Éducation pour un monde nouveau – Maria Montessori

Editeur : Desclée De Brouwer
Date de publication : 2010
Date de publication originale :1947
Collection : Education
Auteur : Maria Montessori

Introduction

Nous avons devant nous, dans l’enfant, une entité psychique, un groupe social immense, une véritable puissance mondiale, à condition d’en faire bon usage. Si le salut et l’aide doivent venir, c’est de l’enfant qu’ils viendront, car l’enfant est le constructeur de l’homme et par là même de la société. L’enfant est doué d’une puissance intérieure qui peut nous guider vers un futur plus lumineux. L’éducation ne devrait plus être principalement la transmission de connaissances ; il faut qu’elle s’oriente dans une nouvelle voie, qu’elle cherche à développer les potentialités humaines.

L’observation scientifique a alors établi que l’éducation n’est pas ce que donne la maître : l’éducation est un processus naturel qui se développe spontanément dans l’individu humain et s’acquiert, non en écoutant des mots, mais en faisant des expériences sur l’ambiance.

 

La découverte et le développement du système Montessori

Ce que j’ai fait consiste simplement à étudier l’enfant, à prendre et à exprimer ce qu’il m’a donné ; c’est cela qui s’appelle la méthode Montessori. Tout au plus ai-je été l’interprète de l’enfant. Mon expérience est celle de 40 années qui ont débuté par l’étude médicale et psychologique d’enfants handicapés que j’essayais d’aider.

Période sensible : l’esprit, à un certain âge, est comme une cire molle susceptible d’impressions qui ne pourront par le marquer plus tard, quand cette malléabilité spécifique aura disparu.

L’écriture : cette correspondance entre la lettre et le langage se produit pendant la période sensible de l’enfant ; le langage se multiplie et s’exprime au moyen de la main par l’écriture au lieu de s’exprimer seulement au moyen des lèvres et de la parole.

Il y a un autre aspect de la culture plus difficile à expliquer que l’écriture, celui du champs des mathématiques. Nous considérons les mathématiques sous 3 points de vue :

  • arithmétique : la science du nombre

  • algèbre : l’abstraction du nombre

  • géométrie : l’abstraction de l’abstraction

Guidés par notre expérience avec les enfants, nous avons donné les 3 ensemble à un âge presque incroyable. Le fait d’unir les 3 s’est trouvé être une grande aide et très efficace. C’est comme si, au lieu de faire tenir ces sujets de mathématiques en équilibre précaire sur un mât, nous les plaçons sur 3 pieds forts qui se rejoignent pour assurer une grande stabilité.

Nous pouvons dire que, de très bonne heure, il y a une prédisposition aux mathématiques. Nous observons que les actions qui soulèvent non seulement de l’intérêt, mais même de l’enthousiasme, sont celles qui réclament de la part de l’enfant la plus grande exactitude : plus c’est compliqué, plus grand est son enthousiasme.


Pascal, grand philosophe et physicien, affirmait que, plongé dans le nombre et la quantité, l’esprit humain a comme caractéristique d’être mathématique et que cette qualité mentale est la voie du progrès.

L’expérience avec nos enfants de 3 à 6 ans, et même plus jeunes, a montré non seulement que ce n’est pas une fatigue d’apprendre à cet âge, mais que les enfants deviennent effectivement plus forts. Un travail n’est pas forcément cause de fatigue.

Quand nous mettons dans son environnement certains objets qui lui permettent d’imiter les actions de ceux qui l’entourent, et les moyens de perfectionner les acquisitions déjà faites dans la période précédente, nous l’aidons à acquérir la culture compliquée d’aujourd’hui.

 

La découverte et le développement du système Montessori

La croissance est une succession de naissances.

