L’éducation et la paix – Maria Montessori

Editeur : Desclée De Brouwer
Date de publication : 2001
Date de publication originale :1949
Collection : Culture de Paix
Auteur : Maria Montessori

 

Préface de Pierre Calame

Plus que jamais la paix reste à faire. Plus que jamais, peut-être, elle sera dans les prochaines décennies un enjeu de survie de l’humanité. Plus que jamais elle se fera dans la tête des hommes. Car la paix, comme l’avait bien compris Maria Montessori, ce n’est pas la non-guerre. C’est la capacité à admettre et comprendre la complexité, la capacité à coopérer avec l’autre, l’esprit critique, le sens du compromis, la perception aiguë de l’unité et de la diversité simultanée du monde.

Oui, la paix n’est pas le résultat de négociations ; c’est une construction. Maria Montessori parlait de redéfinir le concept de paix. Elle le reliait au progrès de la raison et n’hésitait pas à parler de science de la paix.

La tolérance, la capacité à reconnaître que l’autre est à la fois semblable à moi et digne des mêmes égards, et en même temps radicalement différent et digne du même respect, se pose à l’échelle des rapports interindividuels comme à l’échelle des rapports entre les civilisations et les religions.

Changer la représentation du monde, bâtir la fraternité mondiale des croyances, apprendre l’interdépendance qui nous unit et la diversité qui nous enrichit, apprendre la responsabilité : tout cela se joue dans l’éducation.
C’est assurément dans nos écoles que se construit le monde de demain. Et, là encore, dans les méthodes mêmes de l’éducation, les idées de Maria Montessori sont plus que jamais d’actualité.

«L’établissement d’une paix durable est l’objet même de l’éducation, la responsabilité de la politique n’étant que de nous protéger de la guerre.»
Maria Montessori

Introduction

Dans le mot même de paix, il y a l’idée positive d’une réforme sociale constructive.

La société d’aujourd’hui ne prépare pas suffisamment l’homme à sa vie de citoyen. Il n’y a aucune «organisation morale» des grandes masses humaines. Les hommes sont habitués, par leur éducation, à se considérer comme des individus isolés, en concurrence les uns avec les autres pour la satisfaction de leurs besoins immédiats. Une formidable campagne d’opinion serait nécessaire pour permettre aux hommes de comprendre et transformer les phénomènes sociaux, pour définir et poursuivre des objectifs collectifs et, ainsi, permettre un progrès social organisé.

L’éducation est, aujourd’hui encore, confinée dans les limites d’un ordre social dépassé. Non seulement elle contrevient aux lois de la science, mais encore elle va à l’encontre des besoins sociaux de notre époque. On ne peut la laisser de côté en faignant de croire qu’elle ne joue qu’un rôle mineur dans la vie des gens, qu’elle n’est qu’un moyen d’enseigner les rudiments de la culture aux jeunes. On doit tout d’abord la voir dans la perspective du développement des valeurs, en particulier morales, en chaque personne. On doit, ensuite, y voir la possibilité d’organiser les personnes animées par ces valeurs en une société consciente de son destin. Une nouvelle forme morale doit accompagner cette nouvelle forme de civilisation. L’ordre et la discipline doivent viser à la réalisation de l’harmonie humaine. Tout acte qui fait obstacle à la transformation de toute l’humanité en une communauté authentique doit être considéré comme immoral, comme constituant une menace pour la vue de la société.

L’homme social ne peut être créé d’un seul coup à partir de rien. Les hommes d’aujourd’hui sont devenus adultes après avoir été, dans leur enfance et adolescence, réprimés, isolés et incités à poursuivre uniquement des intérêts personnels. Ils ont été mis sous la férule d’adultes aveugles. Ceux-ci, trop inclinés à négliger les valeurs de la vie, n’ont fixé aux enfants qui leur étaient confiés d’autre but que celui, égoïste et mesquin, de réussir à obtenir un bon emploi dans la société.

L’éducation d’aujourd’hui dessèche l’individu et atrophie ses valeurs morales. Il devient un numéro, un engrenage dans la machine aveugle qu’est son environnement matériel.

