Conférence d’Isabelle Filliozat «Au cœur des émotions de l’enfant» – 2017

Conférence réalisée sous forme de questions réponses

Que faire quand un enfant se réveille toutes les nuits, terrorisé ?

Prendre l’enfant dans les bras. Le câliner. Se demander quel est le soucis ? Quelle est la source ?
Les causes possibles sont multiples :
-un accouchement difficile. Il peut être difficile pour le parent de faire le deuil de l’accouchement idéal.
Il faut expliquer à l’enfant «Ta maman a eu drôlement peur, donc toi aussi tu as du avoir peur à ce moment là.»
-des bactéries dans les intestins qui se réveillent la nuit. A-t-il des selles normales ? Mange-t-il de tout ? Il y a beaucoup de pleurs entre 0 & 4 mois qui sont liés à des bactéries spécifiques et la prise de probiotiques peut suffire.
-un problème dans le cerveau : une séance de neurofeedback peut être suffisante (technique thérapeutique, issue de la science de la modélisation des cellules et des neurones du cerveau; elle utilise un processus d’apprentissage pour entraîner le cerveau à modifier et à réguler son activité cérébrale. )

Que faire face à un enfant qui pleure systématiquement lorsqu’il rencontre une contrariété ?

Si c’est systématique, ce n’est plus une émotion. Une émotion est une réaction physiologique de l’organisme qui nous aide à nous adapter à l’environnement.
Un danger déclenche la peur. Une frustration déclenche la colère. Etc.. Cet enfant a certainement appris à dissimuler sa colère sous une autre émotion, socialement plus acceptable. Or la colère nous aide à nous réparer et c’est une émotion importante.
Ces pleurs sont donc une réaction émotionnelle parasite : les pleurs sortent pour toute émotion.
Idées : lui proposer de faire le ninja sur une feuille de papier (préalablement légèrement déchirée pour éviter que l’enfant ne se coupe), jouer à la bagarre, taper des pieds…

Comment accompagner un enfant l’arrivée d’un petit frère ou d’une petite sœur ?

Un enfant se croit omnipotent, dieu en quelque sorte. L’arrivée d’un autre enfant contrarie ses plans. De plus, les adultes lui mentent «Tu vas pouvoir jouer avec lui…» Oui, mais ce qu’on ne dit pas c’est qu’il va falloir beaucoup de temps avant qu’il puisse jouer avec son petit frère ou sa petite sœur. Et que papa & maman auront moins de temps pour l’aîné.
Comment préparer l’enfant ? Ne pas lui mentir et lui dire que cela va être dur. Lui rappeler souvent qu’on l’aime. Le prévenir «Ça va être un peu dur, tu auras parfois l’impression que je t’aime moins car j’aurai moins de temps à te consacrer ; mais si c’est le cas, viens me le dire tout de suite car ce n’est pas du tout ce que je veux.» «Quelque fois je serai occupé(e) avec le bébé et tu te sentiras frustré(e)»
Nommer les différentes émotions par lesquelles il/elle pourra passer.

Ma fille de 2 ans ½ se balance sur sa chaise en me disant plusieurs fois qu’elle veut se casser la tête.

Cela peut être dû à une souffrance physique et il faut alors rechercher la cause. Ou peut-être cette petite fille l’a entendu quelque part et c’est un moyen pour elle de dire à sa maman ce qui ne va pas.
Lui poser des questions «Pourquoi tu voudrais te casser la tête ? Qui t’a dit ça ?»
Elle l’a peut être entendu à la crèche «Ne te balance pas tu vas te casser la tête». Et les jeunes enfants ont besoin d’expérimenter les règles. Il est donc dangereux de formuler des interdits car la réflexion est encore sensori motrice : l’enfant a besoin d’expérimenter la consigne.

«Ne pensez pas à une girafe»

Il a 5 ans et ne veut pas s’approcher des autres, il ne joue qu’avec ses copains habituels.

