Éduquer le potentiel humain – Maria Montessori

Editeur : Desclée De Brouwer
Date de publication : 2016
Date de publication originale : 1943
Collection : Education
Auteur : Maria Montessori

 

Selon le plan cosmique, chaque créature qui fait partie de la matière et de la vie – y compris l’homme – est mue par des raisons impénétrables et accomplit inconsciemment une tâche précise.

Introduction

Le présent ouvrage veut être la suite de Éducation pour un monde nouveau et se propose d’aider les éducateurs à comprendre les exigences de l’enfant de plus de 6 ans.

Le secret de la réussite consiste à savoir stimuler intelligemment l’imagination de l’enfant pour ensuite éveiller l’intérêt dans son esprit et y faire germer les graines qui y auront été semées par un matériel de travail attractif, composé de textes et d’images, toujours en relation avec une source d’inspiration centrale – le Plan cosmique, dans lequel tout élément, consciemment ou inconsciemment, contribue au grand objectif de la vie.

L’éducation d’un enfant âgé de 6 et 12 ans ne s’inscrit pas dans la continuité directe de celle qui l’a précédée, même si elle doit se fonder sur ces mêmes bases. Sur le plan psychologique, un changement profond s’opère dans la personnalité de l’enfant : nous constatons que la nature en a fait une période apte à l’acquisition de la culture, comme la précédente l’avait été pour l’assimilation de l’environnement. Désormais, le développement de la conscience est considérable et celle-ci, si elle s’était éveillée auparavant, se tourne maintenant en particulier vers l’extérieur : l’intelligence devient extravertie et l’enfant demande plus que jamais le pourquoi des choses.

Un deuxième aspect de l’éducation de l’enfant de cet âge concerne son exploration de l’univers moral et son envie de distinguer le Bien du Mal.

Avec le développement de son activité morale, il souhaite juger par lui-même et avec ses propres critères, sachant que ceux-ci seront souvent différents de ceux de ses enseignants.

Une troisième donnée intéressante à observer chez l’enfant de 6 ans est son besoin de s’associer avec les autres et non seulement pour des raisons de compagnie. Il aime s’associer aux autres dans un groupe où chacun joue un rôle spécifique : on choisit un chef et on lui obéit en formant un groupe uni. Il s’agit là d’une tendance naturelle grâce à laquelle l’humanité s’organise.

Toute la lumière que l’enfant aura reçue dans son univers moral et les grands idéaux qu’il se sera forgés, pourront ainsi être utilisés plus tard dans le but de l’organisation sociale.

Cependant, rien n’a autant d’importance que le besoin de nourrir son intelligence affamée et d’offrir un vaste champ de connaissances à son exploration passionnée.

La tâche de l’enseignant est simple : au lieu de choisir ce qu’il doit apprendre à son élève, il soit simplement lui proposer un choix aussi vaste que possible pour rassasier son appétit intellectuel. La liberté de choix de l’enfant doit être absolue : sur ces bases, il n’aura besoin de rien d’autre que d’expériences répétées, sachant que celles-ci, dans le processus d’acquisition d’une connaissance donnée, susciteront chez lui de plus en plus d’intérêt et d’attention.

L’univers recouvre une réalité imposante et contient la réponse à tous les questionnements. Nous marcherons ensemble sur ce chemin de la vie, car toutes les choses font partie de l’univers et sont reliées entre elles pour former un tout unique. Ce concept aide l’esprit de l’enfant à se fixer et à arrêter son errance en quête de connaissances. Il en sera satisfait parce qu’il aura enfin découvert le centre universel de soi-même et de toutes les choses.

En lui offrant une vision d’ensemble, on aidera l’intelligence de l’enfant à se développer pleinement, car son intérêt ira à toutes les choses, car toutes les choses sont reliées entre elles et trouvent leur place dans l’univers qui, lui, est au cœur de sa pensée.