Nous devons rechercher, cultiver et mettre en œuvre les dynamismes de l’homme, son intelligence, son esprit créatif, sa puissance morale pour que rien n’en soit perdu.

I – Fondations pour la paix

1 – La Paix

Discours prononcé à l’office international de l’éducation
Genève, 1932

On ne peut qu’être frappé par la contradiction suivante : d’un côté, l’homme, poussé par son instinct de préservation de la vie et surtout par sa pulsion à apprendre, sa soif de connaissance, s’est montré capable de démêler de nombreux mystères de l’univers et de découvrir des énergies cachées pour les mettre à son service. De l’autre, ses recherches sur ses propres énergies intérieures laissent une vaste béance : sa maîtrise sur elles est pratiquement nulle. Ce maître du monde extérieur n’a pas réussi à les apprivoiser.

La guerre et la paix
Ce qu’on entend généralement par le mot paix c’est simplement la cessation de la guerre. Mais ce concept négatif ne permet pas une description adéquate de la paix authentique. Et surtout, à voir l’objectif apparent des guerres, la paix, prise en ce sens, représente plutôt le triomphe permanent et ultime de la guerre.

Si j’osais une image, je dirais que la guerre peut être comparée à l’incendie d’un palais rempli d’œuvres d’art et de trésors précieux. Quand, du palais, ne reste qu’un amas de braises et de cendres et une fumée âcre, le désastre matériel est total ; mais on peut comparer les braises et la fumée qui empêchent les gens de respirer aux circonstances de la paix telle qu’on la comprend d’ordinaire.

Le fait que nous appelions à tort «paix» le triomphe permanent des objectifs d’une guerre nous empêche de reconnaître la voie du salut, le chemin qui pourrait nous conduire à la vraie paix.

Pour nous mettre dans la perspective de la vraie paix, il nous faut orienter notre réflexion vers le triomphe de la justice et de l’amour parmi les hommes, vers la construction d’un monde meilleur où règne l’harmonie.

La bataille entre l’adulte et l’enfant
Pour pouvoir nous atteler à la tâche du rétablissement du psychisme humain, nous devons prendre l’enfant comme point de départ. Nous devons reconnaître qu’il est davantage que notre simple progéniture, plus que ce petit être constituant notre plus grande responsabilité. Nous devons l’étudier non comme un être dépendant, mais comme une personne autonome qui doit être considérée en fonction de sa personnalité individuelle propre. Nous devons croire à l’enfant comme à un messie, comme à un sauveur capable de régénérer la race humaine et la société. Pour accepter cette idée, nous devons nous maîtriser et nous faire humbles. Alors seulement nous pourrons cheminer vers l’enfant, comme les rois mages, chargés de pouvoirs et de présents et se fiant à l’étoile de l’espérance.

La clé du problème réside dans le fait suivant : la personnalité humaine des enfants et celle des adultes sont dotées de caractéristiques et d’un but qui différent fortement. L’enfant n’est pas un adulte en miniature. Il est, d’abord et avant tout, le détenteur d’une vie personnelle qui a des caractéristiques et un but spécifiques. Le but de l’enfant pourrait être résumé dans le mot incarnation. L’incarnation de la personnalité humaine doit se réaliser en lui.

Actuellement, la lutte entre adultes et enfants se déroule au sein de la famille et à l’école, au cours du processus que l’on continue à qualifier du mot d’éducation consacré par l’usage.
Nous avons, quant à nous, pris en compte la personnalité de l’enfant, pris en lui-même et pour lui-même, et nous lui avons offert, dans nos écoles, toutes les possibilités pour se développer, en créant un milieu répondant aux besoins de son développement spirituel. Alors, il nous a révélé une personnalité entièrement différente de celle qui était jusque-là prise en considération, ayant même des caractéristiques complètement opposées à celles qui lui étaient attribuées par les autres. Avec son amour passionné pour l’ordre et le travail, l’enfant, placé dans un tel contexte, témoigne de capacités intellectuelles très supérieures à celles qu’il est censé avoir. Il est clair que, dans les systèmes traditionnels d’éducation, l’enfant recourt instinctivement à la dissimulation, dans le but de cacher ses aptitudes et de se conformer aux attentes des adultes qui l’étouffent.

