Tout est langage – Françoise Dolto

Editeur : Gallimard
Date de publication : 2002
Date de publication originale : 1987
Collection : Folio Essais
Auteur : Françoise Dolto

 

Françoise Dolto est une pédiatre et psychanalyste française du XXè siècle qui s’est consacrée à la psychanalyse des enfants.
Fervente militante de la cause des enfants, son nom résonne tel un mythe emblématique du XXe siècle, auprès du grand public comme des professionnels de l’enfance.
Françoise Dolto fait de l’enfant en souffrance et de ses rapports avec la mère son domaine de prédilection. C’est là qu’elle innove, aussi bien dans la réflexion que dans la pratique. Son idée que l’enfant n’est pas la propriété des parents a été révolutionnaire.

En savoir plus ici.fdoltoCe livre est un écrit d’après une conférence faite à Grenoble le 13 octobre 1984 à des psychologues, des médecins et des travailleurs sociaux.

C’est la chose très importante de notre époque : l’éducation est obligée de penser, d’armer les enfants pour une vie dont nous ne savons pas ce qu’elle sera, qui est en train de changer constamment, et ceci déjà depuis le début du siècle.

Voilà une chose très importante à savoir : l’enfant ne sait pas qu’il est un enfant, il est un reflet de la personne dont il est l’interlocuteur.

Parler vrai
C’est cela l’important dans le langage que nous avons avec le bébé, si jeune soit-il, et aussi bien avec un grand enfant : c’est de lui parler vrai de ce que nous ressentons, quel que soit le vrai – le vrai, pas l’imaginaire.

Psychanalyse
C’est là le travail que nous avons à faire, nous les psychanalystes : décoder un langage qui a perturbé l’ordonnance du développement langage-corps de l’enfant avant la parole. Avec des bébés précocement perturbés, il faut s’y prendre très tôt. Il faut dire au bébé le drame dans lequel il a été porté. Et à partir du moment où l’on dit à un enfant, avec des mots, ce qui a perturbé la relation entre sa mère et lui, ou entre lui et lui-même, alors nous prévenons une aggravation de son état de mal vivant et parfois nous évitons l’entrée dans cet état.

Les gens qui vont en psychothérapie parce qu’ils souffrent savent consciemment de quoi. Ils parlent autour de cette souffrance. Mais cette habitude qu’ils ont de souffrir, ils y tiennent à leur insu, ils ne veulent pas la quitter. Ils voudraient la quitter et en même temps ils ne le veulent pas, parce que c’est comme ça : vivre, c’est souffrir. Mais trop c’est trop. Ils viennent alors en thérapie parce que cette souffrance est en train de les inhiber et de les empêcher de se développer. Malheureusement, ils y tiennent, et tout le travail est de mettre en paroles tout ce à quoi ils tiennent, pour que cela soit périmé, qu’ils n’en aient plus besoin, et que le désir se renouvelle vers une tout autre direction jouissive que la souffrance. C’est cela, une psychothérapie.

La psychanalyse est plus complexe, puisqu’on ne vise pas une guérison, on ne vise pas quelques chose de connu. Dans la psychanalyse, on remonte l’histoire de son corps-coeur ou esprit-langage.
Tout le monde pourrait faire une psychanalyse, mais c’est un tel sacrifice de temps, d’argent, de mise entre parenthèses de beaucoup d’énergie ! Une analyse demande beaucoup d’énergie, sans même qu’on s’en doute. Et puis, nous ne sommes pas assez nombreux pour psychanalyser tout le monde ! Mais on peut dire que pour la plupart des enfants qui ont des difficultés avant 6 ans, c’est une psychanalyse qu’il faut et non une psychothérapie, c’est-à-dire une remontée dans l’histoire et, si on peut, jusqu’au désir d’entrer dans la chair, en venant se mêler de l’étreinte de ses parents pour prendre corps. Il y a des gens qui remontent jusqu’à ce moment là.

