Les étapes de l’éducation – Maria Montessori

Editeur : Desclée De Brouwer
Date de publication : 2017
Date de publication originale : 1932
Collection : Education
Auteur : Maria Montessori

 

L’éducation a pris aujourd’hui une importance insoupçonnée : elle ne vise pas seulement à évoluer à l’intérieur de l’école, mais elle s’étend au-delà, pour s’allier à la science, à la sociologie, etc. Les termes de «nouvelle éducation», de «pédagogie scientifique», s’appliquent au mouvement ardent d’une réforme qui est le résultat d’une aspiration profonde, éprouvée par toute l’humanité.

Il faut bien s’imprégner de cette idée que la contribution la plus positive à la paix sociale réside dans l’éducation de l’enfant.

Quand, il y a 30 ans, dans la première maison des enfants, nos petits élèves, avec la plus grande simplicité, accomplirent presque un miracle, ils nous démontrèrent que le travail est une nécessité de la croissance aussi indispensable que l’aliment pour le corps, et que la liberté et la discipline ne sont rien d’autre que deux aspects de la même chose.

Je décris dans mon livre «L’enfant» ces phénomènes surprenants chez des enfants de 3 à 6 ans : ceux-ci ne travaillaient pas seulement avec attention, mais avec une concentration qui les extrayait du monde extérieur ; le travail accompli les laissait vigoureux et sereins alors qu’auparavant, ils étaient fatigués et agités. Ce furent ces enfants-là qui apprirent à écrire à 4 ans et demi et le firent brusquement, comme par explosion. Ce furent eux aussi qui mirent à la mode la fameuse leçon de silence, résultat de l’immobilité absolue de toute une classe nombreuse. L’ordre et la discipline étaient réalisés avec une exactitude qui atteignait la perfection.

La liberté de ces enfants était si grande que la maîtresse s’était faite passive ; elle pouvait même être absente sans qu’aucun changement survînt dans le travail paisible, intense de la classe.


Voilà donc que le travail est non seulement compatible avec le bien-être mais qu’il est indispensable au développement de la personnalité ! Et quand, par la suite, la liberté et la discipline se développent ensemble, l’une inséparable de l’autre, résultat et contrôle l’une de l’autre, il n’est pas seulement possible, mais nécessaire et naturel d’allier discipline et liberté.

Mon effort pour comprendre à ce qui se passait sous mes yeux m’amena enfin à la découverte des «périodes sensibles» dans la vie psychique de l’enfant : on peut dire qu’elles constituent la clef pour comprendre sa croissance psychique et, en même temps, tracer un plan sûr d’éducation.

Elle apparaît petit à petit chez l’être nouveau, sous l’effet d’une sensibilité et d’impulsions périodiques qui sont des instincts passagers et qui conduisent à l’acquisition de caractères définis.

Il faut préparer à l’enfant une ambiance adaptée à ses besoins psychiques.
En effet, pendant les périodes sensibles, des rapports étroits s’établissent entre l’individu et l’ambiance d’où il doit recueillir les moyens nécessaires à son développement ; et c’est seulement quand cette ambiance est favorable et que les obstacles sont réduits au minimum, que l’enfant fonctionne pleinement et qu’il révèle ses caractères cachés.

C’est pour cela que l’ambiance de nos écoles est appelée ambiance révélatrice.

Le matériel n’est pas une aide pour faire comprendre ou démontrer ce qu’explique le maître ; non , le matériel est véritablement une substitution au maître enseignant ; et il enseigne d’une manière individuelle et intime ; tandis que la parole du maître s’enfuit, le matériel reste présent ; si la parole du maître donne la description d’une chose, le matériel représente cette chose comme un fait réel.

Quand on assiste à des faits répétés, on se rend compte qu’une des souffrances mentales des enfants dans les écoles ordinaires doit être l’ennui de devoir étudier des choses trop faciles et qui ne prêtent à aucune gymnastique de l’intelligence.

Un autre fait intéressant qu’on démontré les enfants, c’est que la culture ne s’acquiert pas d’une façon régulière, en surmontant des difficultés successives : ou plutôt, les difficultés ne sont pas relatives à la discipline en soi, mais aux conditions psychiques de l’enfant. Il arrive par exemple que certaines connaissances difficiles à assimiler pour un enfant plus grand, disons de 8 ans, soient au contraire faciles et stimulantes pour un enfant de 6 ans. Il arrive que les enfants aient une clarté et une vivacité mentales supérieures à celles de la maîtresse. Il peut se faire que la maîtresse s’embrouille et que l’enfant aille droit au but. Ce sont précisément ces constatations qui nous ont mis sur les traces des périodes sensibles.

L’adolescent devrait, à l’âge de la puberté, être envoyé aux champs, vivre d’une vie primitive au contact de la nature, là où tout germe et se multiplie, offrant à l’homme les moyens primitifs de l’existence. C’est là que les adolescents, séparés du milieu étroit de la famille dans lequel ils ont été traités en enfants, devraient revivre les premières expériences de l’humanité, comprendre les premiers efforts des hommes pour construire la vie sociale.