Le lien entre l’éducation et la question de la paix et de la guerre se trouve ici même , et non dans l’impact du contenu de la culture transmise à l’enfant.

L’enfant qui n’a jamais appris à travailler par lui-même, à se fixer des buts pour sa propre action, ou à être maître de lui-même et de sa volonté est reconnaissable dans l’adulte qui laisse à d’autres le soin de le guider et ressent constamment le besoin d’être approuvé par les autres.

La troisième dimension
Deux choses sont nécessaires pour la paix dans le monde, tout d’abord un homme nouveau, l’avènement d’un homme meilleur, et ensuite la construction d’un environnement qui ne doit plus fixer de limites aux aspirations infinies de l’homme.

2 – Pour la paix

Conférence prononcée devant le congrès européen pour la paix
Bruxelles, 1936

La paix ne peut résulter que d’un commun accord. Pour réaliser cette unanimité en faveur de la paix, nous devons travailler dans 2 directions à la fois : d’abord nous devons déployer immédiatement toutes nos énergies pour que les conflits soient résolus sans recours à la force, autrement dit, pour empêcher la guerre ; ensuite nous avons à engager un effort de longue haleine pour établir une paix durable parmi les hommes.

L’appauvrissement d’un pays ne rend pas les autres plus riches, au contraire, il diminue la richesse de toutes les nations. Détruire une nation c’est comme se couper un main dans l’espoir insensé que l’autre sera 2 fois plus forte.

Notre souci principal doit être d’éduquer l’humanité, ou plutôt les êtres humains, ou plutôt les êtres humains de tous les pays, pour les guider et les aider à poursuivre des objectifs communs. Nous devons retrousser nos manches et faire de l’enfant notre préoccupation principale. Les efforts de la science doivent se centrer sur lui, car il est la source et la clé des énigmes de l’humanité.

3 – Éduquer pour la paix

Copenhague, 1937

Aujourd’hui, en cette période particulière de l’histoire, l’éducation prend une importance considérable. Nous insistons de plus en plus sur son utilité pratique, que nous pouvons résumer en un phrase : l’éducation est la meilleure arme pour la paix.

La véritable défense de l’humanité ne peut se baser sur les armes. Tant que nous ne ferons pas confiance à la grande «arme pour la paix» qu’est l’éducation, les guerres continueront de se succéder aux guerres et tant la sécurité que la prospérité des hommes ne seront pas assurés.

Une éducation capable de sauver l’humanité n’est pas une mince affaire. Elle implique le développement spirituel de l’homme et le renforcement de sa valeur personnelle. Elle suppose que nous rendions les jeunes capables de comprendre l’époque dans laquelle ils vivent.

Quel est le secret d’une telle éducation ? Rendre l’homme capable de maîtriser l’environnement mécanique qui l’opprime aujourd’hui. L’homme, réduit aujourd’hui à être un producteur, doit devenir le maître de la production.

Nous devons organiser nos efforts pour la paix et la préparer scientifiquement par une éducation nous indiquant le nouveau monde à conquérir : celui de l’esprit humain.

L’enfant est, pour l’humanité, à la fois un espoir et une promesse. En prenant soin de cet embryon comme de notre trésor le plus précieux, nous travaillerons à faire grandir l’humanité.

La paix est un principe pratique de civilisation humain et d’organisation sociale qui est fondée sur la nature même de l’homme. La paix n’asservit pas l’homme, bien au contraire, elle l’exalte. Elle ne l’humilie pas, bien au contraire, elle le rend conscient de son pouvoir sur l’univers. Et parce qu’elle est fondée sur la nature humaines, elle est un principe universel et constant qui vaut pour tout être humain. C’est ce principe qui doit être notre guide dans l’élaboration d’une science de la paix et de l’éducation des hommes à la paix.

