Au cœur des émotions de l’enfant – Isabelle Filliozat

Editeur : Marabout
Date de publication : 2013
Collection : Enfant – Education
Auteur : Isabelle Filliozat

 

Psychothérapeute et conférencière, Isabelle Filliozat est l’auteure de nombreux livres.
Elle est également formatrice en relations humaines et communication.

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Introduction

Avoir l’intelligence du cœur, c’est savoir aimer, comprendre autrui, se réaliser, être soi en toutes circonstances, et réagir dans les situations émotionnellement difficiles : conflits, échecs, deuils, séparations, épreuves, mais aussi succès, rencontres, réussites de tous ordres. C’est en somme la capacité à être heureux, à ne pas se laisser dominer par l’adversité, à choisir sa vie et à établir des relations harmonieuses avec les autres.
Qui ne désirerait pas cela pour ces enfants ?

La société d’aujourd’hui n’est plus celle d’hier. Les recette éducatives d’hier ne sont plus adaptées.

Nourrir le quotient intellectuel de nos enfants est insuffisant. Nous devons nous préoccuper de leur quotient émotionnel. De plus, nombre de difficultés intellectuelles et scolaires ont pour origine des blocages émotionnels.
Comportements violents, dépendances relationnelles, télévisuelles, toxicomaniaques ou médicamenteuses, sont autant de tentatives de contrôle d’émotions ingérables. Ces symptômes prennent racine dans l’enfance. Ils recouvrent des manques, des blessures relationnelles, des échecs de communication.

Timidité, dévalorisation ou au contraire survalorisation de soi sont les résultats d’une histoire. Sentiments blessés, intentions incomprises, comportements mal interprétés… Les occasions de souffrance sont nombreuses dans les relations parents enfants.

L’enfant est une personne. L’émotion est au cœur de l’individu, c’est l’expression de sa vie. Savoir l’écouter, la respecter, c’est écouter sa personne, la respecter. Les parents sont souvent démunis devant l’intensité des affects de leurs enfants, ils cherchent volontiers à les calmer, à faire taire les cris, les larmes, l’expression de l’émoi. Or, l’émotion a un sens, une intention. Elle est guérissante. Les décharges émotionnelles sont le moyen de se libérer des conséquences d’expériences douloureuses.

On le sait aujourd’hui tout se joue avant 6 ans… Que faire ? Que ne pas faire ? Comment faire? Et surtout comment être ? Les parents (responsables) se posent beaucoup de questions.

Dès qu’une femme est enceinte, les conseils pleuvent. Chacun y va de son idée sur l’allaitement, le couchage et «la manière d’accommoder les bébés» et, plus tard, sur l’autorité, les fessées, les punitions… «Surtout ne les laissez pas dormir dans votre lit… Il faut leur mettre des limites… Un bébé a besoin de sommeil… Un garçon ne doit pas jouer à la poupée… Il ne faut pas les consoler quand ils tombent sinon ils deviendront des poules mouillées… Si vous le laissez faire ce qu’il veut , vous allez en faire un délinquant… Il faut faire ceci, il ne faut pas faire cela… » Et ce n’est que le début d’une longue série de «yaqu’àfautqu’on». Tout parent est largement abreuvé de conseils bien intentionnés et de «questions» lourdes de sous-entendus sur l’éducation qu’il donne à ses enfants.

Une jeune mère, un jeune père, ont besoin de repères… Mais pas de conseils… Ils ont besoin d’apprendre à se faire confiance et à faire confiance à leurs enfants.

Deux postulats fondamentaux guident cet ouvrage :

  • les enfants nous disent ce dont ils ont besoin à chaque étape de leur développement pour peu que nous sachions les écouter et décoder leur langage
  • les parents peuvent comprendre leurs enfants et avoir une attitude juste envers eux pour autant qu’ils n’obéissent pas de manière automatique à des principes éducatifs, qu’ils ne soumettent pas aveuglément leur jugement aux experts, qu’ils ne soient pas enfermés dans des schémas rigides issus de l’éducation qu’ils ont reçue, ou ne restent pas trop blessés par leur propre histoire.

Quand situations ou attitudes de nos enfants nous énervent, appellent notre violence… il est clair que nous avons besoin de guérir notre histoire personnelle pour entendre la réalité d’aujourd’hui sans y projeter notre passé et agir de façon plus juste et efficace. Quand nos relations à nos enfants sont trop difficiles, il est probable que nos émotions, notre biographie y sont pour quelque chose, il est alors utile de consulter un psychothérapeute.

En ce qui concerne l’éducation, il n’y a pas de recette absolue. S’il y a des lois du développement qui sont sans nul doute utiles à connaître, il n’y a pas de «il faut», pas de solution miracle qui donne à tous coups un adulte «réussi», ce qui est juste à un moment donné, ne l’est plus quelques temps plus tard. Plutôt que de chercher des réponses toutes faites, des recettes infaillibles à appliquer, apprenons à penser et à décider par nous-mêmes.

Souvenons-nous… hier encore nous pouvions frapper un enfant avec un martinet ou le laisser dans un cabinet noir pendant des heures sans qu’un sourcil ne se fronce. Personne ne trouvait à redire ni aux menaces, ni aux coups, ni à la distance affective. Il fallait «dresser» ces petits monstres, les éduquer aux bonnes manières.Tous les coups étaient permis, les enfants ne pouvaient rien dire puisque tout cela leur était infligé «pour leur bien». Il y a seulement 2 générations, les enfants n’avaient que des devoirs. Tous les droits étaient du côté des parents (droit de cuissage, de vie ou de mort inclus). Nous faisons mieux que nos parents, et nos enfants feront mieux que nous. C’est le sens de l’évolution.

Écoutez votre enfant, donnez lui la permission de libérer ses tensions, offrez lui de l’espace pour ses décharges émotionnelles, il sortira grandi de toutes les difficultés de la vie.

Chapitre 1 – Peut-on développer le QE* de nos enfants ?

QE = Quotient Émotionnel

I – L’intelligence du cœur

L’intelligence du cœur est la capacité à résoudre les problèmes posés par la vie, par les autres, par la survenue des épreuves, par l’émergence de la souffrance, de la maladie, par la présence de la mort.

Pour s’exercer pleinement, elle exige une juste maîtrise des peurs, colères et tristesses qui ponctuent le quotidien.

L’intelligence du cœur nous permet de faire face aux questions de l’humain, d’avancer, de donner du sens à notre vie, d’apaiser les relations aux autres, d’affronter les difficultés quotidiennes avec courage et sagesse. Elle nous aide à soutenir nos projets, à trouver notre chemin et à nous accomplir. Elle est importante dans la vie de tous les jours et dans les grands séismes de l’existence.

L’enfant apprend principalement de ses parents. L’attitude éducative envers l’enfant est déterminante dans le développement de son quotient émotionnel. L’enfant se modélise sur ses parents, et il a tendance à suivre spontanément l’exemple plus que les conseils !

Avoir l’intelligence du cœur c’est savoir aimer et se construire à travers les épreuves de la vie.

II – Faîtes vous confiance

Nombre de parents prennent leur tout-petits avec eux dans le lit. Ils n’osent pas le dire trop fort et s’en culpabilisent souvent. Ils ont intégré la notion que «ce n’est pas bon». Ils craignent que cela ne perturbe la sexualité ultérieure de leur enfant ou ne l’empêche d’une manière ou d’une autre de se développer normalement.

Dans la plupart des pays du monde, l’expression «faire ses nuits» n’existe pas et les bébés dorment avec leurs mamans tant qu’ils sont allaités, jusque deux, voire trois ans. Certains experts revendiquent le lit comme espace d’intimité des parents. Un peu de créativité, il n’y a pas que le lit pour faire l’amour !

Imposer à un nourrisson de dormir sans les bruits de respiration de ses parents, sans l’odeur de sa maman, est une violence qui lui ai faite au nom de la tranquillité de l’adulte. La séparation précoce ne conduit pas vers l’autonomie mais vers vers la peur de l’abandon et la dépendance relationnelle. L’autonomie s’élabore sur un sentiment de sécurité. Ne devrions nous pas nous interroger sur cette crainte d’être abandonnée si répandue dans notre société ?

Les pédiatres ne peuvent pas savoir mieux que les mamans. Ils ont appris des théories. Votre bébé n’est pas une abstraction. Il n’est pas théorique ! Il est bien réel. Et si les théories peuvent ouvrir des horizons, il est important qu’elles nous aident à mieux écouter les enfants plutôt qu’à les faire taire et à les soumettre.

Quand on fait quelque chose par obéissance aux idées d’un autre, on peut se tromper. Posez-vous la question à la manière canadienne : «Ça me fait oui ou ça me fait non ?» Si ça vous fait oui, faîtes le. Si ça vous fait non, abstenez-vous !

 

Chapitre 2 – Sept questions à se poser pour répondre à (presque) toutes les questions

1 – Quel est son vécu ?

Un enfant est une personne. Il a ses pensées propres, ses émotions, ses fantasmes, ses images mentales.

Son cerveau en maturation ne fournit pas encore à l’enfant les outils mentaux qui lui permettront plus tard de maîtriser ses émois. Petit, il ne sait pas encore faire des hypothèses, des déductions logiques, se décentrer de son point de vue, prendre des distances ou se projeter dans le futur. Il est dans le présent, ici, et son raisonnement a sa propre logique, égocentrique et magique. Sa pensée est dite prélogique.

Le petit enfant est prisonnier de l’immédiateté de sa réponse émotionnelle, sans médiation de la pensée pour relativiser les choses, ou hiérarchiser les enjeux. Il est facilement envahi par ses affects et a donc besoin de nous pour l’aider à trouver la sortie.

L’enfant voit le monde depuis ses propres yeux. Gardons-nous de juger ses réactions. Cherchons à identifier ce qu’il vit, comment il associe les choses, ce qu’il ressent et ce qu’il se dit.

Un détail qui nous échappe peut revêtir la plus haute importance à ses yeux. Comment l’écouter et l’aider à dénouer ces nœuds affectifs ?

Toujours le laisser exprimer son émotion, accompagner la décharge des pleurs, de cris, de tremblements, sans tenter de le calmer. Pleurer, crier, trembler, sont des façons de dire sa souffrance, de libérer ses tensions, de se récupérer. Faites confiance à ses compétences. Il sait ce qui est bon pour lui. Si vous savez rester présent, écouter, accompagner les larmes, après l’explosion viendra la détente, la confiance, le bien-être corporel.

Un tout petit bébé pleure parce qu’il a besoin ou parce qu’il cherche à dire quelque chose. Assurez-vous tout d’abord que ses besoins sont satisfaits. S’il continue de pleurer, écoutez-le simplement. Il vous confie ses tensions. Peut-être vous exprime-t-il combien il a eu peur pendant l’accouchement, combien il est fâché que vous n’ayez pas été là à l’heure de sa tétée,… Peut-être dit-il qu’il souffre de la tension familiale due au décès du grand-père… Il sent des multitudes de choses. Pour ne pas les garder dans son corps, il a besoin de pleurer.

Vous êtes surpris et démuni devant l’intensité d’un émotion de votre enfant ? Vous ne voyez pas ce qui peut déclencher une telle réaction ? Vous ne savez pas comment l’aider à traverser une épreuve ? Écoutez le, mettez-vous à sa hauteur, regardez avec ses yeux, entendez avec ses oreilles, et posez-vous cette question : Quel est son vécu ?

2 – Que dit-il ?

Derrière ce que les parents nomment «caprice», derrière un comportement bizarre, déplacé, excessif, ou simplement non ordinaire, cherchons l’émotion, cherchons le besoin. L’enfant dit quelque chose.

Tout comportement exagéré et surtout systématique, qu’il soit d’agressivité ou de passivité extrême, de dépendance excessive à la mère ou de jalousie abusive, d’incapacité de se concentrer ou d’opposition systématique, tout cela a une motivation. Une émotion est bloquée, un besoin est caché.

Les parents nomment facilement «caprices» ou «comédies» ces cris qu’ils ne savent interpréter. C’est terrible pour un enfant quand il n’est pas entendu, quand ses supplices sont réduites à ces mots dévalorisants. Il n’existe pas de caprice. Il s’agit d’un langage, il y a un message à décoder.

Otites à répétition, eczéma, allergies, refus de s’alimenter, énurésie, plus tard difficultés scolaires, agressivité… sont autant de messages d’appel. L’enfant est prêt à sacrifier sa croissance, sa santé physique et psychique pour être enfin entendu.