C’est comme si, à une certaine période de la vie, une individualité psychique cesse tandis qu’une autre naît. La première de ces période va de la naissance à 6 ans, et bien que montrant des différences notables, pendant tout ce temps le type d’esprit reste le même. On peut repérer 2 subdivisions dans cette période : de 0 à 3 ans, et de 3 ans à 6 ans. Dans la première, l’esprit de l’enfant reste inaccessible à l’adulte qui ne peut exercer aucune influence sur lui. Puis il y a la période de 3 à 6 ans, dans laquelle l’entité psychique commence à devenir accessible mais seulement d’une manière particulière. Cette période se caractérise par de grandes transformations dans l’individu, de sorte qu’à 6 ans, on admet généralement que l’enfant est assez intelligent pour être admis à l’école. Si l’on suit la nouvelle orientation recommandée ici même, c’est bien plus tôt qu’il pourrait entrer à l’école et en tirer profit ; mais à 6 ans, il arrive à un moment qui correspond à des changements physiques comme la chute des premières dents. La période de 6 à 12 ans est une période de croissance mais non de transformations ; elle est normalement marquée par la sérénité et la docilité.

Une troisième période de 12 à 18 ans est de nouveau une période de transformations à la fois physiques et psychiques. On a reconnu inconsciemment l’existence de ces périodes dans l’éducation officielle de tous les pays : les enfants sont admis à l’école élémentaire à 6 ans, passe à l’école secondaire à 12 ans…

Pendant la 3ème période, le caractère n’est pas stable ; il y a souvent de l’indiscipline et une sorte de rébellion, mais l’école ordinaire va son chemin sans souci de ces réactions, suivant son programme et punissant les rebelles. A 18 ans, ça peut être le temps de l’université, avec ses études plus intenses mais peu de différences essentielles dans la méthode ; en effet, l’étudiant doit encore rester assis à écouter pour obtenir un diplôme qui est souvent d’une utilité douteuse pour lui. La maturité physique s’est accompli, mais toutes ces années d’études, ces années passées à écouter, ne forment pas la volonté et le jugement de l’homme. C’est à la pratique et l’expérience de le faire, si c’est encore possible. C’est ainsi que même à New York, on a vu des défilés de jeunes intellectuels portant des banderoles avec les mots : «Nous sommes sans travail ! Nous mourrons de faim !»

Signe de l’accusation de la société qui a tant dépensé pour leur éducation..

 

Embryologie

Si nous cherchons à pénétrer plus avant les mystères de l’esprit absorbant, nous sommes amenés à examiner la vie prénatale et ses origines, à l’étude desquelles tous les biologistes actuels ont donné une nouvelle orientation.


Ainsi, l’accent est mis sur l’embryologie, la vie de la cellule germinale, résultant de deux cellules qui viennent d’adultes. La vie de l’enfant, celle qui est créée et celle qui crée, vient de l’adulte et finit dans l’adulte ; c’est le chemin, la voie de la vie.

La nature protège très spécialement les jeunes. Par exemple, l’enfant naît dans l’amour ; sa vraie origine est l’amour, et une fois né il est entouré de l’amour de son père et de sa mère, un amour qui n’est pas artificiel, ni forcé par la raison.

Il est clair qu’on ne peut pas comprendre la construction de la psyché de l’enfant sans connaître ces périodes sensibles et l’ordre dans lequel elles apparaissent.

Il faut que les mères coopèrent de nouveau avec la nature, ou que la science trouve un moyen d’aider et de protéger le développement psychique de l’enfant comme elle a trouvé les moyens d’aider et de protéger son développement physique.

L’éducation doit donner aux mères cette connaissance : à partir de la naissance, elles peuvent sciemment protéger les besoins de leurs enfants, au lieu de reléguer ceux-ci dans des pouponnières hygiéniques et impeccables pour être confiés à des puéricultrices bien formées qui s’en occuperont en satisfaisant sans conviction leurs besoins physiques.

 

Comportement

Les animaux ne peuvent avoir conscience du dessein qui les met en relation avec la terre et son entretien ; cependant, de leur travail (abeilles, vers de terre…) , dépendent des formes de vie supérieures, la surface même de la terre, la pureté de l’air et de l’eau.


Le monde n’ a pas été créé pour que nous en jouissions, mais nous sommes créés pour faire évoluer le cosmos.