II – Éduquer pour la paix
Sixième Congrès international Montessori

4 – Conférence d’ouverture du congrès
Copenhague, 1937

L’enfant ne doit pas être considéré comme un être faible et impuissant dont les seuls besoins seraient d’être protégé et aidé, mais comme un embryon spirituel, possédant une vie psychique active depuis le jour de sa naissance, guidé par des instincts subtils lui permettant de construire activement sa personnalité humaine. Et, du fait que l’enfant deviendra un adulte, nous devons le considérer comme le véritable bâtisseur de l’humanité et le reconnaître comme notre père.

L’enfant, aujourd’hui, est un «citoyen oublié». La société doit maintenant tourner son attention vers lui et créer un environnement qui puisse répondre à ses besoins vitaux et faciliter sa libération spirituelle.

5 – L’éducation peut-elle aujourd’hui exercer une influence sur le monde et pourquoi ?

L’éducation est d’une importance immense aujourd’hui, parce que l’homme possède beaucoup plus qu’il ne se doute, bien plus que ce dont il peut profiter. Il a tout ! Il doit seulement apprendre à apprécier ce qu’il a, à profiter de ce qu’il possède déjà.

6 – Deuxième conférence

Quand on analyse les questions sociales, on voit que l’enfant est totalement ignoré, comme s’il n’était même pas membre de la société. Pourtant, si l’on considère l’influence que l’éducation est susceptible d’avoir sur l’édification de la paix mondiale, il est clair que l’enfant et son éducation doivent devenir notre préoccupation prioritaire. Car nous nous sommes rendus compte que l’éducation peut avoir une influence décisive sur l’humanité et c’est bien la raison pour laquelle nous disons que l’éducation est très importante.

Que doit donc être l’éducation dans les premières années de la vie de l’enfant ? Pour nous, l’éducation n’est pas une instruction, au sens habituel de ce mot, consistant à transmettre un ensemble de savoirs à l’enfant, au cours de sa scolarité ; pour nous, l’éducation est une forme de protection, d’aide donnée dans le respect des lois de la vie.

L’enfant a un pouvoir que nous n’avons pas, celui de bâtir l’homme lui-même.

Une nouvelle science doit être créée, grâce à laquelle nous ferons les premiers pas dans la voie de l’édification d’un monde pacifique. Établir l’harmonie entre l’enfant et l’adulte et donner une place dans le monde à ces petits être humains qui, actuellement, n’en ont pas, voilà nos objectifs. Ils nous montrent l’étendue de l’œuvre de reconstruction qu’il nous faut entreprendre.

7 – Pour que l’éducation aide notre monde d’aujourd’hui

Quelle est la tâche qui attend l’éducation? Avant tout celle de colmater des brèches, de combler des fossés béants et ce n’est pas une mince affaire. Les objectifs fondamentaux sont la prise de conscience de la valeur de la personne humaine et le développement de l’humanité.

L’éducation doit se préoccuper du développement de l’individualité de l’enfant et lui permettre de rester indépendant, non seulement au cours de ses premières années, mais encore à toutes les étapes de son développement. Il est tout aussi nécessaire de développer l’individualité de l’enfant que de le faire participer à une vraie vie sociale.

8 – L’accord universel nécessaire pour que l’homme soit moralement armé pour défendre l’humanité

Quand nous parlons de paix, nous ne parlons pas d’une trêve partielle entre des nations prises séparément, mais d’un mode de vie permanent pour toute l’humanité.

Car aujourd’hui, ce n’est pas juste une nation qui est menacée de destruction mais toute l’humanité d’un bout à l’autre de la terre, avec ses différents peuples, quel que soit le stade de civilisation atteint par chacun.

Du fait que l’éducation ne permet pas aux hommes de comprendre les événements contemporains, la création d’une science étudiant notre époque, une science de la paix, est la grande urgence d’aujourd’hui.

9 – Cinquième conférence

L’éducation qui permettra d’aller vers une humanité nouvelle n’a qu’une seule finalité : conduire l’individu et la société vers un stade supérieur de développement.

A la différence des animaux, qui font beaucoup pour leurs petits, l’homme, l’être intelligent qui travaille de ses mains, n’a pas réussi à œuvre à une échelle comparable pour sa progéniture. Ce monde, avec toute son abondance de grands bâtiments, avec tout son confort, qu’a-t-il fait pour les enfants ? Il ne suffit pas de les aimer de façon abstraite ; il nous faut commencer à entreprendre pour eux quelque chose de concret, de pratique, commencer à construire la supernature indispensable à leur vie d’enfants et d’adolescents.