Travailler, non pour apprendre à travailler, mais pour faire les premiers pas dans la construction d’une conscience sociale et dans la voie de l’indépendance.

Ce problème est à la base de l’éducation à tous les âges successifs. Que dire des étudiants à l’université qui, étant adultes, sont encore soumis comme des enfants et vivent sous la dépendance de leurs maîtres et de leurs parents sans aucune des responsabilités qui les élèvent à la catégorie d’hommes sociaux ?

La culture, je le répète, est moyen et conséquence ; mais non pas l’essence de l’éducation ; en effet, de tout temps on a eu l’intuition qu’il existant une chose plus importante que la culture : l’éducation morale.

Eh bien, l’éducation moral est le fondement de tout : elle ne peut être donnée par «l’enseignement» seulement, mais bien par les expériences vécues, par les conquêtes successives que doit faire l’individu, lui-même aidé par la société.

Oui, l’enfant a ouvert un monde nouveau, et nous a révélé un homme meilleur. Cet homme, nous ne devons pas seulement l’instruire : il nous faut le défendre tout comme le trésor le plus précieux de l’humanité ; et il nous faut le servir afin qu’il nous fasse ses révélations parce que nous avons besoin de lui. De grandes inconnues pèsent sur notre monde d’adultes : l’homme s’ignore lui-même et l’enfant peut nous révéler quelques secrets de notre vie.

Je suis convaincue que la solution de bien des problèmes sociaux pourra être bien aidée par la contribution de l’enfant. Notre avenir réclame d’urgence sa collaboration : c’est pour cela qu’il faut la réforme radicale de l’éducation et la reconnaissance des droits de l’enfant dans la société.

Bien que l’éducation soit reconnue comme l’un des moyens d’élever l’humanité, on ne la considère encore que comme l’éducation de l’esprit, fondée sur de vieux principes, sans penser à en extraire une force novatrice et constructrice.

L’enfant a l’immense tâche de construire l’Homme, en lui et nous, éducateurs (parents, éducateurs), avons la tâche de l’accompagner en construisant son environnement qui répond à ses besoins de développement.

Tout être humain arrive sur terre avec le potentiel de se développer et de s’adapter à son environnement, pourvu que celui-ci respecte ses besoins les plus profonds.

L’éducation comme une aide à la vie :

  • l’ambiance préparée : l’éducateur doit préparer l’environnement pour proposer aux enfants un milieu structuré.
  • L’activité autonome : l’enfant choisit l’activité qui l’intéresse et choisit aussi de s’y atteler seul ou avec d’autres. Il suit ainsi le cours de sa propre socialisation. Il peut aussi ne rien faire ou discuter avec un camarade.
  • «Aide-moi à faire par moi-même» : l’intervention des éducateurs doit être indirecte, l’enfant se développe à son rythme. En effet, l’enfant doit apprendre par sa propre expérience directe.
  • Le respect de l’autre : l’enfant prend tout son temps pour l’activité qu’il a choisie. Il peut la recommencer autant de fois qu’il le désire. Elle n’est terminée que lorsque l’enfant a rangé le matériel et l’a remis à sa place. Il apprend ainsi la vie en communauté. En outre, le matériel est toujours en un seul exemplaire. Si deux enfants veulent faire la même chose, il doivent se mettre d’accord.
  • Le corps et l’esprit : la main est au centre du développement, c’est «l’outil de l’esprit». Il se construit à travers la répétition, le perfectionnement d’un geste acquis avec une précision croissante (verser de l’eau dans un vers, laver un objet, etc…)
  • l’attention : à travers des activités simples mais structurées de la vie quotidienne, l’enfant accède à la concentration et les autres ne doivent pas venir déranger leur camarade concentré.
  • Les éducateurs : ils/elles sont à la fois «savants et saints», au fait des dernières découvertes en psychologie et pédagogie, et acceptant avec humilité que le guide est bien l’enfant. «L’indépendance n’est pas statique, c’est la conquêtes d’un travail continu qui porte en soi, non seulement la liberté, mais la force d’une autoperfection.» Ils/elles respectent la concentration de l’enfant tout en restant prêts à intervenir s’il le faut.

La pédagogie Montessori conduit l’enfant à :

  • agir et penser par lui-même
  • être en communication avec les autres
  • respecter et protéger les autres et son environnement
  • aimer et se laisser aimer

Trois grandes étapes de développement :

  • de la naissance à 3 ans : l’enfant absorbe les informations autour de lui, fait peu à peu la différence entre lui et le monde : embryon spirituel
  • de 3 à 6 ans : l’enfant va construire sa confiance en soi. Capable à 3 ans de dire «moi, je», il a acquis les bases du langage, de la motricité et du développement sensoriel. Il lui faut lui donner les moyens de s’organiser. A 6 ans, l’enfant peut dire «nous» : nouveau-né social.
  • De 6 à 9 ans et de 9 à 12 ans : l’enfant construit sa pensée autonome et intellectuelle. Il a besoin de vivre en société, en groupe, de comprendre les gens et leurs actes. En même temps, il devient un être de sens moral et de justice.

 

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