J’ai tout essayé – Isabelle Filliozat

 

Editeur : Marabout
Date de publication originale : 2011
Date de publication : 2013

Collection : Enfant – Education
Auteur : Isabelle Filliozat

Psychothérapeute et conférencière, Isabelle Filliozat est l’auteure de nombreux livres.
Elle est également f
ormatrice en relations humaines et communication.

«Tous les adultes ont été des enfants un jour, même si peu s’en souviennent.»

Antoine de St Exupéry

«J’ai tout essayé.» J’ai tant entendu cette phrase. Elle signifie : j’ai utilisé toute la batterie de mes automatismes pour tenter de réprimer le problème. Il m’a paru utile de faire un livre permettant tout d’abord de mieux identifier la source des difficultés, puis présentant des options auxquelles souvent nous ne pensons pas dans le feu de l’action.

 

Mode d’emploi
Ne nous croyez surtout pas ! Ce livre ne présente pas de vérité. A chacun d’observer, de sentir, d’expérimenter.

Quand on s’est arcboutés pour pousser une porte, il peut être déconcertant de découvrir qu’il suffisait de la tirer pour qu’elle s’ouvre. Là est un peu le propos de cet ouvrage, analyser le sens d’ouverture plutôt que d’y aller en force.

Nous verrons comment remplir le réservoir d’amour de nos chérubins et nourrir leur sentiment de sécurité. Une sécurité sur la base de laquelle nous pourrons construire notre éducation.

Certains enfants marchent à 9 mois, d’autres à 18. Certains manient un langage très élaboré à 22 mois et d’autres ne commencent à construire des phrases qu’à 3 ans. Dans tous les domaines de la croissance, les variations individuelles sont naturelles et non pathologiques.

 

  1. Un enfant, c’est plus compliqué qu’une plante verte.

Qu’est-ce qu’un caprice ?
Est-ce vraiment de la «comédie»? Ces attitudes, somme toute si typiques, sont-elles des «caprices», c’est-à-dire des exigences futiles, ou s’agirait-il de conduites compréhensibles étant donné l’évolution de leur cerveau ?

Vous voulez des enfants calmes, tranquilles, sages, qui ne crient ni ne pleurent jamais ? Ce n’est pas possible. Vous voulez éradiquez les caprices ? C’est possible !

Que se passe-t-il ?
Les caprices, nous allons le constater tout au long de ce livre, sont en réalité des réponses du cerveau de l’enfant à des situations trop complexes pour lui.
Alors, explorons ensemble ce qui peut se passer pour l’enfant.

Son réservoir d’amour est-il plein ?
Quand les besoins de contact de l’enfant ne sont pas suffisamment remplis, ses circuits cérébraux sont en manque. Crises de rage, de pleurs pour un rien, comportements excessifs sont autant de manifestations de détresse du système nerveux. Échanger des «je t’aime», faire un câlin ou jouer ensemble, charge l’organisme en ocytocine, l’hormone du bonheur. L’enfant, comme le parent, se sentent pleins, heureux, rassasiés.

Consacrer, ne serait-ce que dix minutes par jour de pleine disponibilité à votre enfant, pour le nourrir d’affection et de tendresse, vous assurera des soirées plus tranquilles.


Le contact physique
Tous les humains ont besoin d’ocytocine, cette hormone qui se libère dans le contact physique, détend et donne une sensation de sécurité et de bonheur.

Mais tout n’est pas manque d’amour… Les crises des petites de 1 à 3 ans peuvent être directement liées à leur état physiologique.

Depuis quelques années, nous avons tendance à tout «psychologiser», interprétant le moindre comportement déviant comme une demande d’attention, une lutte, une prise de pouvoir, la réalité est souvent bien plus simple.

La faim modifie la glycémie dans le cerveau, la soif, le manque de sommeil, être trop couvert, l’envie de faire pipi ou caca, l’excès de stimulation mais aussi le manque de mouvement, inondent le cerveau et le corps d’hormones de stress.

Crises de rage et autres tempêtes émotionnelles
Le système nerveux de l’enfant, surchargé, déclenche une réaction de décharge des tensions accumulées à laquelle les anglophones ont donné le nom évocateur de «tantrum». Vous lui demandez de se calmer, mais cette crise EST sa manière de se calmer. Tout de suite après, l’enfant est souvent détendu, à la stupéfaction parfois du parent qui interprète que ce n’était qu’une comédie.