10 – Conférence de clôture du congrès

Comment pouvons nous unir nos efforts et travailler ensemble à réaliser ces objectifs concrets ?

La première étape et la plus importante, pour chacun d’entre nous, doit être de faire un examen de conscience, de découvrir ses manques et déficiences et de chercher à y remédier.

Pensons-nous que mettre fin aux injustices constitue un pas vers la paix ? Alors, nous devons commencer en reconnaissant la plus grande de nos injustices, celle envers les enfants, injustice qui ne se limite pas à un groupe social ou à un pays, mais est universelle.

Le principal message que nous avons cherché à faire passer c’est la nécessité de construire un environnement approprié aux enfants. Il ne s’agit pas là d’une idée matérialiste. Elle a de solides fondements dans l’âme humaine et prend en compte quelque chose de profondément caché en elle. Cet environnement social pour l’enfant est destiné à le protéger non de sa faiblesse mais dans sa grandeur intrinsèque, car il possède des énergies potentielles énormes qui sont prometteuses pour l’humanité toute entière.

Le but du parti social de l’enfant sera non seulement de protéger la société de nombreux maux actuels, mais encore de créer une sphère d’action qui permettra à tout l’humanité de travailler ensemble.

11 – Ma méthode

Ma méthode, si l’on peut dire que j’en ai une, est fondée sur le développement psychique de l’enfant normal.

En consacrant tous ses soins à l’enfant, l’adulte doit, avant tout, prendre conscience que sa tâche est de révéler l’âme de l’enfant. S’il s’y prend ainsi, les étapes qu’il franchira successivement et l’aide que lui offrira l’enfant seront d’une grande importance ; s’il s’y prend autrement, tout son travail ne servira à rien. Ce travail doit avoir un double objectif : construire un environnement approprié et provoquer un changement d’attitude des adultes à l’égard des enfants.

Deux facteurs doivent être pris en compte si l’on veut que l’enfant se développe. D’abord, il faut créer pour l’enfant un contexte qui réponde à ses besoins, du point de vue tant de sa santé physique que de sa vie spirituelle. Ensuite, l’enfant doit avoir la possibilité d’agir librement dans cet environnement.

Notre principe d’unité fonctionnelle nous a permis d’atteindre un but extrêmement important dans l’éducation : offrir à l’enfant la possibilité d’être directement en contact avec la réalité. Le fait qu’un enfant de 3 ans soit capable de se concentrer sur des objets pendant de longues périodes de temps nous a prouvé que l’enfant a de bien plus grandes capacités qu’on ne le croyait communément.

Notre expérience nous a montré, par exemple, que les enfants sont beaucoup plus intéressés à apprendre l’alphabet à 4 ans qu’à tout âge. Les enfants de cet âge se plaisent tellement à écrire que nous avons appelé ce phénomène «l’explosion de l’écriture». Si on leur apprend à écrire plus tard, vers 6 ans, cette «explosion» n’a pas lieu. Les problèmes que les enfants rencontrent ordinairement en étudiant les mathématiques ou la grammaire sont aisément surmontés si les problèmes difficiles dans ces domaines sont présentés exactement au bon moment.

Le fait, pour l’enfant, d’apprendre par lui-même, et de pouvoir surmonter par lui-même tant de difficultés, lui donne, sans nul doute, une satisfaction intérieure qui accroît son sentiment de dignité personnelle. La possibilité de choisir ses propres activités l’aide aussi à renforcer des comportements que nous ne pensons pas habituellement caractéristiques de l’enfant, un sens de l’autonomie et de l’initiative, par exemple.

III – Importance de l’éducation dans l’édification de la paix

12 – Première conférence

Amersfoort, 1937

Le monde des adultes doit changer. Nous devons nous unir ; nous devons être en contact avec l’enfant, croire en lui, construire un climat qui lui convienne et nous changer nous-mêmes.