Manger
Un enfant ne veut pas manger. Il ne faut surtout pas qu’il mange ; parce que, si c’était un besoin, il mangerait. S’il ne veut pas manger, c’est qu’il n’en a pas besoin, et que ce serait votre désir à vous. Vous lui dites : «Si tu n’as pas faim, c’est très bien, quand tu auras faim, tu mangeras
C’est progressif d’arriver à aider un enfant à acquérir son autonomie par rapport à lui-même, ce que j’appelle s’automaterner. L’automaternage commence très tôt pour un enfant, dès avant la marche. Cela commence par mettre à sa bouche ce dont il a besoin, soit parce qu’il a faim, soit pour faire de cet objet la connaissance, ce qui tient à la fois du besoin et du désir.
Notre rôle, ce n’est pas de rythmer les besoins d’un enfant, comme nous le croyons, mais d’être au service de ses rythmes, de lui donner à manger quand il a faim. Il prend ce qu’il veut de ce que nous lui proposons, et s’il ne veut pas, il faut lui dire : «C’est très bien.»
Manger si on n’a pas faim, c’est aberrant : on ne sait pas ce qu’on fait. A la limite, on pourrait dire que c’est «pervers» de manger sans faim. Un enfant qui est inculqué à manger quand il n’a pas faim, c’est comme si on lui inculquait une perversion, pour plaire à l’adulte.

La continence
C’est la même chose en ce qui concerne la continence, ce qu’on appelle «être propre». Supposons par exemple une petite fille déjà continente, naturellement , à l’âge de quinze mois, ce qui est précoce mais pas exceptionnel chez une fille, étant donné qu’il n’y a aucune relation entre le plaisir de satisfaire ce besoin et le plaisir des pulsions sexuelles ; alors qu’il y en a une dans le sexe masculin : c’est pourquoi les garçons sont continents plus tard que les filles.

Un garçon a sept érections par nuit en moyenne et, au cours de ces érections, il se trouve qu’il doit uriner, et ceci à peu près jusqu’à trente mois minimum, puisque c’est à trente mois que la verge en érection n’est plus en communication avec la vessie, mais en communication avec les vésicules séminales.
Il sortira un jour du sperme mais, en attendant, il ne sort plus rien, alors que jusque-là, chaque fois qu’il était en érection, il avait la possibilité du plaisir d’uriner librement.

Ceci est donc différent pour le garçon et la fille. Tous deux en général sont continents la nuit, trois mois après la continence de jour. Si on ne s’en occupe pas, c’est comme cela. La continence trop précoce est un symptôme de retard d’autonomie. La continence trop tardive est un symptôme de désir trop confondu avec des besoins ou symptômes de retard sexuel de l’enfant.

On continue d’être formé à l’idée qu’il est bien que les enfants soient propres tôt, chose qui, pendant des siècles d’humanité, n’a intéressé personne. On entend pourtant ce langage de «faire plaisir» à maman ou aux maternantes quand on fait caca : «Ah, il est propre, ah, il a bien mangé !..On a mangé, tout court, ni bien, ni mal. On mange proprement, quand on est capable, grâce à l’avènement de la coordination motrice, de manger sans mettre tout autour de l’assiette, mais ce n’est ni bien, ni pas bien de manger. On mange à sa faim. Il peut arriver qu’on mange beaucoup, ou peu, mais «bien», qu’est-ce que cela veut dire ? Vous entendez toujours les mères demander : «Est-ce qu’il a bien mangé ?» Ou «Il n’a pas mangé «son» yaourt ?» (Parce que bien sur, c’est le sien…) «Il n’a pas mangé «son» bifteck ?» Il a mangé ce qu’il avait à manger, voilà tout.
Il y a aussi la rétorsion : «Si tu ne manges pas cela, je ne te ferai pas ceci. » C’est incroyable, tout ce marchandage par lequel les mères donnent une valeur grand V à ce qu’on absorbe ou produit avec son corps, alors que ce qui est important c’est qu’avec le désir on crée pour les autres en communication – mais sans servilité – et surtout pour les besoins, à son rythme à soi.
C’est aussi pour cela que des enfants refusent de manger, parce que la mère désire trop qu’ils mangent. Et ils ont raison. S’ils continuent de satisfaire le désir de leur mère, ils deviennent pervers, car c’est l’adulte élu de la mère qui doit satisfaire son désir, ce n’est pas l’enfant.

La maman magique
C’est un moment très important à ne pas manquer de dire aux enfants : «Je t’ai mis au monde, mais tu es l’enfant de ton père.» Une femme n’aurait jamais d’enfant si un homme ne lui en donnait pas la possibilité. L’enfant se développe dans le corps d’une femme, mais après avoir été conçu par les deux, son père et sa mère. Ce n’est pas la maman magique.