L’alternative «céder/ne pas céder» est un piège. Dans les 2 cas, le besoin de l’enfant est nié. Un supermarché sature rapidement les capacités d’un petit. Il y a trop de couleurs, d’objets, de sons, sans compter les tensions dans l’environnement, l’énervement de l’adulte, voire… l’inactivité quand il doit, de plus, rester assis dans le caddie.

«Quand je fais une crise de rage, maman, je n’ai besoin de rien d’autre que d’être contenu, calmé, sécurisé face à cette tempête nerveuse qui m’envahit et me fait peur. Si tu me tiens tendrement et solidement pendant que je cris ça va m’aider. Même si je me débats très fort, tiens-moi bien. S’il te plaît, maman, ne m’achète pas les bonbons, mais enseigne-moi à conduire mon cerveau.»

Il est paradoxal de s’énerver en demandant à un enfant de se calmer. Le contenir avec tendresse et solidité déclenchera une sécrétion d’ocytocine, une hormone qui l’aidera à se calmer, et à développer les voies de communication neuronales qui l’aideront à gérer ses émotions toute sa vie.

Elle ne tient pas en place
Nombre d’adultes considèrent le besoin de mouvements comme une demande d’attention ou une marque de désobéissance. S’il est parfois vrai qu’un enfant cherche de l’attention, le plus souvent, il a simplement besoin de … MOUVEMENT !

Rester tranquille dans une file d’attente, dans les embouteillages, au restaurant, ou pire trois heure dans un train… est au-dessus des capacités neuronales d’un enfant entre 2 & 6 ans.

Lui donner un objectif, une occupation nourrira les besoins de son cerveau efficacement.

Résumons-nous
Il pleure, il fait une crise, il a un comportement inapproprié ?
Il s’agit :

  • d’une recherche de stimulation : orienter ses activités de manière à ce qu’il trouve les stimulations dont il a besoin dans un comportement approprié.
  • d’un comportement d’appel : identifier le besoin et le satisfaire ou le nommer s’il n’est pas possible de le satisfaire de suite.
  • d’une décharge de tensions : accueillir les pleurs ou les cris, contenir les mouvements désorganisés qui peuvent le blesser, absorber son stress et lui restituer du calme intérieur. Ce n’est rien de tout cela ? C’est peut-être :
  • une réaction à une attitude inadaptée de notre part
  • un comportement naturel de son âge !

C’est de son âge !
Faire ce que maman vient d’interdire en la regardant dans les yeux à 15 mois, avoir peur du noir à 3 ans et mentir à 4 ans, son des comportements pas faciles à vivre, certes, mais NATURELS et NORMAUX !

 

  1. De 12 à 18 mois : la période du non des parents

Quand le tout-petit commence à crapahuter et toucher à tout, les parents font leur «période du NON» bien avant les bambins !

Dire «Stop» plutôt que non
Un enfant de un an touche à tout sans avoir conscience ni du danger ni de ce qui est permis ou pas.

Les limites que nous posons nous paraissent évidentes. Elles sont loin de l’être pour le tout-petit, qui n’en saisira le sens que vers 4 ou 5 ans. Alors il nous regarde attentivement pendant qu’il agit… Et nous prenons cela pour de l’insolence !

Préférez dire «Stop !», un mot bien plus efficace et moins ambigu. Quand vous dites NON, c’est souvent sur un ton de reproche et en fronçant les sourcils, tandis qu’en disant STOP, vous ouvrez les yeux et votre ton est impératif sans être blâmant, vous interrompez un mouvement.

Le plus souvent, les enfants de cet âge cherchent par le regard l’autorisation du parent, avant de toucher un nouvel objet. C’est le moment de dire stop, puis d’expliquer en mettant des mots simples sur l’interdit, sans vous attendre pour autant à ce qu’il mémorise tout !