Lorsqu’un comportement vous surprend, vous énerve, vous interpelle, lorsque votre fils ou votre fille manifeste une émotion qui vous semble disproportionnée, une opposition systématique, ou des symptômes variés. Avant que ces derniers ne deviennent alarmants, posez-vous cette question : Que dit-il ?

3 – Quel message ai-je envie de lui transmettre ?

Nos réactions face aux créations de nos enfants vont conditionner ses croyances sur lui-même. Quel message désirez-vous lui transmettre ?

Si par exemple il dessine sur le mur :

«Tu es créatif, tu as des idées originales, il serait intéressant pour toi de trouver un matériau adéquat pour leur donner libre cours

Ou bien :

«Tu es fou ! Tu n’as aucune conscience ! Ce que tu fais est sale !»

L’enfant qui recevra le premier message, confiant en ses capacités, va chercher des supports pour manifester sa créativité. Celui qui entendra le second message, défini comme fou et inconscient… continuera de l’être et aura envie de se venger à moins qu’il ne se détruise lui-même en se dévalorisant.
A chacune de nos réactions nous avons le choix entre les messages d’amour : «Je t’aime, tu es capable.» et les messages destructeurs : «Tu es nul, tu ne vaux rien

Les enfants ne cherchent pas la faille dans le couple parental. Ils cherchent la vérité. Ils cherchent à être heureux, à s’épanouir. Ils ne vont pas forcément profiter d’un «différend» entre leurs parents. Et, quand un parent assène un message nocif, l’autre peut fournir l’antidote. Les enfants savent ce qui est juste et ce qui ne l’est pas. Il y a bien davantage d’incohérence pour l’enfant lorsque l’un des deux parents se range à l’attitude de l’autre et se comporte donc en opposition avec ses valeurs.

Votre conjoint humilie ou blesse votre enfant ?
Osez dire ce que vous pensez, ce que vous ressentez. Osez vous mettre du côté de l’enfant, être un témoin de sa douleur, le défendre. Il saura qu’il peut vous faire confiance. Au contraire si vous ne dites rien ou si vous soutenez votre conjoint… vous le trahissez, il perdra confiance en vous.

De même, acceptez que votre conjoint prenne sa défense lorsque vous exagérez.

Personne n’est parfait, il nous arrive à tous de nous tromper, de prononcer des mots sans y avoir réfléchi, ou encore de «disjoncter» par fatigue, exaspération, ou résurgence de notre propre enfance. Votre image n’en sera pas ternie aux yeux de l’enfant, parce qu’il ne cherche pas une image mais une vraie personne en face de lui. En acceptant de reconnaître vos erreurs, vous lui apprenez à faire de même.

Pour vous guider dans vos choix de vie comme dans vos attitudes vis-à-vis de lui posez-vous cette question : Quel message ai-je envie de lui transmettre ?

4 – Pourquoi je dis cela ?

La première fois que Margot a désiré de manger sa glace en entrée, je me suis entendue dire «Non , la glace est un dessert, on la mange en dernier. » Alertée par le caractère automatique de ma réponse, je me suis posé la question «Pourquoi je dis cela ? » Réfléchissant réellement et scientifiquement au problème, je me suis rappelée la diététique et le fonctionnement de l’estomac… le sucré incite à la sécrétion d’insuline, il prépare à la digestion…. Si nous mangeons du sucré en fin de repas, c’est parce que nous voulons encore manger, alors que nous n’avons plus faim. Pour pouvoir encore avaler quelque chose, il nous faut tromper notre organisme. .. C’est un usage culturel, une habitude agréable pour la plupart d’entre nous mais, réflexion faite, ce n’est pas très sain. J’ai donc donné sa glace à ma fille. Elle a ensuite très bien mangé tout son repas.

Est-ce la santé ou les convenances sociales qui dictent mon attitude ? En tant que parent, je suis responsable de la santé de mon enfant, mais aussi de sa socialisation. On peut expliquer à un enfant que c’est une convenance sociale, une habitude culturelle, mais il est important de ne pas mélanger les deux enjeux, en assenant par exemple à l’enfant qu’il est nocif pour sa santé de manger le dessert en début de repas.

Les caprices sont des inventions des parents. Il surgissent lorsque les parents se prennent les pieds dans les jeux de pouvoir.

Preuve s’il en est, on dit qu’un nourrisson risque de vous dominer si vous vous laissez faire par lui ! Alors qu’il est totalement dépendant de vous et n’en a clairement pas les possibilités mentales.

Vos comportements sont-ils dictés par votre éducation, par des automatismes dont vous ne savez plus l’origine, par l’évidence ? Ou par la raison ? J’entends ici par raison non pas le préjugé de vos parents ou de votre médecin de famille, mais votre raisonnement sur la base d’informations fiables.

On ne peut tout savoir. Mais quand nos enfants nous font des demandes, pourquoi ne pas les écouter et nous poser cette question : Pourquoi je dis cela ?

5 – Mes besoins sont-ils en compétition avec ceux de mes enfants ?

Les enfants sont dans leur rôle d’enfant quand ils sortent tous les jouets, marchent pieds nus sur le carrelage, se réveillent à l’aube pour jouer, crient leur excitation à perdre haleine, se cachent dans les placards et se coursent à travers le salon ou même salissent la cuisine avec leurs bottes pleines de boue.

Mais il faut le dire clairement, les besoins des parents et des enfants sont carrément opposés. La plupart des parents aiment les espaces ordonnés, apprécient le silence et les paroles mesurées, rêvent de calme et de grasses matinées. La grande majorité des enfants est à l’aise dans le plus grand désordre, adore le bruit et se lève à l’aube, particulièrement le dimanche et les jours fériés. Les autres jours, c’est plus difficile !

Selon les âges, les nuits sont entrecoupées de tétées, pipis au lit ou cauchemars. Le jour, les petits demandent une attention constante, les plus grands se chamaillent… Impossible de s’absorber dans un roman, de téléphoner au calme à une copine, de se prélasser au lit le matin, ni même de faire pipi tranquille. Vivre avec un enfant est réellement éprouvant. Si nous ne le reconnaissons pas, nous accumulerons infailliblement de la rancune que nous projetterons sur lui à la moindre incartade : «Tu es insupportable !» Voire «Qu’est-ce que j’ai fait pour avoir un enfant pareil

Si il y a conflit de besoins, la compétition n’est pas notre seule option. La coopération est toujours plus efficace à long terme. Cette dernière exige l’expression authentique des besoins de chacun et le respect mutuel. Reconnaissez leurs besoins et affirmez les vôtres.

Après la toute petite enfance, où leurs besoins passent forcément en priorité, négociez ! Les fameuses limites qu’il faut mettre aux enfants sont celles imposées par vos besoins.

«Je désire manger en paix, comment peux-tu faire pour protéger mon temps de dîner ?» sera plus efficace que «Tais-toi, tu es vraiment insupportable

Écouter ses propres besoins n’est pas se comporter en égoïste. C’est prendre la mesure de la situation et tenter d’y répondre de manière appropriée. En général, tout le monde y trouve son compte.

Aucun livre, aucun expert ne pourra jamais donner des réponses universelles. Chaque enfant est une personne, différente de toutes les autres personnes sur terre. En outre, un enfant change. Il évolue. Il n’a pas la même taille de chaussures toute sa vie, il n’a pas les mêmes besoins. Il va adorer les poireaux à 2 ans et les détester à 3… Rien de solide sur quoi s’appuyer, aucune stratégie systématique à appliquer, il faut s’adapter en permanence. Ce n’est pas facile quand on a oublié sa propre enfance.

Quand nous sommes exaspérés par nos enfants, incapables de leur répondre ou tentés de les surprotégés, s’ils se montrent «trop sages» ou au contraire excessifs, posons-nous cette question : Mes besoins sont-ils en compétition avec ceux de mes enfants ?

6 – Qu’est-ce qui est le plus précieux pour moi ?

«Qu’est-ce qui est le plus précieux pour moi ?» est la première question à se poser avant d’intervenir. Le parent est un adulte, il est doté d’un cerveau capable d’inhiber une réaction automatique et de choisir son comportement en fonction de ses valeurs et de ses objectifs. Le cerveau d’un enfant n’en est pas encore capable.

Si je réponds «Ce qui est le plus précieux pour moi est l’amour de mes enfants, leur confiance en moi, ou de n’avoir jamais à rougir devant eux.», je vais protéger cet amour, cette confiance.

Je ne réagirai pas de la même manière si je réponds «Ce qui est le plus précieux pour moi est le jugement de ma belle-mère, la propreté de ma cuisine, ou ma tranquillité personnelle» ; je risque alors de protéger mon image de bonne mère ou de bonne ménagère, ou encore ma tranquillité.

Ce choix est bien sur rarement conscient. Votre enfant entend votre inconscient ! Pour lui vos réactions sont plus signifiantes que vos mots.

Un enfant bouscule forcément l’ordre établi par ses parents. C’est dans la nature des choses. Si ces derniers ne le laissent pas déranger leur ordre, s’ils continuent de «vivre comme avant», c’est-à-dire comme s’il n’était pas là, en ne changeant rien ni à leur mode de vie, ni à leurs rythmes de travail ou de sorties, il pourra en conclure qu’il n’est pas important, voire qu’il n’a pas le droit à une expérience propre. Il pourra en concevoir un sentiment de honte (je dérange) et d’infériorité (je ne suis pas à la hauteur). Un enfant a besoin de sentir qu’il est précieux, qu’il a sa place, qu’il est important et que ses besoins comme sa réalité sont pris en compte.

Quand nos enfants perturbent notre espace, quand nous ne savons comment agir, quand nous sentons que nous n’agissons pas en fonction d’eux mais de nos propres parents ou plus généralement du regard d’autrui, posons-nous la question : Qu’est-ce qui est le plus précieux pour moi ?

7 – Quel est mon objectif ?

Dans la relation aux enfants, plutôt que de conseils extérieurs sur ce qui est «bien» et «mal», il est primordial pour le parent d’avoir en conscience sa destination : «Quel est mon objectif aujourd’hui dans ma relation avec mon enfant ?»

Derrière chacun de nos actes il y a des objectifs, plus ou moins conscients. Il peut arriver que nous nous comportions dans la réalité à l’encontre de nos objectifs conscients. Comme cette mère, par exemple, qui proclame désirer que ses enfants grandissent et soient capables de penser par eux-mêmes, et qui chaque soir leur prépare les vêtements qu’ils porteront le lendemain.

Considérer comme important les besoins d’un enfant, le faire passer en premier, le respecter, ne signifient ni «lui laisser tout faire», ni «ne rien dire quand il abîme ou casse quelque chose», c’est montrer mes émotions tout en continuant de l’aimer profondément et de lui manifester.

J’affectionnais particulièrement un beau verre soufflé à la main et orné d’un serpent bleu, offert par mon compagnon. Les enfants avaient interdiction d’y toucher. Une seconde d’inattention a suffit pour qu’un jour mon fils (deux ans) s’en empare et… le lâche. Lorsque le verre s’est brisé sur le carrelage de la cuisine… J’ai éclaté en sanglots. J’aimais ce verre… Mais je suis restée consciente de mon amour pour mes enfants et de mon objectif : leur transmettre le message que mon amour était inconditionnel et qu’ils pouvaient me faire confiance. J’ai donc exprimer ma colère sans accuser mon fils, qui, je le voyais à travers mes larmes, était déjà choqué par le bris de verre. Voyant ma réaction, il s’est mis à pleurer. J’ai pu le rassurer, lui dire que je continuais de l’aimer, et que j’avais besoin de pleurer parce que j’étais triste que mon verre soit cassé. J’ai parlé de moi, pas de lui. J’ai montré mes sentiments, je ne l’ai pas jugé.

Après cela, il a plusieurs fois répété : «Une fois, j’avais cassé ton verre et tu avais pleuré, et moi aussi j’avais pleuré.» Il en a parlé, il avait besoin d’évoquer la situation comme pour la digérer. Chaque fois j’ai répondu : «Oui, j’ai pleuré parce que j’aimais beaucoup ce verre, et il était cassé, je ne pouvais plus boire dedans, c’est naturel de pleurer quand on est triste d’avoir perdu quelque chose qu’on aime

Si vous protégez toujours votre enfant comme ce qui est le plus précieux pour vous, vos objets fragiles seront aussi plus en sécurité. Un enfant qui se sent précieux se montre attentif à autrui et aux conséquences de ses actes, il agit non par peur de «mal» agir, mais avec respect pour les sentiments d’autrui et responsabilités. Alors quel est votre objectif ?

