Ecrans : quand le virtuel prend trop de place

Les écrans, qu’ils soient sous forme de smartphone, de tablette, d’ordinateur ou de télévision, sont de plus en plus présents dans notre société.

Sans les diaboliser ni les idéaliser, il est important d’avoir conscience qu’une utilisation trop importante chez le jeune enfant peut avoir des conséquences néfastes : perte de sommeil, troubles du comportement et de l’attention, prise de poids …

Il serait stérile de vouloir se passer des écrans, omniprésents. Alors apprenons à nos enfants à les utiliser, comme des outils, et prévenons une exposition massive et précoce des bébés et des jeunes enfants à tous les types d’écrans.

La règle 3-6-9-12

A cette fin, l’éminent psychiatre français Serge Tisseron a imaginé une règle simple accessible à tous : la règle «3-6-9-12» comme une façon de répondre aux questions les plus urgentes en rappelant aux parents, sous une forme facile à mémoriser, quatre repères :

  • 3, cela signifie éviter de mettre un enfant de moins de 3 ans devant la télévision
  • 6, ne pas lui offrir une console de jeu personnelle avant 6 ans
  • 9, l’accompagner sur internet entre 9 et 11-12 ans
  • 12, ne pas le laisser se connecter de façon illimitée lorsqu’il est en âge de surfer seul

Pour Serge Tisseron, le remède au «trop d’écrans» n’est pas dans la dénonciation et la culpabilisation des usagers, mais dans la redécouverte des multiples formes du lien social, et dans notre capacité d’y associer nos enfants au sein de projets créatifs et socialisants.

 

3-6-9-12-affiche-1

Quant aux programmes qui se disent éducatifs, les jeunes enfants ne retiennent pas les mots nouveaux qu’ils entendent si un adulte ne pointe pas du doigt l’objet en question. Des études menées par Serge Tisseron ont montré que les enfants qui passent beaucoup de temps devant la télé ont un vocabulaire moins développé que les autres qui vont passer plus de temps à lire ou à discuter avec leur entourage.

C’est pourquoi, en 2007, Serge Tisseron, en association avec le CIEM* (Collectif Interassociatif de l’Enfance et des Média, créé en 2001, qui regroupe les associations nationales familiales d’éducation populaire, de parents d’élèves, de syndicats d’enseignants, et des chercheurs sur les médias et l’enfance. ), s’est opposé aux chaînes destinées aux enfants de moins de 3 ans,, comme Baby first ou Baby tv, soulignant le fait que les enfants de cet âge ont besoin d’explorer le monde avec tous leurs sens pour se développer harmonieusement.

Pour Sophie Jemel, chercheur en communication : «Avant 2 ans, c’est le développement psychomoteur et affectif qui est vital. Toucher, découvrir, crapahuter, être câliné… Certainement pas de rester seul, passif, pour s’assoupir au bout d’une heure de dessins animés… »

Suite à cette pétition, qui a obtenu près de 30 000 signatures, les distributeurs sont désormais obligés d’écrire le message d’avertissement suivant : «Ceci est un message du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et du Ministère de la Santé : regarder la télévision peut freiner le développement des enfants de moins de trois ans, même lorsqu’il s’agit de chaînes qui s’adressent spécifiquement à eux».

La richesse du monde réel

Tout ce qui se trouve dans le monde réel, matériel, ne peut être remplacé par les images présentées à la télévision ou sur les différents écrans désormais présents autour de nous. Il en va de même à l’école : les écrans ne peuvent remplacer un débat entre élèves ou avec le professeur, les échanges d’informations, la coopération ainsi que ce que le lien social procure. Le rapport international Pisa de septembre 2015 écrit dans ce sens : «Les pays ayant consenti d’importants investissements dans les TIC dans le domaine de l’éducation n’ont enregistré aucune amélioration notable des résultats de leurs élèves en compréhension de l’écrit, en mathématiques et en sciences.».

Les écrans sont un outils intéressants, mais ils sont loin d’être indispensables dans les apprentissages nécessaires à l’épanouissement de l’enfant. En effet, tout ce dont a besoin l’enfant se trouve dans la nature, dans les livres, ou dans le lien social.

Une utilisation raisonnée

Les adultes ont souvent l’impression que les écrans attirent l’attention des enfants, ce n’est pas totalement faux : cette activité agit sur les circuits cérébraux de la récompense, décharge de fortes doses de dopamine et rend tout simplement les enfants «accros». S’ils en redemandent, ce n’est pas forcément parce que c’est bon pour eux, mais parce qu’ils sont désormais dépendants de ce «plaisir facile». C’est à nous donc de rester très vigilants et de contrôler l’utilisation de ces écrans. Il est important de les éloigner autant que possible, lorsqu’ils sont jeunes, des écrans (télé, ordinateur, tablette, smartphone…) qui abîment leur système attentionnel, perturbent la qualité de leur sommeil, et les dévient des activités qui leur sont réellement constructrices.

Renouer avec la nature

Reconnecter les enfants à la richesse du monde réel, c’est également leur permettre de se reconnecter à la nature. Ils passent tant de temps enfermés entre quatre murs, séparés d’une nature abondante, les yeux fixés sur un écran, qu’ils sont aujourd’hui capables d’identifier plus d’un milliers de logos d’entreprises, mais moins de 10 plantes originaires de leurs régions. Reconnectons nos enfants avec une nature à laquelle ils appartiennent et sans laquelle leur survie serait impossible. Il est aujourd’hui indispensable que le jeune humain puisse grandir en comprenant, sensoriellement et intuitivement, les grandes lois de notre planète, pour que, une fois adulte, il sache vivre en utilisant ses ressources naturelles de manière respectueuse et durable.

Imaginez bien que tout le temps passé derrière un écran est du temps perdu pour apprendre réellement quelque chose par le biais enthousiaste du lien humain, de l’expérience individuelle et du lien avec la nature.

Ne bannissons pas les écrans de nos vies et de celles de nos enfants, mais apprenons à les utiliser consciencieusement tout en gardant en tête l’importance des interactions avec le monde réel.

Une petite anecdote : Steeve Jobs, le fondateur d’Apple, multinationale américaine qui conçoit et commercialise des produits électroniques, a  confié à un journaliste dans un article du New York Times que ses enfants n’avaient pas de tablette.

Louise Payet

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