Il ignore les règles, ne respecte ni limite ni interdit !
-Avant 3 ans, les règles ne sont que des mots sans lien concret avec leurs actes.
Il a l’air contrit ou pris en faute ? Ce n’est que parce que vous froncez les sourcils ou faites la grosse voix. Il ne comprend pas la notion même de faute. En revanche, il n’aime pas du tout vous voir fâché et peut alors, en bon scientifique, recommencer immédiatement l’expérience pour vérifier et comprendre votre réaction.
– Son cerveau ne peut pas retenir 2 informations ou idées en même temps. Si vous voulez qu’il agisse, une commande à la fois !
-Dans le cerveau des enfants de moins de 4 ans, les zones des impulsions (agir, aller vers) et celles de l’inhibition (s’empêcher d’agir, stopper) ne sont pas encore bien connectées.
-Explorer ses nouvelles compétences est une priorité.
-Son cerveau ne traite pas bien la négation.

Vous lui simplifierez la vie en lui indiquant ce qu’il peut faire et non pas ce que vous ne voulez pas qu’il fasse. De plus, il vit dans le présent, inutile d’imaginer qu’il s’en souviendra longtemps.

Il fait exactement ce que je viens de lui interdire, en me regardant dans les yeux.
Avant l’âge de 2 ans, l’intelligence de l’enfant est principalement «sensori-motrice», c’est-à-dire qu’elle passe par ses sensations physiques et ses mouvements. Faire le geste interdit, c’est utiliser son intelligence pour assimiler la consigne verbale, comme pour se la redire avec son corps !

Il veut tout, tout de suite
Un enfant de moins de 2 ans ne peut se représenter le futur. «Tout à l’heure», «dans 10 minutes» sont une éternité, il n’a pas encore acquis les repères temporels qui lui permettront de se faire une idée de ces durées relatives. Le sachant, vous comprenez mieux son apparente impatience !

Les enfants n’ont pas besoin qu’on leur donne tout, tout de suite, mais qu’on leur signale très vite les avoir entendus. Quand on ne leur répond pas ou que l’on punit leur comportement de demande, ils pleurent de colère ou se mettent en retrait. Nous leur reprochons d’être dans le tout ou rien, mais leur cerveau ne leur permet pas encore de relativiser.

Il montre du doigt et veut toujours tout
Pourquoi interpréter forcément du désir quand il montre un gâteau ou un nounours dans une vitrine ? Il le reconnaît ! Il mérite tout autant de félicitations que lorsqu’il reconnaît la girafe du livre !

Il est tombé et me regarde avant de pleurer
Il ne pleure pas parce qu’il a vu que vous le regardiez, cela lui demanderait des capacités de dissociation qu’il n’a pas encore. Votre enfant est un mammifère. Certes, il n’y a plus de prédateur, mais il ne le sait pas encore et le programme est inscrit dans ses circuits cérébraux. Tout mammifère attend sa maman avant d’exprimer sa détresse à grand bruit. En l’absence de maman, mieux vaut ne pas trop se manifester. Quand maman (=sécurité) revient, on peut décharger les tensions accumulées. Le même processus est à l’œuvre quand votre petit est infernal avec vous le soir alors que tout s’est divinement bien passé à la crèche.

Pleurs et colères sont parfois (souvent) de simples décharges de tension confiées à la source d’amour inconditionnel : maman. Ce comportement continuera pendant encore bien des années, pensez-y quand votre adolescent hurlera sa fureur contre vous. N’oubliez pas que vous êtes le réceptacle privilégié de ses souffrances non parce que vous n’avez pas d’autorité mais parce qu’il est en sécurité avec vous.

Il se réveille la nuit !
Quand l’enfant pleure pour qu’on ne le laisse pas seul la nuit, c’est une réaction du système hormonal situé dans le cortex mammalien. Il agit comme n’importe quel mammifère. L’anxiété est physiologique et non pas seulement psychologique. Les scientifiques ont pu le vérifier grâce à l’imagerie IRM. Il est très difficile pour l’enfant de le gérer seul ! Pleurer EST sa ressource.

Se réveiller 2 ou 3 fois par nuit à la fin de la première année est fréquent. A cet âge, le tout-petit fait énormément d’apprentissages. Pendant le sommeil, les neurones s’activent, se relient, pour intégrer l’expérience acquise dans la journée.

«Je vais te faire un massage. Tu es inquiet en ce moment. C’est vrai que papa et moi ne sommes pas très disponibles ces temps-ci

 

  1. De 18 à 24 mois : la période du non des enfants

Affirmer «Je ne suis pas toi, je ne suis pas ton prolongement, je suis moi» est nécessaire au développement de sa conscience de lui-même, de sa confiance en sa personne propre et de son autonomie.