Satisfaire le besoin, mais non toujours le désir.
Par exemple, un enfant n’a pas besoin de bonbons. Il demande un bonbon pour le plaisir qu’on s’occupe de lui, pour qu’on lui parle, qu’on lui montre qu’on l’aime. C’est très intéressant de constater que si on dit à l’enfant : «Ah bien, oui, comment il serait le bonbon ? Il serait rouge ?» – on se met à parler pendant une demie-heure, on parle du goût du bonbon, selon sa couleur rouge ou verte, on peut même dessiner des bonbons – et l’enfant oublie que c’est un bonbon qu’il voulait manger. Mais quelle bonne conversation autour des bonbons ! Quel bon moment on a passé !
C’est ainsi, il vient vous demander quelque chose, il veut avoir quelque chose, il veut en parler ; et regardez comme c’est intéressant en promenade d’aller devant une vitrine avec un enfant. Quel bain culturel c’est alors de lui parler et de jouer à se donner en imagination des cadeaux, et aussi quelle preuve d’amour.

L’enfant dit : «Ah, je voudrais bien avoir ce camion.» La maman répond : «Ah non, ce n’est pas possible, je n’ai pas d’argent.» Vite,vite, ne regardons pas : elle ne veut pas qu’il soit tenté ; alors que c’est cela vivre, c’est mettre des mots sur ce qui nous tente, et en parler.

«Ce camion-là, tu trouves qu’il est bien ?
-Ah, oui.
-Qu’est-ce qu’il a de bien ?
-Il a des roues rouges.
-Oui, c’est bien, mais les roues rouges, cela peut aussi ne pas rouler. Ce n’est pas une image, un camion, il faut que cela roule. On va entrer dans le magasin, tu vas le toucher : aujourd’hui, on va le regarder, je n’ai pas d’argent pour le payer.
-Si, si, si
-Je ne peux pas, c’est comme ça ; si tu préfères, on ne va pas entrer pour le voir de près et le toucher.
-Si, si…»
Quand l’enfant voit que sa mère est décidée : «C’est non, mais on va en parler.», etc… Il s’apaise. Ce dont il a besoin, c’est de communiquer dans le désir du camion, dans l’espérance, et c’est grave si la mère dévalorise son désir. Il faut toujours justifier le désir d’un enfant, toujours. «Ce n’est pas possible à réaliser, mais tu as tout à fait raison de le désirer.».

Il s’agit d’aider l’enfant à satisfaire ses besoins, et pour ce qui est de satisfaire ses désirs, non pas l’aider mais lui donner son autonomie. Ne pas satisfaire ses désirs, mais lui parler de ses désirs, qui sont toujours justifiables, même si on ne veut pas l’y aider, ou si on n’a pas de quoi lui donner ce qu’il demande.
S’il veut avoir un vélo, une mobylette, et qu’on n’a pas de quoi la lui payer, ou que la mère a trop peur pour la lui offrir (à l’âge où la loi le permet), elle peut lui dire : «J’ai trop peur qu’il t’arrive un accident, je ne veux pas te payer une mobylette : maintenant, tu es en droit par la loi, débrouille-toi ; si tu peux y arriver, d’une façon licite, à avoir de l’argent, je n’aurai pas le droit de m’y opposer.» C’est tout.
C’est cela, soutenir l’enfant à prendre son autonomie (je parle d’un grand enfant) : satisfaire chez l’enfant ses besoins, mais pas tous ses désirs, parce que les désirs des parents ont le droit de se dire aussi, ou même le devoir de se dire.

L’inceste
Les enfants n’y comprennent rien si le père appelle sa femme – la mère au foyer – «maman», et si la mère appelle aussi son époux – le père – «papa». «Pourquoi n’ai-je pas le droit d’aller avec papa, puisque toi, tu y vas ?»
Il faut vraiment leur mettre les points sur les i, à ces innocents malheureux et , dès la naissance, leur dire : «ta mère, ton père». Or, au lieu de dire : «Donne à ta maman, à ton papa.» on lui dit «Donne à maman.» Ce qui signifie que le père est l’aîné du foyer. Le langage étant piégeant, qu’au moins on lui explique : «Oui, c’est une façon de parler, mais c’est ta mère à toi, ce n’est pas la mienne La mienne, c’est mamie. Eh bien, je ne me suis pas mariée avec mamie
Ah bon !? Tout à coup, révélation pour l’enfant de l’interdit culturel de l’inceste.