7 questions à garder en mémoire :

  1. Quel est son vécu ?
  2. Que dit-il ?
  3. Quel message ai-je envie de lui transmettre ?
  4. Pourquoi je dis cela ?
  5. Mes besoins sont-ils en compétitions avec ceux de mes enfants ?
  6. Qu’est-ce qui est le plus précieux pour moi ?
  7. Quel est mon objectif ?

Chapitre 3 – La vie est motion

Osons le dire, nous aimerions parfois que nos enfants ne pleurent pas, ne crient pas, ne se roulent pas par terre. Nous préférerions qu’ils n’aient pas tant d’émotions.

La vie, c’est le mouvement. Une image est immobile. Pour ressembler à une image, l’enfant a dû tuer le mouvement en lui.

E-motion. E = extérieur, motion = mouvement. L’émotion est le mouvement de la vie en soi. C’est un mouvement qui part de l’intérieur et s’exprime à l’extérieur. C’est le mouvement de ma vie qui me dit et qui dit à mon environnement qui je suis.

Pleurer, crier, trembler sont des remèdes aux inévitables tensions de la vie. L’existence d’un petit est pleine de frustrations, de questions, de peurs, de colères… Tous les bébés ont besoin de pleurer, aussi bien accompagnés soient-ils. L’émotion permet de se récupérer, de se reconstruire après une blessure. Un événement blessant, un accident, une épreuve, une injustice, ne deviennent traumatisme que si on ne laisse pas libre cours à l’expression des sentiments qu’ils suscitent. La fluidité émotionnelle est garante de la santé psychique. Nos émotions ont mauvaise presse, mais elles sont utiles. Ce sont elles qui nous donnent notre conscience d’être.

  1. Qui suis-je ? Un être d’émotion.

Écouter, accueillir et valider les sentiments de nos enfants, c’est les aider à se construire en tant que personne, à exister en tant qu’individu.

Qui suis-je ? JE

Quand l’enfant n’a pas le droit de ressentir par lui-même, il reste… celui définit par ses parents, ses professeurs, les autres… Ils lui disent qui il est. Il endosse le rôle, il ne se sent plus être.

A travers ses choix, il cherche. Il a des préférences et les exprime. Il prend conscience de ce qui le différencie d’autrui. Il construit son sentiment d’identité.

  1. «Alors il faut tout leur passer ?»

«Maman, regarde, j’ai envie d’un truc comme ça !
-Non je ne veux pas acheter ce truc, c’est trop cher !» ai-je malencontreusement répondu…
Excédée, elle m’a rétorqué :
«Je sais que tu ne vas pas me l’acheter, mais j’ai quand même le droit d’en avoir envie

Eh oui, elle en avait le droit ! Je m’étais laissée aller à une vieille réponse automatique.

La question de la frustration se pose sans cesse dans l’accompagnement de l’évolution de l’enfant. Entre les «permissifs» qui tentent de frustrer le moins possible et les «autoritaires» qui frustrent davantage, quels sont les besoins de l’enfant ?

Les toxicomanes, les délinquants, notamment, sont des personnes qui ne supportent pas la frustration. Le moindre obstacle à leurs désirs est vécu comme une atteinte grave.
L’aptitude à gérer la frustration, à différer une satisfaction, à subordonner le présent à un futur, est un élément fondamental de la capacité au bonheur, tant elle est utile dans la vie pour réaliser ses projets et nourrir des relations aux autres harmonieuses.

Le frustrer exprès est voué à l’échec. Laisser pleurer un bébé, refuser de le prendre dans les bras, priver un plus grand de câlin ou de cadeau, ont été des stratégies utilisées par les parents d’hier en vue de «ne pas gâter» et d’éduquer à la frustration. Ces méthodes ont fait la preuve de leur inefficacité.

Depuis Françoise Dolto, on sait que trop de frustrations peut traumatiser, mais aussi que la frustration est nécessaire et aide à grandir. On sait qu’il y a des désirs et des besoins, et que tous les deux ne sont pas à mettre sur le même plan.

Les enfants n’ont pas besoin de la voiture rouge ou de la poupée blonde, ils en ont envie. En revanche, ils ont absolument besoin que leur colère, expression de leur frustration, soit respectée et entendue. Il est clair qu’il est important de ne pas dire oui à tout, il est structurant de se voir opposer un refus (justifié).

Il se roule par terre de fureur ? Il n’a pas vraiment besoin du bonbon, même s’il en a très envie. Il a besoin d’exprimer sa frustration. Il cherche à ce que sa fureur soit entendue. C’est important pour lui parce qu’il a besoin de vérifier que votre refus ne signifie pas une rupture. Vous lui avez dit non, la relation est en péril, il est vite dépassé par l’intensité de ce qu’il ressent. Il hurle, mais observez-le, il cherche à vous taper, il cherche le contact. Si vous vous esquivez, il tape contre le mur, contre un objet, se roule par terre, il a besoin de réparer la relation. Ne le privez donc pas de contact au moment où il en a le plus besoin.

Que rien de systématique ne soit entendu ici. Satisfaire les envies en offrant bonbons ou cadeaux n’est pas toxique en soi. Refuser tout achat sous prétexte qu’ils n’en ont pas besoin serait injustice. Les enfants risqueraient d’en déduire que le plaisir leur est interdit, avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur leur joie de vivre présente et future. Il est bon de se rappeler que les bonbons ou ballons donnés ou refusés ne sont pas seulement une confiserie ou un gadget, mais des prétextes à un apprentissage de la relation. Ne laissons pas quelques sucreries altérer nos relations à nos enfants !
La frustration est inévitable dans la vie, il est inutile d’en rajouter excessivement. Un jour ou l’autre, pour faire respecter vos besoins, pour le protéger, garantir sa santé, vous frustrez votre enfant.
La question est alors : comment l’accompagner dans le vécu de sa frustration ? Acceptez d’écouter sa colère.

  1. «Je ne le comprends pas»

Encore une fois, les caprices n’existent pas. Si vous ne comprenez pas ce que votre enfant met en avant, allez plus loin. Tentez de réfléchir à ce qu’il peut vivre. Qu’est-il en train de dire de ses besoins ? Exprime-t-il quelque chose qui ne lui appartient pas ?

Les pleurs sont associés à la souffrance. En réalité, comme l’explique très bien le docteur et chercheur Aletha Solter, ils sont l’effort de l’organisme pour se reconstruire, ils sont le processus thérapeutique ! «Pleurer est un outil naturel de réparation», nous dit-elle. Pleurer fait baisser la tension artérielle, élimine les toxines, relâche les tensions musculaires, rétablit la respiration. Après avoir pleuré, mais vraiment pleuré, en sanglotant profondément, on se sent détendu, libéré.

Le travail de psychothérapie consiste pour beaucoup à exprimer des émotions refoulées dans le passé pour retrouver son être véritable. Le souvenir du vécu douloureux retrouvé, j’invite les personnes à «pleurer dehors» ce qui fait mal. Les bébés, comme tout le monde, ont besoin de pleurer dehors ce qui les fait souffrir.

Les pleurs n’ont donc pas toujours pour motivation des besoins immédiats, ils peuvent être simplement l’expression de tensions accumulées, de plaintes quant au passé.

Quand les émotions suscitées par les souffrances, les manques, les frustrations, ne peuvent être exprimées immédiatement ou ne sont pas entendues, elles s’impriment dans le corps. Dès que l’enfant perçoit une occasion de se libérer de toutes ces tensions, par exemple quand sa maman rentre le soir, il en profite, il se met à sangloter. Il dit ainsi sa détresse. Il se décharge de ce qu’il portait à l’intérieur de lui. Il a alors besoin d’accompagnement, de respect pour ce qu’il vit, de contact, pour s’accepter dans cette émotion sans se sentir menacé de destruction. Ne cherchez pas à faire taire les pleurs. Favorisez-les au contraire pour que l’enfant se sente libéré.

Le pédiatre T.B. Brazelton rejoint Aletha Solter en parlant d’un besoin de décharger des tensions accumulées dans la journée. Selon eux, la plupart des bébés pleurent en moyenne un minimum d’une heure par jour.

Les pleurnicheries
Les pleurnicheries pour un oui ou pour un non d’un plus grand peuvent être des tentatives de trouver un moyen de pleurer vraiment. Des affects sont bloqués, il a besoin d’une occasion de les libérer. L’enfant cherche une permission, un prétexte pour laisser sortir larmes ou colère. Même l’enfant plus grand qui a accès à la verbalisation, même l’adulte, ont besoin de pleurer, de crier, de trembler, pour se libérer d’émotions fortes.

Serrez l’enfant contre vous avec fermeté et tendresse jusqu’à la libération de l’émotion contenue. Il va souvent commencer par se débattre, puis se mettra à sangloter.

Les cauchemars
Les loups, les monstres, les ogres… servent de supports de projection à cette colère qu’il faut mettre en dehors de soi pour qu’elle ne risque pas de nous détruire. L’enfant peut avoir peur de l’ogre sous son lit, du monstre dans le placard ou du loup qui va le manger… quand il est éveillé. Il peut aussi les voir apparaître quand il dort, dans ses cauchemars.

Tous les cauchemars sont à prendre au sérieux. Écoutez votre enfant, tentez avec lui de comprendre ce que les images représentent. Mettre des mots sur les monstres leur enlève déjà du pouvoir.

Les monstres peuvent être des images du réel ou vues à la télévision et non comprises, non identifiée, ou des images déformées des ombres par les peurs ou bien des projections d’émotions inconscientes. Cherchez ce qui se passe en ce moment dans le quotidien de votre enfant, dans la vie de famille, mais aussi dans le passé proche et,si le cauchemar se répète, dans le passé plus lointain.

Outre la verbalisation, le dessin est un excellent outil. Proposez à votre enfant de dessiner son cauchemar. Cela va lui permettre de prendre de la distance, d’avoir le sentiment de pouvoir maîtriser. Dessiner, c’est identifier, mettre des limites. Dans son dessin, l’enfant combat le sentiment d’impuissance : j’ose regarder mon cauchemar et je l’enferme sur une feuille de papier, je suis plus puissant que lui, j’ai le pouvoir sur lui.

Vous pouvez encore lui offrir une petite poupée ou une peluche, qui fera office de poupée à soucis. Le soir, il lui confie ses soucis. Elle les gardera toute la nuit. Il est bien sûr très important de rouvrir la boîte ou de reprendre ses soucis à la poupée le lendemain. Ces techniques ne marcheraient pas longtemps sinon. Les soucis ont besoin d’être écoutés et les solutions recherchées.

 

  1. La répression émotionnelle

Sentiments agréables ou non, pensées agréables ou non, comportements adaptés ou non, reconnaître ses émotions, c’est s’accepter comme on est, c’est construire la confiance en soi.

Qui dit ses peurs, ses rêves secrets, ses désirs ? Qui dit sa solitude ou sa frustration, sa jalousie ou même son amour et son plaisir ? Alors bien évidemment, la conclusion est simple : ce qui se passe en soi est suspect, étrange, il vaut mieux le taire. On croit souvent que la répression des pulsions sert la vie en collectivité et que, si tout le monde «s’écoutait», on ne pourrait plus vivre ensemble. Regardons la réalité, le taux actuel de violence nous montre que la route de la répression n’est pas la bonne. Le déni, la non-prise en compte, la non-écoute des émotions, ne font que les enfermer dans une cocotte-minute. Quand les soupapes deviennent insuffisantes, le couvercle saute.

Freud déjà a montré que devenir conscient de ses pulsions destructrices, loin de nous rendre destructrices, permettait de se reconstruire. L’envie de détruire, de faire mal à l’autre, n’est pas une pulsion inhérente à l’humain, c’est un mécanisme de protection contre l’émotion. Pour ne pas sentir que «j’ai mal», je préfère tourner toute ma rage contre autrui. C’est le refoulement dans l’inconscient de l’émotion qui mène l’individu à être parfois submergé et à agir violemment.
Il est important de montrer à l’enfant que la reconnaissance et l’expression verbale de ses impulsions les plus violentes ne détruisent ni la relation, ni personne.
«Je comprends que tu sois en colère, et je t’aime tout pareil»

Les sucettes
Quand un bébé pleure, les parents disent volontiers qu’il a besoin de sa sucette pour s’endormir, pour se calmer. En réalité, les parents ne supportent pas les cris de l’enfant, ils lui demandent donc de se taire. Ils lui mettent la sucette dans la bouche, l’empêchant de se libérer des tensions qu’il refoulera un peu plus loin., un peu plus profondément en lui.

Votre bébé ressent une émotion, reflet d’un besoin. Il tente de vous la communiquer. Vous interprétez le besoin comme étant de succion. Vous lui donnez une sucette. Vous apprenez à votre enfant à avoir besoin de quelque chose dans sa bouche dès qu’il vit une émotion. Plus tard, ne risque-t-il pas d’avoir tendance à grignoter ou à se ronger les ongles à chaque fois qu’il sera ému ?