La phase du non systématique peut ne durer qu’une semaine, juste le temps de vérifier «Je ne suis pas toi, j’ai le droit d’être moi». L’opposition ne s’installe que si le parent refuse la différenciation. L’enfant doit alors protéger sa toute nouvelle et encore fragile identité. Il ne veut pas rester le bébé (l’objet) de maman, il veut grandir (devenir sujet). Le véritable besoin de cette période n’est pas de s’opposer mais de se différencier.

Comment éviter de donner des ordres

  • installer des associations : bottes quand c’est mouillé… pyjama pour la nuit…
  • installer des routines, des suites de gestes
  • poser des questions, faire réfléchir
  • mettre l’enfant en position de décider ne serait-ce qu’une petite chose
  • donner des informations
  • donner des choix permet aussi à l’enfant de se sentir décideur et de dire JE
  1. De 24 à 30 mois : de l’ordre, dans l’ordre, pas d’ordres !

Occupé à travailler à sa représentation interne du monde, le petit enfant, même de quelques mois, éprouve comme une nécessité à ce que les choses soient à leur place.

Décrite par Maria Montessori, médecin et célèbre pédagogue, la période sensible de l’ordre débute au milieu de la première année. Trop petit pour agir ou parler, le bébé utilise le seul message à sa disposition : les pleurs ! Confondu avec un caprice, le besoin d’ordre passe alors souvent inaperçu.

A partir de 18 mois, le bambin remplace le bibelot. La grande nouveauté à 2 ans est l’émergence des représentations mentales : il peut voir des images dans sa tête. L’extérieur doit ressembler à l’intérieur, sinon… c’est le chaos !

Les parents ont une fâcheuse tendance à interpréter les commentaires des enfants comme des demandes, voire des exigences. Remarquer le processus aidera davantage le cerveau de l’enfant à intégrer la spatialité.

Il refuse de manger et/ou joue avec la nourriture
A moins d’un stress important, ou d’une relation très conflictuelle avec vous, votre enfant se nourrit de ce dont son corps a besoin.

Il ne veut RIEN manger ? Il se peut que cela n’ait rien à voir avec la nourriture. Là encore, il se peut que le processus (la manière) soit plus important que le contenu (la nourriture). Ce n’est peut-être pas le contenu de l’assiette que l’enfant refuse, mais la manière dont elle lui est servie…

Françoise Dolto conseillait de donner à manger aux petits de 2 ans de petites quantités toutes les 2 heures. Les quantités de chaque aliment (légumes, protéines, féculents…) sont à évaluer à la semaine et non à chaque repas.

Il dit des gros mots
C’est la preuve de l’émergence de l’imitation différée ! Peu à peu le cerveau coordonne les représentations internes. L’enfant voit ou entend, et construit dans sa tête une image du geste vu ou du mot entendu, pour le reproduire plus tard. Il intériorise les comportements de ses parents mais aussi des autres adultes ou des enfants, et pas que les bons ! En fait, il a tendance à reproduire surtout ce qui était étrange ou émotionnellement saillant, ce qui lui a fait peur ou l’a fait rire.

Une réaction disproportionnée est un renforcement. Le renforcement est une conséquence qui a tendance à augmenter la fréquence d’apparition d’un comportement.

 

  1. 2 ans et demi à 3 ans : moi, moi… je veux, tout seul !

TOUT SEUL ! Peu après la phase du non, vers 2 ans et demi, survient celle du «tout seul». L’enfant veut expérimenter ce dont il est capable. Il veut s’habiller seul, manger seul…

En faisant les choses à sa place, par manque de temps, pour vous simplifier la vie ou parce que vous pensez qu’il ne va pas y arriver, vous lui retirez la possibilité d’exercer ses nouvelles compétences motrices et la joie de réussir. Alors il s’insurge !

«Je veux !»
Même quand il dit «je veux» avec insistance, cela ne signifie pas forcément ni qu’il veuille tout de suite, ni même qu’il désire véritablement l’objet ! Non seulement il ne maîtrise pas encore bien l’emploi du conditionnel, mais un enfant use du verbe vouloir pour toutes sortes d’autres mots qu’il ne maîtrise pas encore comme penser, croire, imaginer, voir dans sa tête…

L’enfant n’a besoin le plus souvent que de cela, que son envie soit reconnue. Nos envies définissent les contours de notre sentiment d’identité.