L’enfant ne doit plus être considéré comme le fils de l’homme, mais comme le créateur et le père de l’homme, un père capable de créer une humanité meilleure. A nous donc de créer une atmosphère qui puisse satisfaire ses besoins.

L’homme doit conquérir la terre. S’il ne s’est pas développé normalement, il le fait par la violence et dans la haine. S’il s’est développé en un véritable homme normal, il trouve le bonheur d’une vie saine dans son effort. L’homme doit obéir aux lois qui gouvernent sa vie et, parce qu’elles sont cachées, il doit les rechercher.

13 – Supernature et nation unique

Les animaux ne se contente pas de préserver leur espèce, en réalité, ils font beaucoup plus : ils créent le monde vivant.

Si l’homme comprend sa mission et obéit consciemment et sagement aux lois de sa propre existence, il découvrira soudainement qu’il peut changer sa vie et éprouver de la joie là où il fait l’expérience de grandes difficultés.

La lassitude n’est pas naturelle. Elle ne résulte pas du travail mais du fait que nous ne travaillons pas de la bonne façon. L’enfant fait son travail sans se lasser et nous prouve que nous possédons d’immenses réserves d’énergie auxquelles nous ne faisons pas appel.

L’homme est le créateur d’une supernature. Il s’est rendu maître de la matière. Aujourd’hui il peut même arracher à l’univers ce que la nature ne lui aurait jamais donné. Il a appris à exploiter des sources d’énergie cachées loin au-dessous de la surface de la terre et à les utiliser pour la création de la supernature. Il s’est rendu maître de la lumière et accomplit des miracles. Il commence à conquérir le ciel au-dessus de nous. Mais il n’est conscient que des phénomènes particuliers ; son esprit n’en saisit pas l’essence. Il ne voit pas le grand dessein ultime de sa conquête : la création d’une supernature.

L’enfant doit bénéficier d’un maître capable de développer en lui ses instincts supérieurs. En ce sens, l’éducation est échange entre la nature humaine et la supernature. On devrait prendre en compte le fait que l’homme, de nos jours, n’est pas simplement l’homme biologie de la nature. Il se développe grâce aux élaborations de l’intelligence humaine qui progresse.

L’intelligence, l’équilibre de la personnalité et l’unité de toute l’humanité en un organisme unique, voilà, désormais, les richesses de l’homme. Ce qu’il nous faut donc, aujourd’hui, c’est une éducation qui conduise la personne humaine à reconnaître sa propre grandeur.

14 – L’éducation de l’individu

L’enfant nous a montré le principe de base sous-jacent à tout le processus d’éducation. Lui-même nous l’a indiqué, en disant : «Apprends-moi à faire les choses par moi-même !» L’enfant résiste à l’aide des adules quand ils essayent de substituer leur propre activité à la sienne. L’adulte doit aider l’enfant à faire les choses entièrement par lui-même, car si l’enfant n’atteint pas le point où il va essayer de s’appuyer sur l’aide des adultes pour devenir autonome, il n’atteindra jamais la maturité intellectuelle et morale.

La liberté individuelle est, en fait, la base de tout le reste. Sans cette liberté il est impossible pour la personne de se développer pleinement. La liberté est la clé de tout le processus de développement et le premier pas est fait lorsque l’individu est capable d’agir sans l’aide des autres et devient conscient de lui comme d’un être autonome.

Nous devons longuement et sérieusement réfléchir et travailler à l’approfondissement de nos connaissances sur la psychologie et l’éducation pour que celle-ci puisse vraiment aider les hommes. Le but de l’éducation ne devrait pas être d’enseigner comment utiliser les énergies humaines pour le progrès de l’environnement, car nous commençons enfin à prendre conscience que la pierre de touche de l’éducation est le développement de la personnalité humaine et que, de ce point de vue, l’éducation est d’une importance vitale immédiate pour le salut de l’humanité.

L’enfant, être humain libre, peut nous enseigner, à nous et à la société, l’ordre, le calme, la discipline et l’harmonie. Quand nous aidons, l’amour fleurit, un amour dont nous avons le plus grand besoin pour unir tous les hommes et créer une vie heureuse.