Cet enfant ressent peut-être de la pudeur. Mais à cet âge là c’est tout à fait naturel : je reste là où je suis en sécurité, où je sais faire. Si ce n’est pas le cas, j’attends, j’observe.
Il faut faire attention aux enfants trop confiants car ils ne voient pas les dangers. Tandis que l’enfant «anxieux» se demande quel chemin il est plus judicieux de prendre.
Il a peut être un problème de vue et cela impacte sur sa relation aux autres.
Dans tous les cas, on reste cohérent et on ne force pas un enfant à parler à un inconnu. En revanche, on peut lui apprendre la rencontre «C’est vrai, je t’ai dit de ne pas dire bonjour aux inconnus, et cette dame tu ne la connais pas. C’est Madame …»
Un enfant a besoin de temps pour savoir quel type de rapport il peut avoir avec la personne rencontrée.

Ne mettons pas d’étiquettes (anxieux, timide…) aux enfants car elles ont tendance à coller !

Comment aider un enfant à sortir d’une tempête émotionnelle ?

L’expression d’une émotion dure 1 minute. Si cela dure plus longtemps, ce n’est pas une émotion mais une réaction émotionnelle parasite ou un excès de stress et cela ne se gère pas pareil. Si c’est une émotion, j’écoute l’émotion.
Processus de l’émotion : charge – tension – décharge – relaxation .
Le plus souvent, nous appelons émotion ce qui est la libération de l’émotion. Quand l’enfant pleure, crie, il est en train d’exprimer et de libérer l’émotion.
Différentes causes possibles aux tempêtes émotionnelles : trop de stimulations au cours de la journée (exemple : mariage), pas assez de carburant…
Réponse en urgence : prendre l’enfant dans les bras. Il va d’abord se débattre puis s’apaiser.
Pourquoi prendre dans les bras ou regarder tendrement un enfant ? Pour permettre la sécrétion de l’ocytocine, l’hormone de l’amour. Une fois que l’enfant est calmé, l’inviter à se tourner vers le monde extérieur «Tiens, un papillon..
Dès qu’une émotion est accueillie, elle s’arrête.
Le stress peut durer plus longtemps : proposer câlin, de taper des pieds, de souffler dans un verre ou un ballon…
Au lieu de gérer la crise, évitons la. Exemple au square, au moment de rentrer à la maison, proposer un jeu «Et si on rentrait à la maison comme si on était des éléphants ?!» Jouons avec les enfants !
Une autre cause possible : l’alimentation. Il est écrit sur certains bonbons, mais aussi raviolis, plats préparés, surgelés… «Peut avoir des effets indésirables sur l’activité et l’attention chez les enfants.» Une crise peut arriver dans l’heure qui suit l’ingestion de tels aliments. Ce ne sont pas toujours les émotions qui sont à l’origine des crises et c’est donc à nous de faire attention à l’alimentation (à la maison mais aussi à l’école) de nos enfants.

Pour conclure

Il pleure, que dit-il, de Priscilla Dunstan.
Priscilla a l’oreille absolue, elle est musicienne et était capable de rejouer un morceau de Mozart, dès la première écoute, dès son plus jeune âge.
A la naissance de son fils Tom, elle s’est aperçue que ses pleurs lui indiquaient ses besoins : faim, sommeil, douleurs liées aux coliques…
Excitée par sa découverte, elle s’est mise à écouter d’autres bébés, puis à entreprendre des études cliniques pendant dix ans sur des populations variées : australiens, américains, afro-américains, asiatiques, aborigènes….et a pu constater que sa découverte était universelle :
-Les bébés pleurent pour exprimer leurs besoins.
-Chaque pleur est distinct.
-Les pleurs sont déclenchés par des mouvements réflexes du corps, qui va provoquer un certain type de son.
Il faut savoir que cette écoute est particulièrement utile dans les premiers mois de l’enfant, de la naissance à environ 4 mois.

Les sons à repérer dans les pleurs sont décrits dans son livre Il pleure, que dit-il ? puis l’auteure explique comment les bébés les produisent, avant de proposer diverses techniques d’apaisement.

L’interview de Priscilla Dunstan par Oprah Winfrey  ici .

N’ayons pas peur des émotions, ce sont seulement des efforts d’adaptation.

La conférence dans son intégralité ici.

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