 

  1. 3 ans : ensemble


C’est une période de formation intense de synapses (connexions de neurones) dans le centre de la parole et dans le lobe frontal. L’enfant développe la sensation d’un moi. Il dit JE, devient capable de se décrire lui-même et de raconter ce qu’il ressent. Une fois le JE acquis, il passe au NOUS. Faire avec, s’identifier, l’enfant de 3 ans éprouve du plaisir à se conformer. Mais pas toujours…

 

7.3 ans et demi & 4 ans : naissance de l’imaginaire, merveilles et cauchemars

Quand la lumière décline et projette des ombres, il voit des méchants ou des dragons dans les rideaux ou dans les replis de la couverture au bout de son lit. Les monstres hantent ses nuits.

Son imaginaire explose, mais à 3 ans et demi, ce qui est dans sa tête est pour de vrai et le terrorise.

Ses émotions prennent la forme d’images. Les monstres incarnent la violence dont il a peur.

C’est une période pendant laquelle il est utile de lui rappeler que parfois on se sent en colère contre quelqu’un et qu’on peut se sentir méchant, alors qu’en réalité, on est simplement fâché et qu’on a le droit de le dire.

Le soir avant de dormir, vous pouvez lui proposer :

  • de parler de ce qui a été difficile dans la journée
  • de dessiner sa journée et de mettre les soucis sur le papier, avant de dormir
  • de confier ses soucis à une poupée à soucis

Il a fait un cauchemar ? Il peut :

  • dessiner le monstre (et ainsi le maîtriser)
  • offrir un cadeau au monstre (si, si !)
  • terminer le rêve en faisant intervenir un héros qui le sauve
  1. 4 ans : pouvoir, règles et image de soi

S’il a pu suivre les règles d’un jeu quand il était plus petit, à 4 ans, il découvre que les règles ne sont que des conventions. Quel que soit le jeu, il invente ses propres règles. Et même si, clairement, il déteste perdre, gagner n’est pas sa seule motivation. Il suivra volontiers la règle du jeu officielle vers 5, 6 ans (et la fera respecter à la lettre dès qu’il saura lire)

En attendant, il explore le concept même de règle, à quoi elle sert, comment elle opère, comment elle peut être modulée, qui et pourquoi la décide…

 

  1. 4 ans et demi à 5 ans : conscience de soi et difficultés de la socialisation

L’enfant de cet âge traverse souvent une période pudique. Paraître nu devant un inconnu est une intrusion dans sa sphère intime. Il a besoin de tisser un lien personnel avec le médecin avant de se dévêtir. Il ne supporte pas d’être un objet et il a bien raison.

 

  1. Poser des limites

En 2011 encore, lorsqu’une personne évoque l’inutilité des fessées et des punitions, la réaction est immédiate et virulente : «Mais il faut bien poser des limites !» Comme s’il s’agissait d’une évidence et comme si fessées et punitions posaient des limites.

Poser des limites autrement :

  • refuser en accueillant l’émotion
  • donner des consignes plutôt qu’interdire
  • responsabiliser plutôt que culpabiliser
  • donner des informations

Le pouvoir de la description
Quand on dit «C’est bien» à un enfant, non seulement cela souligne que cela aurait pu être «mal» mais il ne mémorise pas l’action. Il mémorise sa fierté et la tension liée au risque d’échec. L’enfant est sous le jugement du parent, son cerveau frontal n’est pas mobilisé.

En revanche, si on décrit ce qu’on a vu «J’ai vu comme tu as passé le ballon à Jeremy», l’enfant revoit mentalement l’action, la joie déclenche la synthèse de protéines qui vont renforcer la gaine de myéline des neurones impliqués dans cette action, coder le passage de l’influx nerveux qui a permis cette belle passe.
On aide ainsi l’enfant à mémoriser l’action réussie… et donc à la réitérer !

Punitions
Si les punitions éduquaient, il y a belle lurette que l’espèce humaine ne commettrait plus de crimes.

L’illusion provient du fait que les punitions ont une efficacité sur le court terme, non pas en termes d’éducation mais de soulagement du punisseur, qui a ainsi le sentiment de reprendre le contrôle de la situation. Il est difficile autrement de comprendre les raisons pour lesquelles elles sont tant utilisées. Elles ont tant d’inconvénients.