Bouderies
La bouderie est un langage. Elle dit qu’il y a souffrance et que cette souffrance n’étant pas entendue, l’enfant préfère s’enfermer ostensiblement en lui-même.

Évitez tout ce qui peut rendre difficile la sortie de la bouderie ; les remarques du style : «Tu boudes !» ou «quand tu auras fini de bouder, tu viendras manger», soulignent inutilement la bouderie. Dire ou manifester par son attitude quelque chose comme : «Je ne m’intéresse pas à un enfant qui boude», c’est comme si vous lui disiez : «Je ne m’intéresse pas à ta souffrance.».

Vous pouvez :

  • tenter de découvrir l’émotion qu’il dissimule derrière sa bouderie. Formulez-la : «Je vois que tu t’es senti blessé quand j’ai dit à Julie que…» «Tu es vraiment furieuse que je ne te donne pas de glace» Aidez le à l’exprimer : «Tu as le droit de dire que tu n’es pas content, tu sais !», «C’est vrai que c’est injuste, tu peux le lui dire !»…
  • montrer une certaine indifférence, non pas bien sûr à l’enfant, mais à son comportement de fermeture : vous continuez comme si de rien n’était. L’indifférence doit rester brève. Il n’est pas question de laisser un enfant bouder plus de quelques minutes. La bouderie s’auto-entretient et il devient de plus en plus difficile pour lui d’en sortir indemne.Au bout de quelques minutes donc, s’il est petit, allez vers lui avec tendresse : «Alors, mon amour, tu es encore malheureux ?» Prenez-le dans les bras, embrassez-le et entraînez-le naturellement dans une nouvelle activité. S’il est plus grand, appelez-le vers une autre activité qu’il aime sans faire davantage d’allusion à sa bouderie. N’oubliez jamais que l’enfant doit trouver une issue positive ! Ne l’obligez pas à sortir humilié de cette bouderie. L’humiliation est un véritable poison pour son psychisme.

Gentillesse
Il s’occuper merveilleusement de son petit frère ou de sa petite sœur, il n’a jamais, mais vraiment jamais, de mouvement de colère envers lui ou elle ? Il vous semble trop gentil ? Il 4est probablement en train de se défendre d’une jalousie qu’il perçoit comme interdite ou dangereuse par un mécanisme que les psychanalystes nomment «formation réactionnelle»

La jalousie non reconnue dans l’enfance altérera les relations aux autres à l’âge adulte. Regardée, acceptée, elle peut être traversée, dépassée, guérie.

  1. Contenir sans réprimer

Les enfants sont dans l’instant présent. Ils n’ont pas encore développé la capacité de se projeter dans le futur, l’intensité de ce qu’ils vivent en est majorée. Ils ne «savent» pas que leur douleur passera, que la colère va se terminer, qu’ils pourront retrouver leurs sensations de confort de nouveau. Petits, ils sont envahis par l’émotion. Nous, adultes, savons que le présent passe. L’enfant a besoin de sentir la solidité de ses parents lorsqu’il vit une émotion et il a besoin de les voir eux aussi traverser des émotions, mêmes fortes, sans être détruits.

Lorsqu’un enfant éprouve une émotion, votre question est «Comment puis-je l’aider à avoir conscience de ce qui se passe en lui?»

Laissez-lui de l’espace pour s’exprimer. Nous avons tendance à «consoler», moi la première. Je me retiens. Quand un de mes enfants pleure, je tente de l’écouter avant de le consoler : «Je vois que tu as mal !» S’il s’est fait très mal, je vais même l’encourager à pleurer : «Pleure mon amour, pleure fort, serre-moi et pleure, tu as mal

La question «Pourquoi» est à éviter absolument. «Pourquoi tu pleures ?» peut être vécue comme culpabilisant ou dévalorisant, cela peut sous-entendre qu’il n’y a pas de raison. Et puis, la question invite à réfléchir. Or, l’enfant n’en est pas là. Il a besoin d’exprimer son émotion avant de pouvoir en parler. De plus, sachant pourquoi il pleure nous serions tentés de résoudre son problème, de lui proposer des solutions ! Il n’a pas besoin de cela. Il est probablement capable de faire face seul à son problème, il a juste besoin que son émotion soit entendue.

En lieu et place de ce «pourquoi», tentez «qu’est-ce qui se passe ?» ou «qu’est-ce que tu ressens ?» qui accompagne le vécu intérieur.

L’écoute empathique (CNV)
En reformulant, vous ne jugez pas, vous ne commentez pas, vous n’intervenez pas, vous accueillez simplement le sentiment de l’enfant. Il se sent alors reconnu, validé. Il acquiert le sentiment qu’il a le droit de sentir par lui même, d’exprimer, et qu’il peut faire confiance à son ressenti.

Être à l’écoute systématiquement et en permanence risque d’avoir l’effet inverse et de rendre vos enfants dépendants ou agressifs pour se défendre de cette intrusion permanente. Vous pouvez faire confiance à vos enfants. Votre rôle n’est pas de résoudre leurs problèmes ou d’aplanir les difficultés de leur route, mais de leur fournir des ressources, ou plutôt de les aider à construire la confiance en leur capacité à trouver des ressources en toutes circonstances.

En conclusion, pour accompagner les émotions d’un enfant, comme en fait de toute personne, faites simplement preuve de compassion. Mettez-vous à sa place, tentez de ressentir ce que vous ressentiriez dans la même position et dans les mêmes circonstances. Rien de ce qui est humain n’est étranger à l’humain. Vous avez été enfant, vous aussi. Vous pouvez comprendre ce qui se passe en lui.

Soyez attentif à ne pas «psychologiser» à outrance. La verbalisation n’est pas toujours nécessaire, elle n’est pas suffisante non plus. La réponse par le contact physique le câlin, la satisfaction du besoin, est fondamentale. Il ne s’agit pas d’expliquer en permanence les comportements de l’enfant, mais de l’aider à mettre des mots quand cela est nécessaire, c’est-à-dire pour l’aider à sortir d’une situation coincée ou pour accompagner un événement douloureux.

Les étapes de l’accompagnement émotionnel

  1. Accueillir non verbalement par le regard. Être présent dans votre respiration, dans votre attitude intérieure. Éventuellement, selon l’âge de l’enfant, le prendre dans les bras.
  2. Mettre des mots sur le ressenti «Je vois que tu es en colère ! Oh, tu es triste ! Tu as eu peur
  3. Permettre à l’émotion d’aller jusqu’à sa résolution.
  4. Quand la respiration de l’enfant est redevenue calme, place à la parole.
  1. «Il m’énerve avec ses jérémiades»

Parfois les émotions de vos chéris vous exaspèrent. Plusieurs hypothèses sont possibles :

  • vous êtes tout simplement épuisé et une émotion, c’est bruyant.
  • vous avez vos propres émotions et besoins, que vous ne reconnaissez pas, et vous vous sentez en compétition avec l’enfant.
  • l’émotion qu’il exprime n’est pas juste, c’est une manifestation écran dissimulant le véritable sentiment.
  • c’est une émotion que vous ne vous permettez pas.
  • cela vous rappelle votre propre enfance

Quand un enfant pleure «pour un rien», il est probablement fatigué. Pour les adultes, c’est pareil : quand des parents se mettent en colère «pour un rien», ils sont peut-être tout simplement fatigués !

Trop de parents refusent de reconnaître qu’ils sont épuisés. Ils veulent donner encore et encore, faire la vaisselle et laver le linge, lire une histoire et jouer aux Barbies, être de «bons parents». Tôt ou tard, ils éclatent, et une assiette renversée ou un slip qui traîne déclenchent leurs foudres.

Reconnaître sa fatigue et la formuler aux enfants peut leur permettre d’identifier la véritable cause de votre courroux. Ils ne sont pas «insupportables», mais vos limites sont atteintes. Votre tolérance au bruit et au chaos est moindre, vous avez besoin de calme et de repos.

Toute mère, tout père, revit sa propre enfance à travers ses enfants. De là naissent toutes sortes de problèmes. Projections de son propre vécu, réactualisation de sentiments douloureux enfouis, résurgence de pulsions haineuses de l’enfant, jalousies, non-dits, secrets de famille, souvenirs d’humiliations ou de frustrations, sentiments de honte, de culpabilité, tout ce passé est là, inconscient le plus souvent, et nous empêche de réagir de manière appropriée vis-à-vis de nos enfants.

Guérir sa propre enfance
Une seule voie pour écouter vraiment son enfant : guérir sa propre enfance. Pour nous libérer du passé, nous avons, nous aussi, besoin de lâcher nos émotions. Nos parents n’ont pas su être attentifs à nos besoins émotionnels, écouter nos peurs et nos colères. Les blessures infligées sont restées marquées parce que nous n’avons pas pu les pleurer. Nous n’avons peut-être même pas pu identifier ce qu’ils nous faisaient comme des blessures ou des injustices, tant ils nous assuraient que c’était «pour notre bien». Aucun témoin ne s’est trouvé là pour rétablir la vérité. Nous avons enfoui nos tensions. Elles ressortent aujourd’hui face à nos enfants.

Pour guérir, il s’agit de regarder la réalité de sa propre enfance. Cesser d’idéaliser ses parents et oser voir qu’ils ont pu nous faire mal ou se montrer injustes. Se souvenir. Se donner le droit de sentir les émotion auxquelles, enfants, nous n’avons peut-être même pas eu accès. Quand vous aurez exprimé de la colère contre les injustices subies, quand vous aurez pleuré avec compassion sur l’enfant en vous, vous pourrez écouter votre enfant dans sa vérité.

Il éveille en vous un sentiment insoutenable ? Un nœud est là. Vous pouvez l’affronter. Regardez simplement les souvenirs remonter. Écoutez l’enfant en vous, donnez-lui ce qu’il n’a jamais reçu, de l’attention à ses sentiments. Retrouvez des images du petit garçon ou de la petite fille que vous étiez, et ouvrez-lui un espace dans votre cœur.

 

Chapitre 4 – La peur

I – Doit-on écouter ses peurs ?

Les enfants dont on méprise systématiquement la peur ne deviennent pas des adultes ouverts et courageux.

Il y a des peurs saines, il y a des peurs démesurées, déplacées. Il y a des peurs à traverser d’autres à dépasser, toutes sont à respecter, à accompagner.

II – Les peurs les plus fréquentes

Il y a différentes peurs typiques que traversent plus ou moins tous les humains au cours de leur enfance. En vrac : peur de tomber, des bruits forts, des visages inconnus, de la séparation, du bain, de l’eau dans les yeux, du noir, des animaux, des loups, des fantômes, sorcières et autres dragons… Les peurs apparaissent et disparaissent. Elles reflètent les étapes de la maturation du psychisme de l’enfant. Normales à certains âges, elles ne deviennent problématiques que si elles prennent trop d’ampleur et gênent l’enfant dans sa vie, et/ou si elles s’installent dans la durée.

Les contes
Lire un conte fait rarement progresser la conscience. Les contes anciens sont des reflets de la vie psychique. Mais sont-ils utiles à nos enfants ? Je pense que non. Ma pratique clinique m’a indiqué qu’ils pouvaient se montrer nocifs. Un enfant qui vit justement les difficultés traitées dans le conte peut y trouver confirmation de croyances négatives et conserver longtemps ses peurs. Le conte met en images des fantasmes de l’inconscient, des images susceptibles de renforcer les angoisses.

Bambi, Peau d’âne, Cendrillon, Le Petit Poucet… Comment se fait-il que tant de mères meurent ou abandonnent leurs enfants dans les contes ? Notons que ces histoires ont été écrites par des hommes… Nous disent-ils ainsi combien il leur était difficile de quitter leur mère ? Il y a une autre interprétation : ils avaient des mères trop dures, trop autoritaires et frustrantes. Comme tout enfant, ils ont rêvé d’une maman bonne et douce. La colère contre leur vraie mère étant interdite, ils sont restés figés dans l’idéalisation d’une mère toute bonne, dont ils ne font jamais le deuil. Elle meurt, son image peut rester intacte. La colère est projetée sur la sorcière, sur la belle-mère, sur la méchante qui les martyrise et les terrifie. On peut tuer une sorcière sans trop de culpabilité. Le message des contes est clair : l’enfant n’a pas le droit de ressentir de la colère contre sa maman. Ces histoires enferment la rage impuissante un peu plus profond. Nombres de contes sont au service de l’éducation dure et autoritaire, protègent l’image idéalisée des parents et déforment la réalité.