Comment utiliser l’imagination

Je me demande parfois comment a pu se former la théorie selon laquelle pour bien travailler de ses mains il faut avoir un esprit inculte et réciproquement qu’à un esprit cultivé correspond forcément la maladresse manuelle ! Doit-on en déduire qu’une homme doit être «classé» comme un travailleur manuel, et de ce fait ne jamais pouvoir s’exprimer dans la plénitude de sa personnalité ? Comment peut-on imaginer qu’un développement unilatéral soit bénéfique pour la personnalité toute entière ?

La nouvelle psychologie de l’inconscient

Aujourd’hui, l’intelligence est conçue non pas comme un ensemble de facultés mentales séparées,mais comme un tout uni et soudé de manière indissociable à la personnalité toute entière. C’est sur ce plan que la psychologie moderne apparaît comme complémentaire de notre méthode éducative.

La psychologie moderne affirme toutefois que l’inconscient – ou subconscient – garde la mémoire de toute chose ; ainsi, la mémoire nous apparaît désormais comme un vaste mystère qui nécessite une étude approfondie pour être éclaircie.

Il existe une mémoire liée à l’espèce, qui permet aux êtres vivants de se reproduire et de transmettre des attitudes particulières aux générations à venir. Grâce à celle-ci, par exemple, les oiseaux sont à même de construire leurs nids selon le mode qui est particulier à leur espèce. Cette mémoire supérieure est dite mnémé.

Autre facteur vital de l’intelligence, l’impulsion à agir dans un but précis participe pleinement de «l’élan vital». Le philosophe Henri Bergson définit ainsi l’impulsion vitale qui pousse toute créature du vivant à réaliser des expériences en vue d’enrichir ses engrammes. Cette même force conduit les enfants de nos écoles à travailler spontanément et à répéter la même expérience jusqu’à être parfaitement satisfait de son résultat. Parfois, on appelle cela «volonté de vivre» et si dans le cas des êtres humains on classe cela parmi les facteurs psychiques conscients, chez les autres créatures du vivant on le considère comme un facteur biologique et inconscient. Toute forme de vie partage ce même «élan vital» et lorsque celle-ci perce le niveau conscient de la pensée il prend la forme d’une attitude volontaire : c’est justement la «volonté».

Aujourd’hui, nous savons qu’au lieu d’être obligés de peiner pour apprendre par cœur les matières les plus importantes, il faut plutôt les étudier sans s’échiner et les «mettre de côté» un temps sans les oublier totalement, pour permettre aux engrammes de se regrouper et de s’organiser.

Tant que les enseignants imposeront leurs propres conclusions aux enfants, pour solide que leur préparation psychologique puisse être, ils n’atteindront jamais le résultat espéré, c’est-à-dire susciter l’intérêt et le travail spontané de l’enfant.

Ce qui est nécessaire avant toute chose, est que dès ses premières années l’individu soit mis en relation avec l’humanité.

Peut-être apprenons-nous à nos enfants à prier et à remercier Dieu, mais nous ne leur apprenons pas à remercier l’humanité qui demeure l’«agent» le plus important de la création divine.

L’univers présenté à l’imagination des enfants

Pour que les enfants s’intéressent à l’univers, mieux vaut éviter de commencer par leur apprendre des données élémentaires comme par exemple en expliquer le mécanisme. A l’inverse, il est préférable de les familiariser avec des notions plus élevées, de nature philosophique, en prenant soin de les exposer d’une manière adéquate et adapter à la psychologie de l’enfant. Dans ce cas particulier, les contes et mythes s’avèrent utiles, si toutefois ils sont choisis pour leur symbolique des vérités naturelles, en écartant les récits purement fantastiques.

Par exemple, nous pourrions commencer par décrire la terre avec ses 3 enveloppes – solide, liquide et gazeuse – auxquelles s’ajoute la quatrième qui comprend la vie, qui occupe la totalité de l’atmosphère extérieure et pénètre aussi les 3 premières enveloppes elles-mêmes. Parfois, on appelle cela «biosphère», ou sphère de la vie, sachant que celle-ci fait partie de la terre tout aussi intimement que la fourrure de l’animal qu’elle recouvre ; il ne s’agit donc pas d’un élément extérieur, «tombé» sur terre en provenance d’un ailleurs quelconque.