L’attente
La véritable satisfaction, c’est d’en parler, et d’attendre un jour exceptionnel, à Noël, pour l’anniversaire – c’est quelque chose comme cela que l’on peut dire à un grand enfant.
«Ah, mais c’est long d’attendre !
Oui, c’est long ; regardons le calendrier. Tu vois, il y aura la Saint-André, la Saint-Anselme, la Saint-Barnabé.» On se met à parler de tous les saints, et on oublie que ça va être long d’avoir le camion ou d’avoir le droit à un câlin de bébé.
Ce qu’il faut avec l’enfant, c’est entrer en communication avec lui à propos de son désir, et à cette occasion, ouvrir le monde en paroles, un monde de représentations, un monde de langage, de vocabulaire, un monde de promesses, de plaisirs.

Créativité
Regardez : quand un enfant veut un jouet qu’il n’a pas, il invente n’importe quoi. Un bout de n’importe quoi, c’est son avion, tandis que si on lui donne un vrai avion, il est rapidement cassé, il ne peut plus rien inventer, et il faut lui en racheter un autre.
La créativité, l’inventivité, c’est cela le désir, ce n’est pas la satisfaction dans la chose même ; c’est l’évolution culturelle de ce désir dans le langage, dans la représentation, dans l’inventivité, dans la création.

Le père
L’enfant a besoin de savoir qu’il a un père, même si la mère est célibataire ; c’est un besoin absolu. Sans cela, il grandit de façon symboliquement hémiplégique, et cela se verra. Si ce n’est pas dans sa vie à lui, cela se verra dans sa descendance. C’est une chose que la psychanalyse à découverte. Et rien n’est plus facile que d’expliquer à un enfant qu’il a eu un géniteur, un «père de naissance», comme tout le monde, mais qu’il ne le connaît pas.

Il faut dire le mot «géniteur». L’enfant comprend. Il comprend bien «biberon», alors qu’il ne sait pas encore ce que c’est ! Il le saura à force d’avoir l’expérience du mot, il saura que «biberon», c’est cette bouteille chaude qui a une tétine au bout et qui vous rassasie. Il faut dire aux enfants les mots justes. Le mot «géniteur», ils comprendront un jour ce que c’est. Nous disons les mots aux enfants bien avant qu’ils sachent ce qu’il y a sous les mots. C’est très important.

Maladie
«Ta mère a une maladie très grave ; on espère qu’on va pouvoir la guérir, mais ce n’est pas certain. Tout le temps que tu as encore avec ta mère, profites-en pour savoir d’elle tout ce qu’une fille doit savoir, et dis-lui que tu sais qu’elle est très malade. Parle-lui.» Les mères sont très soulagées quand elles peuvent parler pour de vrai à leur enfant de leur maladie.

Le deuil
Que dire à un enfant face au suicide de sa mère ?
Dire la vérité tout de suite, en même temps que tout le monde. Sinon, si vous ne lui parlez pas de ce qui se passe, vous traitez l’enfant en animal domestique. Il faut lui dire :
«Elle est morte.
-Mais comment ?
-Cela s’appelle le suicide.
-Ah, qu’est-ce que cela veut dire ?
-Eh bien, j’ai trop de peine, je ne peux pas te le dire, demande à qui tu veux, regarde dans le dictionnaire
On parle devant un drame pareil. Il n’y a pas d’âge pour le dire. On peut dire cela à huit jours, quinze jours, il n’y a pas d’âge. Et il faut que ce malheur soit dit, tel que les parents responsables de l’enfant l’éprouvent. C’est comme cela que nous l’aidons le mieux. Il n’y a rien à cacher dans un suicide, c’est un malheur.

Les rites de deuil, l’enfant doit y être associé, même s’il est tout petit, porté dans les bras ; il s’agit d’associer cet être humain aux événements émotionnels de la famille. Cet engramme va lui rester dans les perceptions optiques (peut-être pas consciemment, mais inconsciemment) du fait qu’il a été associé à la famille comme un humain. Car le sujet n’a pas d’âge, il est tout de suite autant adulte qu’à vingt ans… Il n’y a pas d’âge. C’est pour cela qu’un enfant ne sait pas qu’il est un enfant, car il est désirant et le désirant ne sait pas quel est son âge.

Un jour un enfant a perdu sa mère, personne ne lui a dit ; alors, quand on commence à en parler, il s’en va, il sait qu’il ne doit pas entendre cela. C’est dire qu’il est déjà complètement fermé au droit à vivre son épreuve de façon humanisée. Il est complètement esseulé par rapport à la mort de sa mère, et il sait que la société ne veut pas partager avec lui les représentations qu’il peut avoir de cette souffrance.