En quoi ce type d’histoire peut aider un enfant à accéder à sa construction ? Pourquoi donner des images qui peuvent être terrifiantes ?

Pourquoi ne pas laisser aux enfants le choix de leurs propres symboles ? Bien sûr, ne vivront pas les contes de manières dramatique que ceux chez qui la problématique existe. Mais à quoi bon ? Et pourquoi ne pas choisir des histoires d’aujourd’hui ? Il y en a de très belles et bien écrites.

Peur des araignées, des insectes, des chiens, chats, et autres phobies.
Les enfants n’ont pas naturellement peur des insectes. Ils peuvent les prendre dans la main, observer que cela chatouille. Tout dépend de l’attitude de l’entourage envers ces mêmes insectes, car la peur est extrêmement contagieuse. Si l’autre a peur, c’est que ce doit être dangereux, il vaut mieux que j’aie peur.

Des peurs injustifiées ou disproportionnées sont souvent des projections d’autres angoisses sur des objets éloignés de l’objet réel de la peur ou de la colère réprimée.

Timidité
Les adultes nomment timidité ces quelques minutes que la plupart des petits enfants prennent avant d’entrer en contact. Ils dissimulent ainsi leur malaise devant cet enfant qui ne sait pas encore respecter les codes sociaux. Le bonjour qui ne vient pas automatiquement déstabilise les adultes, et c’est le petit qui est qualifié de timide ! Ne laissez pas cette étiquette s’accrocher à votre enfant, elle risquerait de lui signifier qu’il n’est pas normal, et de le rendre timide pour de bon. A qui la lui adresse, répliquez : «Non, il a juste besoin d’un peu de temps pour faire connaissance

Un moment est nécessaire à chaque enfant pour assimiler ce qui se passe et se sentir en sécurité. Il est peut-être plus agréable pour les adultes de voir les enfants dire bonjour sans être attentifs à qui ils ont affaire, mais c’est un signe de soumission et d’automatisme davantage que de responsabilité et de véritable politesse.

Ce temps d’observation nécessaire est variable selon les enfants, l’attitude des adultes, et le moment. Il peut durer jusqu’à 20 minutes. L’enfant a besoin d’aller vers l’autre de son propre chef, à son rythme, au moment où il le jugera opportun.

Peur de l’école, du professeur, des notes…
Ne banalisez pas l’autoritarisme, l’injustice, l’ironie ou les menaces d’un enseignant et prenez clairement le parti de votre enfant. Aucun adulte, pas même un professeur, n’a le droit de lui faire mal, de le blesser, de le ridiculiser, ni bien sûr de le frapper. Selon les circonstances et la gravité, aidez votre fils (fille) à trouver des réponses aux réflexions désobligeantes. Allez voir l’enseignant et demandez-lui de modifier son attitude, déposez plainte, retirez votre enfant de cette classe, voire de cette école.

  1. Traverser la peur

Reprenons les différentes étapes de l’accompagnement de l’émotion

  1. Respecter l’émotion → C’est la condition pour que votre enfant vous fasse confiance Respectez toujours son émotion, même si elle vous paraît irrationnelle. L’enfant a peur, il n’a ni tort ni raison, il a une raison (ou plusieurs) d’avoir peur, même si ni lui ni vous ne la (les) connaissez encore.
  2. Écouter → «Qu’est-ce qui te fait peur ?» «Qu’est-ce qui te fait le plus peur ?» Rappelez-vous que : «J’ai peur du chien» reste très vague. Est-ce l’aboiement du chien ? Ses mouvements brusques ? Sa langue ? Sa gueule ? Son regard ? A-t-il peur que le chien le morde ou saute autour de lui pour lui faire la fête ou encore le lèche de sa grande langue mouillée ? Ecouter n’est pas seulement prêter une oreille attentive, c’est aussi aider l’enfant à exprimer sa vérité. Attention à ne pas mobiliser son intellect en utilisant une formulation sur le mode «pourquoi» qui va l’inciter à vous fournir une raison certes plausible… mais pas forcément liée à sa réalité. Partez du principe que l’enfant ne connaît pas les motivations réelles de sa peur. Par votre écoute, vous allez l’aider à les découvrir. Accompagnez-le dans sa recherche par des reformulations et des questions qui débutent par «qu’est-ce que, comment, de quoi»
  3. Accepter et comprendre  → «Je comprends que tu aies peur. Il fait beaucoup de bruit ce chien.» Reconnaissez l’émotion de l’enfant. Manifestez-lui votre approbation, il a le droit de ressentir ce qu’il ressent. Ne vous mettez ni à chercher à le «guérir» de sa peur, ni à résoudre son problème à sa place. Faites preuve de compassion, d’empathie, c’est tout ce dont il a besoin. Vous allez l’accompagner pour tenter de vaincre cette peur, mais seulement son désir à lui. Toute attente de votre part bloquerai le processus.
  4. Moi aussi / dédramatiser  → Une fois qu’il a pu dire son vécu, vous pouvez lui parler de vos propres émotions d’aujourd’hui ou d’hier, quand vous-même étiez un petit garçon ou une petite fille. Aviez-vous la même crainte ? Une autre ? Partagez. Ne faites pas semblant, dites la vérité à votre enfant. Choisissez de préférence une peur que votre enfant n’a pas, de manière à ce qu’il se sente plus fort que vous sur ce point, cela l’aidera à affronter les siennes !
  5. Chercher ses ressources, intérieures et extérieures  → Nous avons tous vécu l’expérience d’avoir traversé et dépassé une peur. «Tu te rappelles une peur que tu avais, et que tu n’avais plus après ?» Si l’enfant ne se souvient pas spontanément, vous pouvez l’aider : «Par exemple, la première fois que tu as été invité à aller dormir chez Stéphane.» Laissez-lui le temps de se rappeler et d’évoquer les sensations éprouvées alors. «Et puis, tu as décidé d’y aller. Tu te rappelles comment tu as décidé ? Et tu te rappelles comment ça s’est passé ? Tu es revenu à la maison ravi. Tu te souviens ?» «Tu vois, tu as déjà eu peur et tu as dépassé ta peur. Est-ce que tu vois comment tu pourrais utiliser cette expérience pour la peur que tu as de ce chien
  6. L’aider à libérer son énergie  → Quand on a peur, on a le diaphragme contracté. Tout ce qui permet de le détendre aide à évacuer la crainte : respirer profondément, chanter, crier, rire. Invitez votre enfant à respirer profondément jusqu’à évacuer cette sensation d’oppression. Chantez, criez avec votre enfant, aidez-le à sortir sa voix. Il se sentira puissant et prêt à affronter l’adversité. S’il n’y arrive pas, s’il est trop inhibé pour oser hurler, proposez lui de penser à quelqu’un qui n’aurait pas peur dans la même situation, un copain, le père d’un copain, le boucher, le garagiste.. ou Tarzan, James Bond, Robert Redfort… Invitez-le à le voir agir… Puis à imaginer qu’il est à l’intérieur du personnage. Aidez-le à se sentir fort, puissant, à l’aise dans sa peau. «Tu sens la sensation de confiance et de force ? Je crois que tu peux décider que c’est ta force à toi !»
  7. Satisfaire le besoin d’information  → Votre enfant a pris contact avec ses ressources. Il lui faut aussi recevoir des informations, en l’occurrence, savoir ce qui est dangereux ou non. Celui qui a peur a besoin de réassurance et d’informations. Mais si vous donnez l’information trop tôt, elle n’est tout simplement pas entendue. C’est pourquoi les explications demeurent si souvent vaines. Il vous faut tout d’abord écouter l’émotion, accompagner l’enfant dans la prise de contact avec ses ressources personnelles. Seulement alors, l’enfant sera attentif à vos explications. Et encore est-il préférable qu’il les trouve pas lui-même. «Qu’est-ce que tu peux faire pour savoir s’il est dangereux ?» Aidez-le à réfléchir Par exemple, allez ensemble à la bibliothèque pour emprunter un livre sur les chiens, et donnez-lui les informations dont il a besoin et qu’il ne peut trouver seul facilement. Il sera plus à même de transposer cette dynamique dans d’autres circonstances. Plus il sera autonome dans sa recherche, plus il se sentira solide face à ses craintes.
  8. Faire élaborer différentes réponses possibles face à la peur  → Selon le contexte et les circonstances, vous pouvez vous arrêter à une solution satisfaisante, ou lui demander de formuler plusieurs options. Attention à ne pas qualifier ses idées de «bonnes» ou «mauvaises», c’est à l’enfant d’en évaluer la portée.«Oui, tu peux demander au maître du chien si tu peux le caresser, c’est une idée ? Qu’est-ce que tu peux faire d’autre ?»Évoquez et évaluez une à une les différentes réponses proposées par l’enfant : «Et si tu fais ça, qu’est-ce qu’il se passera ? Est-ce que tu aurais moins peur ?»
    «Qu’est-ce qui pourrait te donner envie de caresser le chien et de dépasser ta peur ?»
    Peur ? Pensez envie. Qu’est-ce qui peut lui donner suffisamment envie de se confronter au chien, à l’eau ou au toboggan pour ne plus être dominé par la crainte ? Il est fondamental qu’il n’y ait aucune pression dans votre esprit. Que vous n’ayez pas le désir que l’enfant dépasse sa peur devant vous. Sinon, il se sent contraint par votre désir… et la contrainte engendre la peur ! Seul le libre choix donne le sentiment d’avoir du pouvoir sur l’environnement et met en condition de dépasser les peurs.
  1. Utiliser le trac

Certaines peurs sont utiles (elles préparent le corps à une action, elles annoncent un danger). D’autres sont exagérées (les araignées ne sont pas méchantes dans nos régions, les marteaux-piqueurs maniés par les ouvriers dans la rue font beaucoup de bruit mais ne sont pas menaçants, les chiens qui sont enfermés derrière des grilles ne peuvent pas nous sauter dessus, quand on a des flotteurs tout autour de la taille, on ne peut pas se noyer…)

Les peurs utiles sont à respecter et à écouter, inutile de prendre des risques. Les autres, on peut les dépasser… quand on l’a décidé soi-même, et être très fier de soi après.

  1. Il est peureux ?

Une réaction à une surprotection parentale
«Attention, tu vas tomber
«Ne marche pas la dessus
Quand le parent tente d’éviter à son enfant de se confronter a danger, il transmet paradoxalement à son enfant l’information : «le monde est dangereux» et «tu n’es pas capable»

Soyons cohérent ; les enfants reçoivent souvent des messages contradictoires. Leurs parents les abreuvent de «vas-y, n’aie pas peur», mais dès qu’ils prennent un peu d’autonomie, voici que fusent les «attention» jetés d’un ton anxieux ! Comment s’y retrouver ? D’un côté «allez fais un bisou à la dame», d’un autre «surtout ne parle pas à des étrangers».

La surprotection parentale mène à l’inhibition… ou au risque. Trop d’interdits peuvent mener paradoxalement l’enfant à avoir besoin d’explorer ses limites. Quand la liberté lui est enfin donnée ou quand il la prend, il risque de se montrer beaucoup plus casse-cou que d’autres, qui ont eu l’occasion de se confronter progressivement à leurs limites et ont pu acquérir un sentiment de responsabilité.

 

Chapitre 5 – La colère au service de l’identité

Combien de parents ont souffert, au square ou au supermarché, quand leur chérubin se roulait par terre en hurlant sous le regard plein de reproches des autres adultes présents. Pourtant la colère est une réaction naturelle et saine devant la frustration.

  1. La colère est une réaction saine

Quand l’enfant insiste, crie, hurle, fait une scène pour avoir sa glace, il affirme son désir, et c’est très important.

Dire : «Si , j’en veux !» c’est continuer d’affirmer que je suis là et que j’ai des droits. Si l’autre refuse, c’est son problème, mais moi je sais que j’ai le droit de désirer. L’enfant n’a pas toujours besoin que ses envies soient satisfaites, il veut juste qu’elles soient reconnues, que ses émotions soient entendues.

Une étape du travail de deuil
C’est aussi la première étape du travail de deuil. Ils ne savent pas que c’est une étape nécessaire, naturelle et normal du travail de deuil que l’enfant doit faire pour accepter. Pour mémoire, les étapes de l’acceptation sont :

  • le déni
  • la colère
  • la négociation
  • la tristesse
  • l’acceptation
    Ce sont des mouvements naturels et importants. L’acceptation passe par la colère.