L’autonomie individuelle est la base du premier niveau d’éducation. Notre but, à ce niveau, doit être de rendre l’enfant capable d’agir par-lui-même, comme nous l’avons déjà indiqué. L’adulte doit représenter pour l’enfant une source d’aide et non un obstacle. L’adulte doit aider l’enfant et surtout ne jamais en faire la victime impuissante d’une autorité aveugle qui ne tient pas compte de son véritable but.

Le jeune être humain que l’on n’a pas abîmé psychologiquement a des exigences auxquelles il nous faut répondre si nous voulons qu’il développe sa libre personnalité. Pourtant, nous le gardons enfermé à la maison et faisons toutes sortes de choses à sa place alors que nous devrions lui fournir les moyens de les faire par lui-même. Nous devons créer l’environnement supernaturel nécessaire aux enfants et aux adolescents, jusqu’à ce qu’ils rentrent, à leur tour, dans la vie sociale des adultes. Et c’est bien à nous qu’il revient de construire cet environnement pour protéger notre progéniture.

C’est là la mission de l’éducation. Unissons donc nos efforts pour construire un environnement qui permettra à l’enfant et à l’adolescent de vivre une vie individuelle et ainsi d’atteindre le but que nous poursuivons tous : le développement de la personnalité, la formation d’un ordre supernaturel et la création d’une société meilleure. L’âme humaine doit se forger elle-même dans le milieu supernaturel.

Comment pourrons-nous sauver une société qui menace ruine avec des hommes dont la seule formation aura été l’apprentissage d’un métier leur permettant de gagner leur vie ? Ce dont nous avons besoin c’est d’hommes complets. Bien sûr, ces hommes seront tout à fait capables de gagner leur vie dans une société meilleure.

Les hommes, aujourd’hui, sont obligés de choisir soit un métier manuel soit une profession intellectuelle. On pourrait dire que ceux qui travaillent seulement avec leur tête sont des humains mutilés et ceux qui travaillent uniquement avec leurs mains sont des hommes décapités. Nous essayons, bien sûr, de créer une harmonie entre ceux qui travaillent avec leur tête et ceux qui travaillent avec leurs mains en faisant appel à leurs sentiments, mais ce qu’il nous faut ce sont des hommes complets.

III – Discours à la fraternité mondiale des croyances

15 – Éduquer pour la paix

Londres, 1939

Les hommes sont en fait meilleurs qu’il n’y paraît. En vérité, les être humains m’impressionnent par leur extrême bonté et leur immense charité. Mais leur bonté et leur charité sont si inconscientes qu’ils ne se rendent même pas compte qu’ils possèdent ces vertus. On pourrait dire que les luttes des hommes et leur incapacité à se comprendre sont des phénomènes superficiels et que sous la surface, à toutes les époques, se cachent dans leur cœur des profondeurs incommensurables de bonté et d’esprit de sacrifice que l’histoire nous cache et dont l’humanité est inconsciente.

Si nous cherchons un être pur, un être sans idées philosophiques préconçues ni idéologie politique et également éloigné des 2, nous trouvons cet être neutre qu’est l’enfant. Et si nous croyons que les hommes sont différents parce qu’ils parlent différentes langues, nous devons reconnaître, dans l’enfant, un être qui justement ne parle aucune langue et qui, par le fait même, est prêt à apprendre n’importe laquelle.

L’enfant doit donc être au centre de nos préoccupations lorsque nous cherchons des voies vers la paix.

L’intelligence de l’enfant possède d’immenses aptitudes et des capacités insoupçonnées. Son cœur est si sensible au besoin de justice que nous devons l’appeler, comme l’a dit Emmerson, «Le messie qui revient constamment habiter au milieu des hommes déchus pour les conduire vers le royaume des cieux.»

Je suis convaincue que l’enfant peut faire beaucoup pour nous, plus que nous pouvons faire pour lui. Nous, les adultes, sommes rigides. Nous restons comme plantés au même endroit. L’enfant, lui, n’est que mouvement. Il va et vient et tente de nous élever au-dessus de la terre.

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