres valeurs.
Si un employé n’est motivé que par la peur des sanctions, il fera certes son travail, mais sans aucun enthousiasme, et , tôt ou tard, il sera moins productif.
La crainte de la punition compromet l’estime de soi et la bonne volonté.

Deux questions qui montrent les limites de la punition
1ére question : Que voudrais-je que cette personne fasse ?
2ème question : Quelles motivations voudrais-je que cette personne ait pour le faire ?

Voir « Éduquer sans punir » de Thomas Gordon.

Résumé : Dans les situations qui ne laissent aucune place à la communication – en cas de danger imminent, par exemple – nous pouvons parfois être amené à employé la force dans un but de protection. L’intention est alors d’éviter les dommages corporels ou les injustices, jamais d’amener des individus à souffrir, à se repentir ou à changer. L’usage répressif de la force tend à générer de l’hostilité et de la résistance au comportement que l’on cherche à susciter. La punition concentre notre attention sur les conséquences de l’acte en faisant oublier l’action première. Les reproches et la punition ne suscitent pas les motivations que nous aimerions inspirer à l’autre.

Chapitre 12 : Se libérer et accompagner les autres

«L’humanité a dormi – et dort encore – bercée par les joies étroites et confiantes de ses amours fermés.» Teilhard de Chardin, théologien

S’affranchir des anciens conditionnements
La souffrance engendrée par notre condition culturelle néfaste fait tellement partie intégrante de notre vie que nous ne la détectons même plus. Il faut beaucoup d’énergie et de clarté pour reconnaître les effets destructeurs de cet enseignement et transformer celui-ci en pensées et comportements porteurs de vie.
En nous incitant à séparer observation et évaluation, à reconnaître les pensées ou besoins qui sont à l’origine de nos sentiments et à exprimer nos demandes en langage d’action clair, la CNV nous aide à être plus conscients du conditionnement culturel qui nous influence dans l’instant. Or mettre en lumière ce conditionnement, et en prendre conscience, est le premier pas déterminant pour nous dégager de son emprise.

Résoudre les conflits intérieurs
Lorsque nous portons des jugements sur nous-même, nous perdons le contact avec nos besoins et ne pouvons plus agir pour les satisfaire. La dépression est révélatrice d’un état d’aliénation de nos propres besoins. Savoir écouter nos sentiments et besoins et les accueillir avec empathie peuvent nous libérer de la dépression.

Prendre soin de notre environnement intérieur
Lorsque nous sommes empêtrés dans des pensées comportant des critiques, des reproches ou de la colère, il est difficile d’établir un environnement intérieur sain. La CNV nous aide à nous mettre dans un état d’esprit plus serein en nous encourageant à focaliser notre attention sur ce que nous voulons réellement plutôt que sur nos défaillances ou celles des autres.

Nous centrer sur ce que nous voulons plutôt que sur ce qui s’est mal passé.
Désamorcer le stress en nous mettant à l’écoute de nos sentiments et besoins : «Je suis tétanisé que les gens conduisent de cette façon. J’aimerai vraiment qu’ils comprennent combien leur comportement est dangereux.»
Désamorcer le stress en dirigeant notre empathie vers l’autre.

Résumé : La CNV favorise une nouvelle relation à nous-mêmes en nous aidant à traduire nos pensées négatives en sentiments et besoins. Notre capacité à identifier nos propres sentiments et besoins, et à les considérer avec empathie peut nous affranchir de la dépression. Nous nous rendons alors compte que, en toutes circonstances, nous avons toujours un choix. En nous apprenant à nous concentrer sur ce qui nous tient à cœur plutôt que sur nos défaillances ou celles des autres, la CNV nous donne les moyens et la clarté nécessaires pour entretenir un état d’esprit plus serein. Enfin, les professionnels du conseil psychologique ou de la psychothérapie peuvent également utiliser la CNV pour établir une relation authentique et réciproque avec leurs patients.