Laisser bébé pleurer
Le nourrisson est dépendant de sa maman, il ne peut survivre sans elle. Si elle ne vient pas assez vite (quelques minutes !), c’est la terreur qui remplace la colère, la terreur de l’abandon, de la rupture du lien. Pour le tout-petit, le temps n’existe pas. Il est dans l’instant. Cinq minutes lui paraissent une éternité. Il n’a pas les moyens de se représenter ce qui retient sa maman. Au bout d’un certain temps, différent selon ses expériences antérieures, si personne ne vient, il se résigne. Il se tait, se replie. Son corps imprime quelque chose comme «je n’ai pas le droit », «je ne suis pas important », voire «je suis mauvais», car il lui faut bien trouver une explication au fait que sa maman ne s’occupe pas de lui. Il n’est pas encore capable d’élaborer une déduction consciente. Le processus reste inconscient, mais s’il est trop souvent répété, cette croyance peut le marquer toute sa vie.

Laisser pleurer seul un petit enfant, c’est le plonger dans des émotions terrifiantes. Besoin/demande/satisfaction est la séquence qui doit être la plus fréquente pour que l’enfant intègre le sentiment que vous l’aimez, qu’il est important pour vous, que ses demandes sont recevables, qu’il est donc quelqu’un de bien, qu’il est en sécurité.

Il arrive que ses demandes ne puissent être satisfaites, il est fondamental que sa colère soit toujours entendue.

Si les parents hésitent souvent à écouter les colères, c’est qu’ils les inscrivent dans la dynamique d’un jeu de pouvoir. Ils se vivent en compétition avec leur enfant, et oubliant qu’ils ont un cerveau plus développé que le sien, entrent dans : «ce n’est pas toi qui commandes», «je ne vais quand même pas me laisser faire par un gamin». Du fait qu’eux-mêmes n’ont pas eu le droit d’exprimer leurs colères, leurs rages anciennes sont restées ancrées en eux, prêtes à ressortir, ce qui les terrifie. D’autant que, sous la colère, il y a la souffrance de l’enfant qu’ils ont été, la souffrance de ne pas être compris, de ne pas être entendu, de ne pas être aimé.

La colère, outil de la gestion de la frustration est non pas à gommer, mais à vivre, à sentir en soi, à traverser.

Il y a donc des colères saines, non violentes, structurantes, et les colères déplacées, excessives, violentes, destructrices. Les premières sont à écouter, les secondes sont à décoder. Toutes sont à respecter, car toutes signalent un besoin.

  1. Décoder le besoin

Notre rôle d’adulte n’est pas de poser des limites autoritaires, comme on le dit trop souvent, mais de les garantir. Notre rôle est d’utiliser notre cerveau plus développé, notre intelligence, pour identifier le besoin de l’enfant, l’aider à canaliser son énergie, l’aider à restaurer son sentiment d’intégrité, à se réparer malgré le manque, ou à s’affirmer face à l’injustice.

  1. Une réaction physiologique à accompagner

La colère est une réaction physiologique de l’organisme. Décharge d’adrénaline, dilatation des vaisseaux sanguins, afflux de sucre dans les membres… Le petit enfant en colère est envahi par une immense énergie, il tape des pieds et des mains, se roule au sol. Tout petit, ses gestes sont désordonnés, pour ne pas se perdre, il a besoin d’être contenu. Pour ne pas avoir peur de ses propres cris, de sa douleur, de ses pulsions, il a besoin de pouvoir s’ancrer dans l’amour d’un parent présent, qui accueille les pulsions agressives et redonne de la tendresse, lui transmettant le message : «Ta colère n’est pas dangereuse. Tu vois, elle ne me fait pas mal., je continue d’être là et de t’aimer. Tu restes le même petit garçon (petite fille).»

Nous pourrons vérifier ou infirmer cette hypothèse dans deux générations. Vu les difficultés assez généralisées des adultes d’aujourd’hui à gérer leurs colères de manière efficace et non violente, on peut penser qu’il serait temps de traiter différemment la colère des enfants !

Les parents d’Anna ne comprennent pas. A la maternelle il paraît que tout se passe bien, elle se montre souriante, concentrée, intéressée. Mais le soir, elle est est «infernale». Elle pleure pour un rien, se met en rage pour un détail… Pendant toute la journée, il lui a fallu se contrôler, se conformer, rester assise, se montrer une bonne petite élève. Elle a accumulé des tensions sans oser dire ce qu’elle vivait. Le soir, quand elle retrouve ses parents, elle éclate. Elle leur «montre» tout ce qui n’a pas été dans la journée. Elle se décharge de tous ses efforts de contrôle en les lâchant enfin. Elle ne sait pas encore identifier les causes de son énervement, encore moins le verbaliser. Elle a confiance en ses parents, elle peut prendre le risque de se montrer en colère, elle ne peut le prendre avec sa maîtresse.

Concrètement :

  • accueillir l’émotion → c’est parfois difficile, surtout en public, mais pensez que vous travaillez pour son avenir ! Une colère écoutée dure quelques minutes au maximum.
  • accepter l’émotion, éventuellement la formuler avec des mots → soutenir l’expression en renforçant par des petites phrases selon les circonstances: «c’est vrai que c’est injuste», «je comprends que tu te sentes en colère», «c’est dur d’accepter ça» … «tu es furieux parce que tu avais envie de venir avec moi».
  • pour un enfant petit : contenir, maintenir le contact

Quand il y a une tension dans la famille, trop de conflits entre enfants, on peut organiser une bataille de coussins. Après avoir écarter les bibelots, parents et enfants se répartissent en deux équipes face à face… et volent les petits coussins ! L’énergie est dégagée, le rire remplace vite la rage. La bataille rétablit la complicité.

  1. Quand les parents sont en colère

Personne n’est parfait, et nous avons une telle habitude de jeter sur autrui nos difficultés personnelles qu’il est illusoire d’imaginer que cela ne nous arrivera plus. Mais il est fondamental que l’enfant ait la permission de sentir et de dire que c’est injuste. Sa juste colère nous ramène alors à la réalité, nous pouvons prendre conscience de ce qui s’est passé en nous et nous excuser. Il n’y a pas de mal.

Vous pouvez utiliser la CNV lorsque vous êtes en colère :
Quand tu … (comportement précis de l’autre)
je ressens… (mon émotion, mon sentiment)
parce que je … (mon besoin)
et je te demande de … (demande précise de comportement ici et maintenant qui me permette de réparer la relation avec l’autre)
de façon à ce que … (motivation pour l’autre)

Exemple :
Quand tu laisses ta culotte sale par terre,
je ressens de la colère
parce que j’en ai assez de ramasser tes affaires, je préfère faire autre chose avec toi que de m’occuper de tes affaires sales,
et je te demande d’entendre mes sentiments et d’aller porter ta culotte dans le panier à linge sale,
de façon à ce que je me sente bien avec toi et que nous puissions jouer ensemble avec plaisir.

  1. Quelques trucs pour éviter la violence à l’instant où vous avez envie de frapper
  • respirez profondément pour revenir à vous même et ne pas être «hors de vous»
  • vous savez que vous avez le droit d’avoir envie de frapper mais pas de passer à l’acte. Écoutez votre envie : «J‘ai envie de lui fracasser la tête avec un marteau»… Éventuellement visualisez la chose sur un écran mental.Vous pouvez le verbaliser à l’enfant : «J’ai envie de te frapper. Je ne le ferai pas parce que je ne veux pas te faire du mal. Je n’ai pas le droit de te taper, mais j’ai le droit d’en avoir envie.»
  • Écoutez votre besoin. Donnez-vous les moyens de le satisfaire, ou projetez cette satisfaction dans le futur
  • Centrez-vous sur l’enfant et prenez conscience de ce qui se passe en lui, de ses besoins, éventuellement de ce qui a causé son comportement.
  • Revoyez-vous enfant au même âge et prenez conscience de ce que vous ressentiez à l’époque
  • Rappelez-vous que vous l’amour que vous lui portez en évoquant des images de bonheur avec lui. Sa naissance par exemple, votre éblouissement devant ses premiers pas, le jour où il vous a fait un cadeau à la fête des mères (pères)…
  • passez le relais à votre conjoint ! Si vous élevez seul(e) votre enfant, téléphonez à un ou une ami(e) pour permettre à la pression de baisser en vous.

Chapitre 6 – La joie

  1. Peut-on apprendre à être heureux de vivre ?

Quand les enfants doivent prendre en charge les tristesses, les frustrations, les sentiments d’insatisfaction de leurs parents… Ils ne sont pas libres d’être heureux.

Tous les affects refoulés, les nœuds émotionnels et les blessures non guéries empêchent l’accès à la joie.

Libérez les émotions, laissez parler les détresses, pleurez les larmes, criez les colères… et la joie renaîtra, tant elle est la nature profonde de l’humain. Il y a de la joie à simplement se sentir vivre.

La vie n’est pas un long fleuve tranquille, mais la joie ne surgit pas non plus de la tranquillité. S’il est vrai qu’elle nous pénètre volontiers alors que nous contemplons calmement un coucher de soleil, elle naît aussi de l’effort couronné de succès, de la rencontre après la séparation.

  1. L’amour

La joie est l’émotion du succès, c’est aussi celle de l’amour, de la rencontre et des retrouvailles, de la relation

Osez prononcer plus souvent des mots doux :
«Qu’est-ce qu’on est bien ensemble.»
«Je suis vraiment heureuse de vivre avec vous.»
«J’adore prendre mon petit déjeuner avec vous 3.»

Quand je dis ainsi mes joies et mon bonheur, je me sens plus heureuse encore, et je vois combien cela fait plaisir à toute la famille. Je note à voix haute ce que je me dis à l’intérieur. «C’est bon d’être heureux.», et nous dégustons tous ensemble ce bonheur qui passe.

  1. Jeux, cris et rires

Rire n’est pas juste un plaisir, c’est un réflexe de santé physiques et psychique. Le rire libère les tensions du diaphragme. C’est un excellent exercice de relaxation. Une bonne dose de rires pourra éviter bien des pleurs. Organisez des parties de cache-cache, de bagarres de polochons, pour éclater de rire ensemble. L’enfant existe d’abord dans sa relation à l’autre et sa joie sera d’abord celle du partage, c’est une joie d’être avec. L’enfant rit du partage, de la rencontre avec autrui. C’est ce qui fait le grand succès des jeux d’apparition et de disparition.

  1. Accompagner la joie

Partager, sourire, rire, s’exclamer, embrasser, prendre dans les bras, tels sont les verbes de la joie. N’ayez pas peur de faire du bruit. Manifestez vos joies bruyamment, en criant, en sautant, en serrant vos enfants contre vous, en les faisant sauter en l’air. La joie, c’est un échange physique. Rappelez-vous les footballeurs français lors du coup de sifflet final de la Coupe du monde signant leur victoire !

L’amour et la joie sont le terreau de la croissance de l’individu. On ne peut dire trop de «je t’aime» et de «je suis heureux de vivre avec toi»

Des nœuds émotionnels plus ou moins anciens vous interdisent le bonheur ? Dénouez-les ! C’est de votre responsabilité de parent. Sinon vos enfants vont inconsciemment se mettre au service de vos souffrances enfouies, même (et surtout) si vous ne leur en parlez jamais. Les enfants sont prêts à abdiquer beaucoup de leur personnalité pour tenter de ramener le sourire sur le visage d’un parent trop triste ou trop souvent en colère.

Un parent empli de joie intérieur la transmet à ses enfants, et c’est le plus bel héritage qu’ils puissent recevoir.

 

Chapitre 7 – La tristesse

La tristesse est l’émotion qui accompagne une perte. Il est naturel d’être triste lorsqu’on perd son chat, un animal, un être cher, mais aussi un jouet, une maison, un jardin, une école… Pleurer permet de libéré les toxines.

Les larmes nous émeuvent
Les pleurs sont les témoins du travail de réparation de l’organisme après une perte. Les larmes soulagent, guérissent. Ce qui est paradoxal, c’est que ce sont ces mêmes personnes qui tentent de consoler leur enfant et qui, un autre jour, débordées par les larmes, éclateront elles-mêmes en sanglots et diront après l’explosion : «Ça fait du bien de pleurer.»

Oui, ça fait du bien de pleurer, et surtout de pleurer dans les bras de quelqu’un qui sait écouter les larmes sans les stopper, de pleurer devant un témoin qui sait accueillir sans juger, sans conseiller, sans baisser les yeux.