L’étude de l’espèce humaine et la comparaison avec d’autres formes de vie animale nous font constater des différences et la principale est qu’il n’a pas été assigné à l’humanité un type particulier de mouvement ni un type particulier de résidence. De tous les animaux, l’homme est le plus capable d’adaptation à n’importe quel climat, tropical ou arctique, désert ou jungle ; seul, l’homme est libre d’aller partout où il veut. L’homme aussi est capable des mouvements les plus variés, il peut faire des choses avec ses mains, ce qu’aucun autre animal n’a été capable de faire. Il semble qu’il n’y ait pas de limite au comportement de l’homme ; il est libre. L’humanité possède le langage le plus varié ; il est libre. Au point de vue mouvement, l’homme peut marcher, courir, sauter et ramper ; il est capable de mouvements artificiels quand il danse et il peut nager comme un poisson. Chez l’enfant cependant, aucune de ces capacités ne se présentent à la naissance. L’être humain doit les conquérir toutes pendant sa petite enfance. Lui qui est né sans pouvoir faire un mouvement, presque paralysé, peut, au moyen d’exercices, apprendre à marcher, courir et grimper comme les autres animaux, mais ce doit être par son propre effort. L’enfant non seulement acquiert toutes les facultés humaines, combien plus diverses que celles des autres animaux, mais doit aussi adapter l’être qu’il construit aux conditions climatiques et autres dans lesquelles il devra vivre, ainsi qu’aux exigences d’une civilisation qui devient toujours compliquée. Si les hommes avaient un comportement préétabli comme les animaux, ils ne seraient pas capables de s’adapter aux nouvelles conditions qui changent à chaque génération. Le travail d’adaptation semble être réservé par la nature à l’enfant qui, seul peut l’accomplir ; l’adulte n’est pas adaptable. L’adulte regarde sa terre natale comme le lieu le plus désirable sur la terre, quels qu’en soient les inconvénients, et il ne peut jamais maîtriser complètement les sons d’une langue étrangère, même s’ils sont beaucoup plus simples que ceux de sa propre langue qu’il a acquise avec facilité pendant son enfance.

Il se peut que les adultes admirent un environnement et s’en souviennent, mais l’enfant est capable de l’absorber inconsciemment et d’en former une partie de sa psyché ; c’est ainsi qu’il incarne en lui-même les choses qu’il voit et entend comme le langage, ce qui donne lieu à de réelles transformations. Cette espèce de mémoire est appelée par les psychologues le Mneme et sa tâche est de construire pour l’individu un comportement adapté non seulement à son époque et à son lieu d’existence, mais aussi à la mentalité de la société à laquelle il appartient. Les adultes se retrouvent avec des sentiments et des préjugés, spécialement au point de vue religieux, que peut-être leur raison pourrait rejeter ; mais ils ne peuvent jamais s’en débarrasser complètement, puisqu’ils sont une part d’eux-mêmes ; ils les ont vraiment «dans le sang», comme on dit.

Il s’ensuit que, si nous voulons changer les habitudes et les coutumes d’un pays, ou si nous voulons accentuer plus vigoureusement les caractéristiques d’un peuple, il nous faut prendre l’enfant comme instrument car, dans cette voie, on ne peut presque rien faire en agissant sur les adultes. Pour changer une génération ou une nation, pour avoir sur elle une influence en bien ou en mal, pour réveiller la religion ou augmenter la culture, nous devons regarder vers l’enfant, qui est omnipotent. Cette vérité a été démontrée récemment par les nazis et les fascistes, qui ont changé le caractère de peuples entiers en travaillant sur les enfants.

 

Éducation dès la naissance

On doit considérer que la vie embryonnaire de l’enfant s’étend avant et après la naissance. Cette vie est interrompue par un grand événement, l’aventure de la naissance, par laquelle il se trouve plongé dans un nouvel environnement.

La première partie de la vie a été réservée à l’emmagasinement des impressions venant de l’ambiance, et est par conséquent la période d’activité psychique la plus importante : activité qui consiste à observer tout ce qui est dans l’environnement. Dans la seconde année, l’être physique approche de son achèvement, et le mouvement commence à être déterminé.

Les psychologues d’aujourd’hui sont frappés par ce qu’ils appellent la «difficile aventure de la naissance», et concluent que l’enfant doit subir le choc d’une grande frayeur. L’un des termes scientifiques dont se sert la psychologie est «terreur de la naissance» ; ce n’est pas une terreur consciente mais indubitablement le nouveau-né peut se sentir effrayé, par exemple quand il est plongé trop rapidement dans un bain, ou quand il est exposé à une lumière trop forte, ou quand des étrangers le manipulent.