Chapitre 13 : Exprimer sa reconnaissance en CNV

«Plus on se familiarise avec la gratitude, moins on est victime des rancœurs, de la dépression et du désespoir. La gratitude fera l’effet d’un élixir qui dissout peu à peu la carapace de notre ego – de notre besoin de posséder et de maîtriser – pour faire de nous des êtres généreux. Le sentiment de gratitude produit une véritable alchimie spirituelle, nous rend magnanimes – fait de nous de grandes âmes.» Sam Keen

L’intention du remerciement
Les compliments sont souvent des jugements d’autrui, tout positifs soient-ils.
Manifester notre appréciation pour le plaisir et non pour manipuler. Lorsque nous employons la CNV pour dire notre reconnaissance, nous recherchons exclusivement à nous réjouir de ce qui s’est fait, sans rien attendre en retour. Notre seule intention est de célébrer la façon dont notre vie a été enrichie par les autres.

Les 3 composantes d’un remerciement.
La CNV distingue clairement 3 composantes dans l’expression de la reconnaissance :
1) les actes concrets qui ont contribué à notre bien-être
2) les besoins que ces actes ont satisfait chez nous
3) le sentiment de plaisir né de la satisfaction de ces besoins.

Dire «merci» en CNV : «Voici ce que tu as fait, voici ce que je ressens, voici le besoin qui chez moi a été satisfait.»

Recevoir un remerciement
La CNV nous invite à recevoir le compliment avec la même qualité d’empathie qu’en écoutant d’autres messages.
Nous reconnaissons ce qui, dans nos actes, a contribué au bien-être de notre interlocuteur, nous entendons ce qu’il ressent et les besoins qui ont été satisfaits. Et nous savourons avec joie le fait que chacun peut contribuer au bien-être des autres.
Recevoir l’appréciation sans sentiment de supériorité ni fausse modestie. A partir du moment où l’on garde à l’esprit que c’est l’énergie de la vie passant à travers nous qui nous donne les moyens d’apporter quelque chose aux autres, on peut échapper au piège du narcissisme comme à celui de la fausse modestie.

Poème de Marianne Williamson pour éviter l’écueil de la fausse modestie:
Notre pire crainte est de ne pas être à la hauteur. Notre pire crainte est d’être démesurément puissants.
Ce ne sont pas nos zones d’ombres qui nous font le plus peur, mais plutôt notre lumière. Nous sommes des enfants de la Vie. Quand nous faisons semblant d’être insignifiants, cela n’apporte rien au monde.
Il n’y a rien de sage à nous diminuer pour que les autres ne se sentent pas déstabilisés à notre contact.
Nous sommes nés pour laisser la Vie se déployer en nous dans toute sa splendeur. Elle n’est pas seulement en quelques-unes, elle est en chacun de nous.
Et lorsque nous laissons rayonner notre propre lumière, nous donnons inconsciemment aux autres la permission d’en faire autant.
Lorsque nous sommes libérés de notre peur, notre présence automatiquement libère les autres.

La soif de reconnaissance
Nous avons tendance à remarquer davantage ce qui ne va pas que ce qui va bien.

Surmonter la réticence à dire sa reconnaissance.
«Tout ce qui vaut la peine d’être fait vaut la peine d’être fait même médiocrement.» MBR

Résumé : Les compliments convenus prennent souvent la forme de jugements, aussi favorables soient-ils, et sont parfois prononcés pour influencer le comportement d’autrui. La CNV invite à faire part de ce qu’on apprécie, juste pour le plaisir. Nous énonçons :
1) l’action qui a contribué à notre bien-être
2) le besoin particulier que nous éprouvions et qui a été satisfait
3) le sentiment de contentement né de cette satisfaction
Lorsque nous recevons un remerciement de cette façon, nous pouvons l’accueillir sans éprouver de sentiment de supériorité ou de fausse modestie, en nous réjouissant avec la personne qui offre sa reconnaissance.

« S’il te plaît, donne moi ce que tu m’offres seulement si tu peux le faire avec la joie d’un enfant qui va nourrir les canards affamés.
S’il te plaît, ne me donne pas, s’il y a en toi le moindre sentiment de peur, de culpabilité ou de honte et, s’il te plaît, ne me donne pas s’il y avait, en toi, le plus petit désir d’acheter mon amour de cette façon. »                             M. B. Rosenberg

9 réflexions sur “Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des mûrs) – Introduction à la Communication Non Violente – Marshall B. Rosenberg

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