Honnêtement, que désirons-nous ? Qu’ils ne souffrent pas ? Ou ne pas les voir souffrir ? «Ne pleure pas» signifie en réalité : «Prends moi en charge, j’ai mal quand je te vois pleurer, alors arrête de me mettre dans l’embarras

Les besoins de l’enfant passent alors au second plan. Pourtant les larmes sont utiles pour ne pas garder la tristesse au fond de soi. Une tristesse qui ne peut être pleurée va rester bloquer des années. Un enfant qui ravale ses larmes pour faire plaisir à sa maman ou à son papa va conserver sa douleur au profond de lui, la majorant d’une période de solitude et de non-adéquation de ses sentiments vrais. Il aura peut-être l’air d’un «vrai mec» mais, devenu adulte, il se sera endurci au point de ne pas comprendre les larmes de sa femme ou de ses enfants et ne saura plus rire et s’amuser sans avoir bu un verre de vin.

Les larmes enfermées bloquent le passage vers l’amour. Pourquoi la nature nous aurait-elle dotée de larmes si elles étaient inutiles ?

La mort
La mort fait partie de la vie. Permettre à un enfant de voir ou de toucher (s’il le désire) un animal mort, lui permettre de ressentir sa peine, de prendre le temps de lui dire adieu, de se rendre compte avant son départ qu’il ne le reverra plus jamais, tout cela est très constructeur.

Dire la vérité ne veut pas dire assener brutalement à l’enfant une réalité qu’il ne pourrait assimiler, ni lui infliger des images violentes. Il est important de prendre le temps, de suivre le rythme de sa compréhension et de ses capacités d’assimilation.

Les psychologues le savent maintenant de façon certaine, la vérité fait toujours moins mal. Toujours, même si elle est très douloureuse à entendre.

Son père s’est suicidé ? Sa mère est décédées dans un accident de voiture ? Sa sœur a été emportée par un cancer ? Il est important qu’il le sache. Parlez-lui de ce qu’il s’est passé en restant attentif aux images que l’enfant peut se faire dans sa tête. Écoutez-le, posez lui des questions sur ce qu’il imagine. L’émotion met un filtre devant ses oreilles. Même si vous avez parlé clairement, il peut déformer vos paroles.

Expliquez-lui bien les motivations du geste de son papa, les conditions de l’accident, autant que possible les causes de la maladie. Les enfants se sentent facilement responsable de tout ce qui advient à leur entourage. Soulignez bien et répétez-lui qu’il n’y est absolument pour rien, et qu’il a le droit de sentir toutes ses émotions, de la colère à la tristesse.

  1. Accompagner la tristesse

Pour accompagner la tristesse, laissez simplement de l’espace aux pleurs. Encouragez-les par des mots simples : «C’est dur...», «tu es vraiment très triste de...» «c’est triste de penser qu’on ne reverra jamais plus quelqu’un»

 

Chapitre 8 – La dépression

La dépression est bien différente d’une déprime passagère, naturelle et normale C’est une atmosphère qui s’installe pendant plusieurs semaines, des mois, voire même des années. La dépression prend la couleur de la tristesse, mais ce n’est pas une tristesse guérissante. C’est un blocage d’émotions emmêlées. Elle indique un problème insoluble pour l’enfant, une profonde détresse qui n’est pas entendue.

  1. Comment la déceler ?

Un adolescent qui fait grise mine du matin au soir, c’est facile à repérer. Mais chez le jeune, la dépression est souvent masquée. Sagesse excessive, conformisme ou agitation, elle se dissimule sous des vêtements variés et peut passer inaperçue. Quand un enfant est trop sage ou trop brillant à l’école, peu d’adultes s’alertent ! C’est pourtant un des visages de la dépression. Un enfant, c’est vivant. S’il est trop docile, trop sage, c’est qu’il réprime une partie de la vie en lui.

Les symptômes de la dépression chez l’enfant :

  • ne rit pas
  • ne s’intéresse à rien
  • s’ennuie
  • on le dit sage, presque trop sage
  • est agité
  • problèmes de sommeil, d’alimentation
  • troubles du comportement, besoin de stimulations violentes, d’adrénaline : coca, sucre, dessins animés violents…
  • échec scolaire
  • désinvestissement des apprentissages scolaires ou surinvestissement… attention aux trop bonnes notes tout le temps !
  • Se plaint souvent d’être fatigué
  • maladies à répétition
  1. Il est dépressif

Dé-pression ? C’est le contraire de l’ex-pression. L’énergie vitale est enfermée. La colère, ex-pression de la frustration, du manque, de la blessure, est réprimée. Plus la colère s’ex-prime, plus la dé-prime s’allège.

 

Chapitre 9 – La vie n’est pas un long fleuve tranquille

  1. Les séparations

Un bébé est bien plus qu’un tube digestif. La science nous montre aujourd’hui (il nous a fallu des preuves scientifiques parce que nous étions aveugles et sourds).

Le bébé est une personne, respect lui est dû. S’il ne parle pas encore avec des mots, il parle avec son corps, avec ses cris. Il tente de communiquer. Il a droit à du sens. Son cerveau imprime déjà tout ce qu’il entent. Il a besoin d’informations sur ce qui se passe.

La séparation à l’heure de la crèche
Un enfant n’est pas un paquet que l’on dépose et que l’on reprend, c’est une personne qui a le droit d’avoir son avis !

Vous le mettes à la crèche parce que vous reprenez votre travail ? Il n’a pas le choix, mais il a le droit d’exprimer ses émotions.

Si, passées les toutes premières fois, votre petit continue de pleurer lors de votre départ, il cherche à vous dire quelque chose. Ne croyez pas que «ça passera». Des pleurs indiquent une souffrance.
Il est tentant d’interpréter ses larmes comme un refus de rester à la crèche pendant que vous travaillez. Ne sautez pas trop vite aux conclusions. Considérez ce que vit votre enfant, et cherchez à identifier son besoin. Est-ce en rapport avec la nourrice ? Avec le lieu ? Avec la présence d’un autre enfant ? Est-ce une réaction à votre propre angoisse ? Vous-même, vous sentez-vous abandonnée dans votre vie ?

Parlez-lui. Et surtout, pas de mensonge ! Vous aimez votre travail et êtes heureuse de le reprendre ? Cela n’enlèvera rien à l’amour que vous lui portez. Dites-lui votre bonheur au travail ! Un enfant aime voir sa mère heureuse.

«Tous les enfants vont à l’école à ton âge, c’est obligatoire.» C’est faux ! L’école n’est pas obligatoire en France. A l’âge de 6 ans, l’instruction devient obligatoire, pas l’école. Vous pourriez tout aussi bien choisir de lui apprendre à lire à la maison. C’est votre choix de préférer l’école, un choix peut-être dicté par vos horaires de travail, mais relevant de vous et non de la loi. Comment s’étonner que nos enfants plus tard nous mentent et fuient leurs responsabilités si nous leur mentons et tentons de reporter la responsabilité de nos choix sur autrui ?

Prévenez toujours !
Rappelez-vous qu’il ne suffit pas d’en discuter une fois pour toutes. Reparlez-en souvent, répétez, même s’il n’aime pas vous entendre parler de cela. Au fur et à mesure que l’échéance se rapproche, les émotions varient.

  • parlez-lui de la personne qui s’occupera de lui.
  • évoquez avec votre enfant ce qu’il fera pendant votre séparation. Il se construit ainsi des repères. Il continue d’exister pendant la séparation.
  • décrivez votre projet. Expliquez. Donnez toujours les vraies raisons de la séparation. Ne mentez jamais et ne faites pas passer pour une obligation important de l’extérieur ce qui est un choix de votre part.
  • parlez de vous, de vos sentiments «Je suis triste de te quitter, tu vas me manquer»
  • écoutez les émotions de l’enfant. Il a le droit de manifester sa colère, sa tristesse ou sa peur.
  • Évoquez le comment de vos retrouvailles

L’apprentissage de la séparation

  • jouez à cache cache
  • lisez des histoires retraçant le départ d’un parent
  • habituez-le progressivement
  • ne partez jamais sans dire au revoir
  1. L’arrivée d’un nouveau bébé

Oui, c’est une sacrée épreuve, dont certains ont du mal à se remettre. Maman est moins disponible, elle s’occupe «toujours» du bébé. Elle est fatiguée, voire épuisée par les nuits sans sommeil. L’aîné doit attendre pour qu’on s’occupe de lui. Il se fait même parfois gronder à cause de ce nouveau venu. Pourtant, il a encore besoin des attentions de sa maman, on lui demande de devenir grand avant l’âge ! On attend de lui tous les efforts, toutes les adaptations, sous le prétexte que l’autre n’est qu’un bébé ! Et puis, on lui avait annoncé un copain de jeux ! Il découvre qu’il ne peut pas jouer, que ce bébé ne sait que pleurer et dormir. Maman le couvre de baisers, il reçoit plein de cadeaux… «C’est pas juste»
Avoir des frères et sœurs est une épreuve, dépassée, elle devient une grande richesse.
Être l’aîné n’est pas simple, le cadet non plus, et ne parlons pas de la position intermédiaire du «moyen»

L’enfant doit faire le deuil de sa position de dernier né, accepter de partager le temps des parents, souvent aussi sa chambre et ses jouets. Il est détrôné… et cela ne va pas sans affect. Il est naturel et normal, voire sain, que votre enfant vous exprime de la colère pour avoir mis au monde un nouveau bébé. Cette naissance peut constituer pour lui une menace de séparation. Il peut être angoissé, se sentir abandonné, avoir peur de perdre votre amour.

«Maman veut un autre enfant = je ne lui suffis pas !» ou «Je suis trop grand, elle préfère un bébé, elle ne m’aime plus»

Les appels à la raison, à la morale, sont inutiles et blessants. Montrez-lui que vous comprenez sa détresse. Écoutez toute la gamme des émotions de votre enfant, accompagnez-le dans ce long travail d’acceptation.
Plutôt que de lui lister les avantages à avoir un frère ou une sœur, faites-lui donc faire la liste lui-même, sans omettre les inconvénients !

Tout le monde peut arriver à s’apprécier suffisamment pour vivre ensemble, à condition que les choses soient dites et les émotions de chacun entendues et respectées.

  1. Les dissensions dans le couple parental

Les enfants souffrent des disputes parentales. Surtout s’ils ne comprennent pas, n’en voient que la surface, ne pénètrent pas les causes profondes. Écoutez-les et parlez-leur. Osez aborder le sujet. Faites-le dans un esprit de respect envers votre conjoint même si vous êtes très fâché contre lui. C’est aussi leur père, ou leur mère.

Tout d’abord écoutez, sans juger, sans prendre parti, sans vous justifier ou excuser votre conjoint, écoutez simplement ce que ressent votre enfant.

«Qu’est-ce que ça te fait quand on se dispute papa & moi ?»
«Ce n’est pas agréable pour toi quand on se fâche maman et moi…»
«Tu es inquiet quand tu nous entends nous quereller. Qu’est-ce que tu te dis dans ta tête ?»

Ne vous justifiez pas. Il n’est pas votre juge, il est votre enfant. Ne ramenez pas les phares sur vous ou sur votre conjoint. Restez centré sur lui. Il a besoin d’un espace de parole. Il a besoin de se sentir important. Écoutez ses sentiments, ses pensées, ses doutes.

Enfin, rassurez-le : ce n’est pas sa faute si vous ne vous entendez pas avec son père ou sa mère et vous l’aimerez toujours.

  1. Vous divorcez

L’adulte oublie que lui a mûri sa décision longuement avant de la prendre. Une séparation implique une profonde transformation de la vie de l’enfant, pourquoi n’aurait-il pas le droit de s’y préparer lui aussi ?

L’expérience montre qu’être mis face à une décision de divorce sans l’avoir vue venir déstabilise davantage que de pouvoir partager avec ses parents. Parlez avec votre cœur, votre enfant se sentira sécurisé. Il verra que vous le prenez en compte. Vous le tenez au courant. Il ne le vivra pas comme une décision hâtive et incompréhensible. Il souffrira, bien entendu, mais il aura la permission de souffrir à haute voix plutôt que d’étouffer son inquiétude dans le silence.

Ce n’est pas pour éviter aux enfant de souffrir qu’on ne leur dit rien mais pour éviter de faire face à leurs émotions… comme à leurs réflexions (im)pertinentes. Nous n’osons pas affronter le regard de nos enfants, leur jugement.

Nombre d’adultes racontent en psychothérapie combien ils ont souffert des dissensions entre leurs parents, de leurs disputes, de leurs jeux de pouvoir, de la souffrance qu’ils s’infligeaient… et leur en veulent de ne pas avoir eu le courage de se séparer, de s’être soumis devant des actes ou des paroles inacceptables., ils leur en veulent de cette image négative du couple. Ils en ont été marqués profondément, cela a rendu leurs relations amoureuses difficiles.