A la naissance, l’enfant se libère d’une prison, le corps de sa mère, et réalise son indépendance vis-à-vis des fonctions de la mère ; il est poussé à faire face à son environnement et à le conquérir, mais pour cela il faut que l’environnement l’attire. Ce qu’il ressent pourrait s’appeler, sans que le terme soit impropre, amour pour son environnement. Les premiers organes qui commencent à fonctionner sont les organes sensoriels, et l’enfant normal absorbe tout, sans distinguer encore un son d’un autre son, un objet d’un autre objet ; il absorbe d’abord le monde et ensuite l’analyse.

A l’âge de 6 mois, certains phénomènes se produisent qui sont les poteaux indicateurs d’une croissance normale. Il y a des changements physiques, l’estomac commence à sécréter un acide nécessaire à la digestion et la première dent apparaît. C’est un grand pas vers l’indépendance. C’est aussi vers cette époque qu’il commence à prononcer la première syllabe, première pierre posée dans la grande construction qui deviendra un langage. Il est bientôt capable de s’exprimer et n’a plus à dépendre des autres qui devaient deviner ses besoins ; c’est en vérité une grande conquête vers l’indépendance. Quelque temps après, à l’âge d’un an, l’enfant commence à marcher et se libère ensuite d’une seconde prison. Par ces pas successifs, l’homme devient libre, mais ce n’est pas encore une question de volonté ; l’indépendance est un don de la nature qui le conduit vers la liberté.

Le pouvoir de se tenir debout sur 2 jambes et de marcher en position verticale dépend du développement d’une partie du cerveau appelée le cervelet, dont la croissance très rapide débute vers 6 mois et qui continue à se développer rapidement jusqu’à ce que l’enfant ait 14 ou 15 mois. En concordance exacte avec cette croissance, l’enfant s’assied à 6 mois, commence à marcher à 4 pattes à 9 mois, se tient debout à 10, fait ses premiers pas entre 12 & 13 mois, tandis qu’à 15 mois il marche avec assurance. Un second facteur de cette conquête de la marche est l’achèvement de certains nerfs spinaux, par lesquels passent les messages du cervelet aux muscles ; et encore un 3ème facteur est l’achèvement de la structure osseuse des pieds, et celle du crâne pour que le cerveau soit protégé en cas de chute.

Aucune éducation ne peut apprendre à l’enfant à marcher avant l’heure ; ici la nature elle-même commande et doit être obéie. De plus, il est futile d’essayer de faire rester tranquille l’enfant qui a commencé à marcher et à courir parce que la nature commande que tout organe développé soit utilisé. De même, dès qu’apparaît le langage, l’enfant commence à babiller, et l’une des choses les plus difficiles est de le faire s’arrêter de parler. Si l’enfant n’avait pas le droit de parler, ni de marcher, il y aurait un arrêt dans son développement, aussi doit-on le laisser fonctionner librement, se servir de son indépendance. Les psychologues disent que le comportement de chaque individu s’affirme par les expériences qu’il peut faire sur l’environnement, et par conséquent le premier devoir de l’éducation est de fournir à l’enfant un environnement qui lui permettra de développer les fonctions données par la nature et qui l’y aidera. Il ne s’agit pas simplement de plaire à l’enfant mais de coopérer à l’ordre de la nature.

On peut énoncer certains principes pour l’éducation de l’enfant dans les 2 premières années de sa vie. Le bébé devrait rester autant que possible avec sa mère aussitôt après la naissance, et l’environnement ne doit pas présenter d’obstacle à son adaptation.

Le nouveau-né est très délicat, tant sur le plan physique que psychique. Le mieux serait de ne pas l’habiller, mais plutôt de le mettre dans une pièce suffisamment chauffée et à l’abri des courants d’air, et porté sur un matelas moelleux, de façon que sa position soit analogue à celle qu’il avait avant la naissance. La tendance d’aujourd’hui est de donner au bébé le même soin et les mêmes égards – mais encore plus raffinés et plus parfaits – que ceux dont on entoure les grands blessés. En plus des soins et de la protection assurés par l’hygiène on devrait regarder la mère et l’enfant comme deux organes d’un seul corps, encore reliés vitalement par une sorte de magnétisme animal ; ils ont besoin d’isolement pendant quelques temps et de grands égards à tous points de vue. Les parents et les amis ne devraient pas embrasser ou caresser le bébé ni les infirmières l’enlever d’à côté de sa mère.