Une manière aussi de faire le deuil, c’est de s’approprier les choses de l’autre. Il ne faut pas empêcher les enfants de choisir ce qu’ils veulent garder de leur frère/sœur décédé(e). Donc ne pas dire : «Non, non, il ne faut pas que tu prennes les choses de ta sœur, de ton frère.», comme si c’était coupable de profiter. Au contraire, si les survivants peuvent profiter d’objets qu’avaient cet enfant décédé, et qu’ils enviaient, il faut les en féliciter : «Elle est moins morte du fait que tu peux jouer avec les choses qu’elle avait.» (ou : «que tu aimes les choses qu’elle avait») Il faut les soutenir dans cette incorporation des objets partiels, qui faisaient partie de la joie de leur sœur morte, de leur frère mort.

La crèche
Il est très important que l’enfant sache qu’il n’ a pas à aimer ces personnes, et qu’elles n’ont pas à l’aimer. Si elles l’aiment, tant mieux ! Mais ce n’est pas l’important. L’important, c’est qu’elles soient à son service, au service de ses parents, et efficaces pour assurer ses besoins, car sans le secours d’autrui, il ne peut survivre.
A l’école, c’est pareil. Il faut prévenir l’enfant que la maîtresse n’a aucun droit sur lui ; elle a le devoir d’enseigner. La maîtresse est payée pour enseigner.

Handicap et infirmité
Tout enfant qui a une infirmité, il faut lui en parler tout de suite, dès qu’on l’a vue. En lui disant son infirmité dès qu’on la connaît, on peut élever un enfant différemment car, à partir de là, il n’est plus dans un sentiment d’impuissance continuelle. Il sait de quoi il est infirme, grâce à quoi il peut compenser par les autres sens, par les autres moyens de communication qu’il a de façon beaucoup plus aiguë que ceux qui n’ont pas cette infirmité.

Racisme
Il faut leur expliquer : «Tu es noir», ou : «Tu es métis, et il y a des classes d’enfants qui vont te le reprocher. Tu n’as, toi, qu ‘à te faire apprécier, et ils verront qu’ils se sont trompés, et qu’ils sont bêtes.» C’est comme cela que vous aidez un enfant. C’est sur la vérité que l’on construit, ce n’est pas sur l’hypocrisie.

Divorce
Quand il y a divorce, c’est le juge qui doit décider avec les parents où vont aller les enfants, chez lequel des deux, pour le temps principal. (Car ce n’est pas la «garde», c’est «temps principal»)

Adoption
Le jour où ils apprennent que leurs parents les ont adoptés, les enfants peuvent y voir la preuve qu’ils sont inféconds et impuissants, qu’ils n’ont pas de relations sexuelles. Et cela, il faut l’expliquer aux enfants : ils en ont, mais cela n’a pas donné un enfant ; un enfant n’a pas voulu naître de leur étreinte sexuelle. C’est cela qu’il faut leur dire. Les enfants comprennent très bien ce mot-là, qui est un mot chaste, et qui dit bien ce qu’il dit.

Il est important que les parents adoptifs disent combien ils sont reconnaissants aux parents géniteurs. C’est quelque chose qui manque. A partir du moment où les parents adoptifs font cela, l’enfant relie complètement ses parents, symboliquement, à ses parents géniteurs. «Comme je suis reconnaissante à ta mère de t’avoir mis au monde et de m’avoir donné la joie de pouvoir t’élever, bien qu’elle n’ait pas pu te garder, quelles qu’en soient les raisons, je n’en sais rien, ton père non plus ; en tout cas, quelle joie ils nous ont donné d’avoir un bel enfant, et comme ils devaient être bien pour que tu sois si bien !»

Dire (et croire) qu’on n’est pas des vrais parents, cela signifie que l’enfant n’est pas un vrai humain. C’est très maladroit de parler ainsi. Les mots sont très importants, la justesse des mots : «Tu es notre enfant adoptif, comme nous sommes tes parents adoptifs, nous sommes exactement pareil. Nous sommes reconnaissants à tes parents, et à la vie qui nous a permis de te connaître, de t’aimer ! A travers toi, ce sont tes parents que nous honorons et aimons en t’élevant.»

Une réflexion sur “Tout est langage – Françoise Dolto

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