Quand tout a été tenté pour réconcilier le couple, quand l’amour n’est pas au rendez-vous, la séparation peut être libératrice pour tous. La question n’est donc pas de savoir si le divorce est destructeur en soi, mais : «Comment se séparer dans un climat de communication et de respect mutuel ?» C’est l’impossibilité d’en parler ou d’exprimer ses émotions, sa colère ou sa tristesse, ses peurs, qui détruit.

Les enfants sentent mais n’osent pas parler, de peur de faire exploser le non-dit, de peur d’aggraver les choses, voire d’accélérer une séparation effective. Cela ne signifie pas qu’ils n’aient pas besoin d’en parler ! C’est à l’adulte de faire le premier pas.

La séparation est-elle un traumatisme ?
Sauf cas de violence sur lui ou entre ses parents, ou d’abus sexuels à son égard, aucun enfant ne désire que ses géniteurs se séparent. Mais il est important de voir que, une fois devenus adultes, les anciens enfants reprocheront davantage à leurs parents d’avoir continué à s’entre-déchirer, d’avoir vécu une vie de couple morne et sans amour, d’être déprimés ou malheureux, que de s’être séparés. Ce que les enfant du divorce reprochent le plus à leurs parents, ce n’est pas la séparation en elle-même, c’est de ne pas avoir été écoutés, considérés, informés.

Le devoir le plus important que nous ayons envers nos enfants, après celui de les nourrir et de les protéger, est d’être heureux ! Si un divorce peut nous y aider, il sera le bienvenu pour l’enfant. Bienvenu ne signifie pas facile à vivre. Prenez le temps d’écouter ses émotions, et de l’accompagner dans le travail de deuil de sa famille, puis dans la construction de nouveaux liens avec chaque parent.

Comment annoncer une séparation ?

  • prenez le temps et n’annoncez pas tout de go la nouvelle. Parlez de vous, de vos sentiments. Une fois que les choses sont dites, partagez des émotions avec les enfants. N’hésitez pas à pleurer ensemble (sans vous appuyer sur eux pour recevoir une consolation)
  • ne répondez pas par avance à des questions que les enfants n’ont pas posées et que donc ils ne se posent peut-être pas encore. Laissez-les venir à leur rythme. D’où l’importance de leur parler depuis le début.
  • Écoutez-les ! Sans juger, sans vous justifier… Écoutez leur perceptions, ce qu’ils ressentent, ce qu’ils se disent, ce qu’ils imaginent.
  • Accueillez et accompagnez leurs sentiments de colère, de peur, de tristesse. Ce sont des réactions saines et utiles.
  1. L’accident, la maladie, la souffrance

Si nous sommes responsables de notre santé par notre mode de vie, notre nourriture, notre capacité à gérer stress et émotions, nous ne sommes pas tout-puissants. Personne n’est à l’abri de la maladie ou de l’accident.

Un enfant n’exprime que ce qu’il a le droit d’exprimer. Il peut aller jusqu’à apprendre à ne plus sentir la souffrance s’il perçoit que c’est plus confortable pour vous. Il va se replier sur sa douleur, s’insensibiliser.

Abstenez-vous donc de valoriser l’absence de larmes. Si une infirmière lui demande de se montrer fort ou lui ment en lui disant que la piqûre ne fait pas mal, intervenez ! Dites directement à votre enfant qu’il est le seul à être dans son corps et donc le seul à savoir ce qui lui fait mal ou non. Il a le droit de le dire et de le manifester. De même, si un visiteur, que ce soit un ami, votre belle-mère ou votre propre père, lui dit : «Tu es un grand garçon, tu...» Répliquez : «Il n’a pas à prendre en charge les difficultés des adultes à gérer leurs affects ; c’est important de pleurer et de se plaindre quand on a mal.»

S’il est hospitalisé hors de votre présence, expliquez-lui que les autres ne savent pas trop comment se comporter face à la souffrance, et que c’est pour cette raison qu’ils valorisent l’absence d’émotions. Apprenez-lui à rétorquer : «C’est moi qui suis malade, c’est mon corps, c’est moi qui sens ce qui fait mal et ce qui ne fait pas mal, et j’ai le droit d’avoir mal et de le dire

 

Chapitre 10 – Quelques idées pour vivre plus heureux avec vos enfants

  1. Soyez heureux

Les petits apprécient une certaine routine dans le quotidien, ils y trouvent leurs repères. Mais quand leurs parents vivent avec soumission et non avec bonheur «métro, boulot, télé, dodo», ils les regardent et ils se posent des questions. Pourquoi grandir, travailler à l’école et devenir adulte, si c’est pour entrer dans un tel système aliénant ? Nous sommes des modèles pour nos enfants.

Sachons que tous les problèmes auxquels nous refusons de faire face seront à la charge de nos enfants ou petits-enfants. Est-ce vraiment ce que nous voulons pour eux ?
Comment va votre couple ? Comment vous réalisez-vous dans votre travail ? Votre vie a-t-elle un sens ?
N’enterrez pas ces questions, sous peine de voir plus tard vos enfants se débattre avec.

  1. Écoutez

Chaque fois que nous solutionnons un problème à sa place, nous lui enlevons une possibilité de développer son autonomie. Chaque fois que nous lui expliquons quelque chose qu’il sait déjà, il se sent humilié, diminué. Écouter consiste à faire écho à l’émotion pour que l’enfant se sente accepté tel qu’il est et s’entende en profondeur. Il ne s’agit pas tant d’écouter les mots que d’en entendre l’écho affectif.
Il vous raconte une altercation avec un copain ou un professeur, il relate un échec ou anticipe une difficulté, il se plaint de son père ou de son frère ? Écoutez les émotions et non les faits !

Osez laissez raisonner en vous l’écho de son vécu. Inutile de vous mettre à pleurer vous aussi. Il ne s’agit pas de se laisser contaminer par ses émotions ! Votre enfant a besoin de votre compassion, que vous éprouviez ce qu’il éprouve, que vous compreniez ce qu’il vit, non pas avec votre tête mais dans votre cœur, mais il n’a pas besoin que vous sombriez avec lui. Puis, si vous pleurez, il s’interrompra pour ne pas vous blesser !

Les mots que vous pouvez utiliser
C’est dur pour toi de…
C’est difficile…
Je vois que… (tu es triste, ça ne va pas trop bien aujourd’hui)
J’imagine que…
Je comprends que tu dois souffrir de…
Tu es… (triste, en colère, inquiet…)
Tu te sens triste à l’idée de… (ne plus voir votre maison…)
Tu as envie de .. (te venger, ne plus jamais le voir, lui téléphoner…)

Pour l’aider à aller plus loin, posez aussi des questions ouvertes.
Bannissez le «pourquoi» qui peut être vécu comme culpabilisant et qui fait appel à la réflexion plus qu’au ressenti qui nous intéresse, et tentez des questions en termes de «qu’est-ce que», «comment» ou «de quoi». Faites l’expérience, vous verrez la différence.
Qu’est-ce qui se passe ?
Qu’est-ce que ça te fait ?
Qu’est-ce qui se passe pour toi quand…
Qu’as-tu ressenti quand…
Qu’as-tu pensé quand…
Qu’est-ce qui te rend le plus triste ? En colère ? (quand l’émotion est manifeste)
Qu’est-ce qui te manque le plus ?

Quand votre enfant vous a confié suffisamment d’éléments, vous pouvez tenter une reformulation complète
Quand … tu te sens… parce que…
«Quand tu poses une question et que ton professeur te dit que tu es nul, tu te sens en colère parce que tu aurais besoin qu’il t’aide à comprendre.»
«Quand ta sœur reçoit ses copines, tu te sens seule et triste parce que ça te rappelle que ton meilleur copain a déménagé»

Ce n’est que lorsque la situation a été longuement parlée, et toutes les émotions exprimées, que vous pouvez en venir à :
Qu’est-ce que tu imagines comme solution ?
Qu’est-ce que tu peux faire ?
Qu’est-ce que je peux faire ?
Qu’est-ce que nous pouvons faire ?

  1. Communiquez avec le corps, le cœur, la tête, et de personne à personne.

Caresses, bisous
Et massages, chatouilles, bagarres, courses-poursuites où l’on s’attrape… sont d’irremplaçables contacts pour dire «je t’aime», «je t’accepte tel que tu es», et aider l’enfant à construire un sentiment profond de confiance en son corps et en lui, à condition bien entendu de respecter les limites qu’il pose. Cessez immédiatement vos chatouilles et vos bisous quand l’enfant vous demande d’arrêter.

Il est très tentant de chatouiller et bisouiller un petit… Mais le faisons-nous pour notre plaisir ou pour son bien être ? Si notre plaisir rencontre le sien, tout va bien mais dès que ce n’est plus le cas, stop ! L’adulte n’a pas le droit d’utiliser le corps de l’enfant pour son plaisir personnel et il est fondamental que l’enfant sache que son corps est à lui et que ses limites sont respectées.

Rêvez ensemble
Votre fille s’arrête en extase devant une superbe robe de mariée, au lieu de «la ramener sur terre», partez avec elle dans le rêve…. Imaginez :
«J’aurais des fleurs dans les cheveux, il y aurait du soleil et plein de monde… toi tu mettrais cette robe-là, on mangerait des petits fours...»
Les désirs peuvent toujours être parlés, exprimés, ils soutiennent la vie imaginaire. Écoutez leurs rêves et partagez les vôtres.

Parlez de vos sentiments
Parlez de ce que vous ressentez dans votre vie quotidienne. Un sentiment d’injustice au travail ? Une frustration après un coup de fil à votre mère ? Une émotion de révolte parce qu’un de vos amis, trop jeune pour mourir, vient de décéder ? Partagez vos émotions avec vos enfants. Ils se sentiront plus proches de vous et rassurés sur eux-mêmes.

Parlez de tout
Les enfants sont plus intelligents qu’on ne le croit, ils nous surprennent par la pertinence et la sagesse de leurs réflexions et pourtant nous leur dissimulons nombre de choses sous prétexte que ce n’est pas de leur âge.

Communiquez d’âme à âme
N’oubliez pas de voir parfois en vos enfants autre chose que vos enfants. Ce sont des personnes à part entière, qui ont une existence propre, un destin propre. Vous les rencontrez dans cette vie, vous avez même une mission, une fonction auprès d’eux, mais ils ont leur individualité.

«Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles
De l’appel de la vie à elle-même
Ils viennent à travers vous, mais non de vous
Et, bien qu’ils soient avec vous,
ils ne vous appartiennent pas.»

Khalil Gibron, Le Prophète

  1. Sentez votre bonheur d’être parent

Entourez-vous de photos et de dessins pour entretenir le souvenir de votre amour pour eux, pour réveiller votre tendresse endormie quand ils tachent le canapé, refusent de débarrasser la table ou ont de mauvaises notes à l’école.

Happés par les tâches du quotidien, la lessive, le ménage, la cuisine, les devoirs… nous oublions parfois que nous sommes heureux de vivre ensemble. Tous les parents le disent, l’enfant, ça passe vite, trop vite. Ne ratons pas la rencontre !

Il sera toujours temps de briquer la maison plus tard, quand ils seront partis et que nos quatre murs nous paraîtront bien vides sans cris et rires…

 

Conclusion

Les émotions ne sont pas dangereuses. Elles ne sont pas seulement le sel de l’existence, mais son essence même. Chaque fois que vous faites taire votre cœur ou celui de votre enfant, chaque fois que vous hésitez à faire confiance à votre voix intérieure, chaque fois que vous n’écoutez pas ce que tente de vous dire votre enfant, vous limitez votre propre vie et la sienne.

La fin est dans les moyens disait le Mahatma Gandhi. Écoutons nos enfants pour qu’ils sachent écouter. Respectons-les, ils sauront respecter autrui. Acceptons de sentir libérer et de libérer nos propres émotions, nous ne leur projetterons plus nos souffrances et sauront accepter les pleurs. Accompagnons-les sur la route d’eux-mêmes en suivant les étapes de la croissance. Aidons les à exprimer ce qu’ils ont en eux, à avoir conscience de leur identité, confiance en leurs capacités, en leurs goûts, désirs et besoins… En un mot, aidons-les à sentir, nommer et utiliser leurs émotions.

Se préoccuper des émotions est quelque chose de très nouveau. Respecter les enfants et les considérer comme des personnes est aussi quelque chose de très nouveau. Ne nous culpabilisons pas de ne pas toujours y arriver.

Nous devons modifier nos structures sociales pour donner aux parents davantage de moyens et de soutien.

 

Bibliographie :

Il me cherche
J’ai tout essayé
Il n’y a pas de parent parfait
Au cœur des émotions de l’enfant
Maman, je ne veux pas que tu travailles

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