Plus heureux est l’enfant qui va partout avec sa mère, dans les rues et au marché , dans les trams et les bus, qui peut écouter et regarder et ainsi emmagasiner des impressions d’un immense intérêt, en se sentant toujours en sécurité entre les mains de son protecteur naturel.

 

Le mystère du langage

Un langage est l’expression d’un accord entre hommes d’un même groupe : il ne peut être compris que par ceux qui se sont mis d’accord sur la représentation de certaines idées et certains sons. D’autres groupes ont d’autres sons pour représenter les mêmes idées et les mêmes choses ; le langage devient ainsi un mur qui sépare un groupe d’un autre, tandis qu’il unit les membres du même groupe. Il est l’instrument de la pensée commune , et s’est compliqué au fur et à mesure que la pensée de l’homme est devenue plus complexe.

Le développement du langage chez l’enfant ne s’enseigne pas, il se développe.

Pour tous les enfants il y a une période où ils parlent seulement par syllabes, puis une autre où ils disent les mots de plus d’une syllabe ; et finalement ils semblent avoir saisi toute la syntaxe et la grammaire : genre et nombre, cas, temps et modes.

Il y a un grand progrès continu qui aboutit soudain à ce que les psychologues appellent un phénomène d’explosion. A la même période de la vie, pour chaque enfant, se déclenche subitement une cascade de mots, tous prononcés parfaitement. En trois mois, les enfants emploient avec facilités les tournures et particularités linguistiques, et tout ceci se produit vers la fin de la 2de année pour l’enfant normal de quelque race qu’il soit. Ces phénomènes continuent après l’âge de 2 ans avec la maîtrise des phrases complexes, celle des temps et modes de verbes et des difficultés syntaxiques apparaissent chacune à son tour, de la même manière explosive, jusqu’à ce que l’explosion de langage soit complète. C’est seulement alors que ce trésor préparé par le subconscient est transmis au conscient ; l’enfant utilise à fond son nouveau pouvoir, babillant sans cesse et sans qu’on puisse l’en empêcher.

A la fin de la 1ère année, 2 choses se sont produites : dans les profondeurs de l’inconscient il a compris le langage, et dans les sommets du conscient il l’a créé, bien qu’il ne soit encore capable de babiller, de répéter tous les sons et leurs combinaisons.

 

Le mouvement et son rôle dans l’éducation

Le mouvement est la conclusion du développement du système nerveux, sa finalité ; sans lui il ne peut pas y avoir d’individu. Le système nerveux, avec le cerveau, les sens, les nerfs et les muscles, met l’homme en relation au monde, à la différence des autres systèmes du corps qui sont exclusivement au service du physique de l’individu et sont, de ce fait, appelés organes de la vie végétative.

C’est une grande erreur que de séparer complètement la vie physique et mentale ; aussi les jeux doivent-ils être inclus dans le curriculum de façon que l’enfant puisse développer son corps en même temps que son esprit.

Riche de potentialités, l’homme choisit la part de richesse qu’il va utiliser. Un athlète n’est pas doté de muscles spéciaux pour l’aider, pas plus qu’un danseur n’est né avec certains muscles affinés en vue de son art : tous deux les développent par leur volonté. Ainsi rien n’est établi, mais tout est possible sous la direction de la volonté ; aussi les hommes ne font-ils pas tous les mêmes choses, comme les animaux d’une même espèce.

Le premier stade du mouvement est celui de saisir ou préhension ; aussitôt que la main saisit quelque chose, il y a appel de la conscience vers la main et la préhension se développe ; ce qui était instinctif au départ devient un mouvement conscient. A 6 mois, le mouvement est pleinement intentionnel. A 10 mois, l’observation de son environnement a éveillé l’intérêt de l’enfant et il peut tout attraper, aussi la préhension est-elle maintenant accompagnée du désir.

 

Action imitative et cycle d’activité

L’imitation peut fournir inspiration et intérêt mais il faut une préparation pour qu’elle devienne efficace. La nature n’est pas seulement la source de l’instinct d’imitation mais de l’effort intérieur pour se transformer en quoi que ce soit, selon l’exemple donné ; ainsi les éducateurs qui croient en l’aide à la vie doivent chercher comment aider ces efforts.