Punir ce n’est pas manifester son autorité. Nous punissons par manque d’autorité ! Le parent exerce une autorité naturelle. Si cette autorité est reconnue, nul besoin de se montrer autoritaire.

Cris
Pendant des siècles, on a forcé les enfants à se soumettre par la crainte.
On sait aujourd’hui que l’activation répétée de l’alerte cérébrale déclenchée par la peur peut provoquer plus tard des troubles de l’anxiété. Il y a bien suffisamment d’occasions naturelles d’avoir peur pour ne pas en rajouter.

Coups, gifles et fessées
Frapper, cogner, gifler, donner des fessées, tirer les oreilles, donner des petites tapes… fait du bien au parent qui s’est ainsi libéré de ses tensions et a l’impression d’avoir fait quelque chose, donc de ne plus être impuissant.
Pour le reste, c’est non seulement inutile mais nocif.

Alors comment réagir quand il fait une bêtise ?
Réfléchissons à une attitude éducative : Que voudrions-nous voir dans le futur si cela lui arrivait encore ?
Nous aimerions le voir se lever pour nettoyer. C’est à dire prendre conscience de l’impact de ses gestes et savoir réparer.
Il se sent démuni et impuissant devant ce qui vient de se passer. Indiquons-lui la direction à prendre et surtout laissons-le faire par lui-même.

 

  1. Les disputes entre enfants

Il est toujours utile de vérifier le niveau du réservoir d’amour de chacun ! Un enfant qui ne se sent pas aimé, ou moins aimé que son frère, accumule de la rancœur contre le préféré et déclenche des conflits avec ce dernier. Mais le sentiment de jalousie est loin d’être élaboré comme il l’est pour les adultes. Pour un petit de 18 mois, l’autre fait obstacle à l’atteinte de sa ressource, c’est tout. Il ne lui prête pas d’intention malveillante, son cerveau ne lui permet pas.

Chacun son tour
Attendre son tour est un effort énorme pour un petit de moins de 4 ans. Son cerveau frontal n’est pas encore assez développé pour lui permettre d’anticiper, de se représenter un futur, même proche. Or, sans la perspective d’un futur, attendre son tour n’a aucun sens !

Ce n’est pas parce qu’il ne comprend pas que chacun a droit à un tour. Il n’est pas non plus ni jaloux, ni égoïste. Évitons de le culpabiliser, il a surtout besoin d’aide pour apprendre à maîtriser ses circuits cérébraux. Après avoir commenté avec empathie «Tu as vraiment envie de jouer comme Jules, hein...», voici quelques idées pour lui permettre de mesurer qu’il y aura bien une fin à son attente : un minuteur à œuf. Quand ça sonne, c’est son tour ! Une chanson ! Chacun joue pendant la durée de la chanson.

 

  1. Selon son âge

Les enfants d’aujourd’hui sont-ils pires que ceux d’hier ?
Si les enfants d’aujourd’hui semblent manifester davantage de colères que les enfants d’hier, c’est peut-être parce qu’ils font face à bien davantage de stimulations, d’occasions de choix, de déceptions…


Les enfants d’hier ne faisaient pas de comédies dans les supermarchés… parce que les supermarchés n’existaient pas. Ils ne hurlaient pas quand on éteignait la télévision, parce qu’il n’ y avait pas de télévision. Les enfants d’hier ne faisaient pas non plus toute une histoire quand leur mère oubliait leurs céréales préférées… parce qu’ils n’avaient pas de céréales préférées. La mère n’oubliait d’ailleurs pas la bonne boîte, parce qu’il n’ y avait pas de belle boîte. Il n’ y avait pas tant de choix ni d’occasions de préférer.

Ce ne sont pas les enfants qui ont changé, mais leur environnement. Nous oublions parfois que nos enfants ne sont pas équipés pour faire face à cette société hyper stimulante.

Au lieu de les punir de leurs réactions face à cet environnement dans lequel nous les plongeons, notre rôle pourrait être de les aider à gérer ce stress, à muscler leur cerveau pour trier les informations.

Conclusion
Prenons le temps de profiter de chaque instant de chaque étape de la vie de notre enfant. Ça passe toujours trop vite. Il n’ y a jamais qu’une seule vraie urgence :

AIMER !

Le reste, après tout, est-ce vraiment si grave ?

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