Les adultes ne devraient pas intervenir pour arrêter une activité enfantine, aussi absurde soit-elle, tant qu’elle ne met pas trop en danger la vie ou les membres ! Il faut que l’enfant accomplisse son cycle d’activité jusqu’au bout.

A l’âge de 2 ans, l’enfant a besoin de marcher et cela, la plupart des psychologues ne le prennent pas en considération. Il est capable de faire 2 ou même 3 kilomètres à pied et si une partie du trajet est en côte tant mieux, car il adore monter ; les moments difficiles de la promenade sont les endroits intéressants. Mais il faut que les adultes comprennent ce que signifie se promener pour l’enfant ; l’idée qu’ils se font de son incapacité de marcher provient du fait qu’ils s’attendent à ce qu’il le fasse à leur allure et quand il n’y arrive pas, vu la taille de ses petites jambes, ils le prennent pour le porter et arriver plus vite à leur but. Mais l’enfant, lui, ne désire aller nulle part, ce qu’il veut c’est juste marcher et, pour l’aider vraiment, l’adulte doit suivre l’enfant et ne pas s’attendre à ce qu’il aille à son allure. La nécessité de suivre l’enfant ressort clairement ici, mais en vérité c’est la règle pour tous les secteurs de l’éducation et dans tous ses domaines. L’enfant a ses propres lois de croissance et si nous voulons l’aider à grandir nous devons le suivre au lieu de nous imposer à lui. L’enfant se promène avec ses yeux autant qu’avec ses pieds et ce sont les choses intéressantes de la promenade qui le poussent à aller plus loin.

«Ta volonté doit disparaître et la mienne avoir le dessus !», comment s’attendre à ce que les enfants puissent, à la fin de leur scolarité, assumer les droits inhérents à la liberté et s’en servir ?

 

L’enfant de 3 ans

Il semble que la nature ait comme divisé par une ligne la sous période qui précède les 3 ans de celle qui la suit. La première, bien que créatrice et remplie d’événements importants, devient celle qu’on oublie – on peut la comparer à la vie embryonnaire avant la naissance physique – car ce n’est qu’à 3 ans que s’éveillent la conscience et la mémoire.


La main : c’est comme si l’enfant, qui jusque-là appréhendait le monde avec son intelligence, le prenait maintenant avec ses mains. Il a besoin de perfectionner ses acquisitions antérieures, comme le langage ; celui-ci est déjà complètement formé mais s’enrichit jusqu’à 4 ans et demi. L’esprit garde toujours le pouvoir qu’il avait dans l’embryon d’absorber sans fatigue mais c’est maintenant la main qui devient l’organe de la préhension intellectuelle et l’enfant se développe en travaillant avec ses mains et non plus en se promenant partout. L’enfant de cet âge est continuellement au travail ; heureux et gai tant qu’il s’occupe avec ses mains.

Il est reconnu que l’enfant veut copier le travail des adultes mais en réponse on lui donne des choses avec lesquelles il ne peut pas travailler. On se moque de lui !

Le jouet a pris tant d’importance que les gens croient que c’est une aide à l’intelligence ; c’est certainement mieux que rien mais il est un fait significatif ; c’est que l’enfant se fatigue vite d’un jouet et en veut de nouveaux.

L’enfant ne s’intéresse pas aux choses qui ne font pas partie de son environnement habituel parce que son travail est de s’adapter au monde adulte qui est le sien propre et le but de la nature est de donner de la joie par la réalisation de choses spécifiques.

Le maître : l’expérience a montré que le maître doit s’effacer de plus en plus à l’arrière plan et seulement préparer l’ambiance pour que les enfants travaillent par eux-mêmes.

Notre travail est de convaincre le maître de l’inutilité et même de la nocivité de son intervention ; c’est ce que nous appelons la méthode de Non-intervention. Le maître doit évaluer les besoins, comme un serviteur qui prépare avec soin une boisson pour son maître, et la lui laisse ensuite boire à sa guise. Les maîtres doivent apprendre l’humilité, à ne pas s’imposer aux enfants dont ils sont chargés, mais toujours veiller à suivre leur progression et préparer tout ce dont ils pourraient avoir besoin pour continuer leur travail.

 

Méthode élaborée d’après l’observation

Nous ne faisons pas de sentiment sur l’enfant perturbateur ni ne le qualifions de stupide ; cela ne lui vaudrait rien de bon quand c’est une nourriture mentale qu’il a besoin. L’homme est par nature un être intellectuel et il a besoin d’une nourriture mentale plus même que physique. A l’inverse des animaux, il lui faut construire son propre comportement à partir des expériences de sa vie et s’il est mis sur ce chemin de vie tout ira bien.

 

Cette bête noire : la discipline

Nous venons d’établir que l’éducation morale signifie tout simplement le développement du caractère et qu’on peut faire disparaître les défauts sans avoir besoin de sermonner, ni de punir ni même de donner le bon exemple. Ce qui est nécessaire, ce ne sont ni les menaces ni les promesses, mais des conditions de vie.

Pour obtenir la discipline, il faut donner la liberté.

Ce n’est qu’après 6 ans que les enfants peuvent bénéficier d’un enseignement moral, en effet entre 6 & 12, la conscience s’éveille et l’enfant s’intéresse au problème du bien et du mal. Il est possible de réussir encore mieux entre 12 & 18 ans, âge où l’on devient sensible à l’idéal religieux et au patriotisme.

On peut distinguer 3 degrés dans le développement de l’obéissance :

1 – La capacité physiologique d’accomplir la tâche. Tant qu’elle n’est pas développée l’enfant peut très bien obéir un jour et refuser le lendemain, non pas par mauvaise volonté mais par manque du complet développement à ce stade.

2 – La capacité d’obéir toujours, automatiquement.

3 – La forme d’obéissance la plus haute – très rare chez les adultes – se manifeste par l’impatience, l’ardeur, la joie d’obéir.


Si un enfant accomplit la volonté de la maîtresse parce qu’il a peur ou qu’il y a chantage affectif, il n’exerce pas sa volonté ; or obtenir l’obéissance en supprimant la volonté c’est une véritable oppression.


Ce que doit être la maîtresse Montessorienne

Elle doit visualiser un enfant qui n’est pas encore là, matériellement parlant, et doit avoir confiance dans l’enfant qui se révélera par le travail.


Il y a 3 phases de développement :

  1. En tant que gardienne et protectrice de l’ambiance, la maîtresse se concentre sur ce point au lieu de se préoccuper des difficultés de l’enfant à problèmes ; elle sait que la guérison viendra de l’ambiance. C’est là que se trouve l’attrait qui polarisera la volonté de l’enfant.

    Le matériel didactique doit toujours être beau, brillant et en bon état, sans rien qui manque.

  2. Dans la 2ème étape, la maîtresse a affaire aux enfants qui sont encore dans le désordre, à ces esprits errants et sans but, qui doivent être amenés à se concentrer sur un travail quelconque. La maîtresse doit gagner l’attention des enfants.

  3. Une fois l’intérêt des enfants éveillé, en général par un exercice de vie pratique, parce que le matériel n’a pas encore pu être présenté dans de bonnes conditions, la maîtresse se retire à l’arrière plan et doit faire très attention à ne pas intervenir, absolument pas, en aucun cas.

    De plus, si l’enfant a une difficulté quelconque, la maîtresse ne doit pas lui montrer comment la surmonter, ou tout l’intérêt sera perdu car l’important pour lui est de surmonter cette difficulté, non pas la tâche en elle-même.

Les maîtresses montessoriennes ne sont pas au service du corps de l’enfant, elles n’ont pas à le laver, l’habiller, à le nourrir – elles savent qu’il a besoin de faire ces choses par lui-même, tout en développant son indépendance. Nous devons aider l’enfant à agir par lui-même, à vouloir par lui-même, à penser pour lui-même : c’est l’art de ceux qui aspirent à servir l’esprit. C’est la joie de la maîtresse d’accueillir les manifestations de l’esprit, en réponse à sa confiance.

Voici l’enfant tel qu’il devrait être : le travailleur qui jamais ne se fatigue, l’enfant calme qui recherche l’effort maximum, qui essaie d’aider le faible tout en sachant respecter l’indépendance des autres, en réalité, le véritable enfant.

«Le royaume des cieux est à ceux qui leur ressemblent.»

Une réflexion sur “Éducation pour un monde nouveau – Maria Montessori

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