Le drame de l’océan

Quand on me demande si je suis d’accord avec les théories de l’évolution, j’ai coutume de répondre que le fait que je le sois ou non, n’a pas beaucoup d’importance. Ce qui compte est d’observer les faits pour corriger les erreurs des théories actuelles, et de ce point de vue la conception de l’évolution des géologues m’apparaît comme un progrès par rapport à celle des biologistes qui dominaient jusque là. La géologie nous fournit des preuves de l’évolution : elle nous montre les animaux marins invertébrés suivis des vertébrés et les amphibiens terrestres à sang froid suivis de ceux à sang chaud puis des oiseaux. Les traces conservées dans les rochers permettent à notre imagination de se projeter dans ce passé lointain et témoignent de l’âge à peine croyable de la terre. Un temps qui ne peut se compter qu’en millions d’années, sachant que vingt-cinq millions d’années correspondent à un simple épisode de l’histoire du monde. En évoquant ces temps infinis, des sciences comme l’astronomie ou la géologie nous donnent un aperçu de l’éternité : aujourd’hui, ce sont les matières les plus fascinantes qui soient et les enfants sont parfaitement à même de le ressentir. Et en effet, ils en sont fascinés.

La vie végétale comme la vie animale doivent aujourd’hui être prises en compte sur 2 plans différents, sachant que le plus important reste celui du rôle qu’elles ont à jouer dans le Plan cosmique. Un plan qui peut exiger d’une espèce une très longue période d’équilibre statique, sans la moindre évolution vers un perfectionnement quelconque.

L’homme aussi, comme tous les êtres vivants, poursuit deux buts, l’un conscient, l’autre non. Il a conscience de ses besoins intellectuels et physiques et de ce qui lui est demandé par sa société et sa civilisation. Il sait qu’il doit lutter pour lui-même, pour sa famille, pour son pays, mais il n’a pas encore conscience des responsabilités bien plus grandes qui lui incombent au sein du Plan cosmique, de son devoir de travailler avec les autres pour son environnement et pour l’univers tout entier qui «geint et s’échine ensemble», selon les mots de la Bible, pour parachever la création. La conclusion victorieuse est du ressort du Tout, et pour que cela arrive certains vont jusqu’à sacrifier leur propre perfectionnement en restant des humbles travailleurs : comme le corail, si immobile et si précieux pourtant. D’autres espèces ayant atteint sans le savoir les limites de leur utilité, incapables de s’adapter aux nouvelles conditions, se retirent de la grande armée de la vie, où seuls les obéissants et les disciplinés continueront de marcher en entonnant le chant joyeux de la Vie.

Comment la terre mère a été créée

On estime la durée de l’évolution de la végétation sur la terre à environ 300 millions d’années ; des algues aux mousses et aux lichens, en passant par les fougères et en allant vers des formes de plus en plus complexes, toujours plus fortes et plus belles.

Le fait même de vivre et de grandir en se perfectionnant, permet aux plantes d’accomplir leur devoir cosmique ; elles le font à nouveau après leur mort, car la végétation morte se transforme dans les réserves inépuisables du charbons de la terre.

Le crétacé

L’instinct de protection que les oiseaux, comme les mammifères, manifestent pour leur progéniture, constitue le véritable progrès de cette étape de l’évolution, bien plus qu’un quelconque perfectionnement de la dentition ou l’apparition des plumes. La nature a évolué en renforçant ce qui s’était montré comme étant le point faible de ses créatures, en les dotant d’une énergie nouvelle appelée Amour. Cet amour qui allait se révéler comme étant une énergie formidable, capable de faire oublier à ces animaux toute peur et inquiétude pour eux-mêmes.


«Les mammifères sont les êtres qui montrent le plus d’amour vis-à-vis de leurs petits, car si pendant la gestation ils les font grandir dans leur ventre pour mieux les protéger, après la naissance ils les nourrissent avec leur propre sang devenu lait, puis continuent d’en prendre soin tant qu’ils demeurent sans défense, au prix de grands sacrifices.» Jean-Henri Fabre – entomologiste français.

Les oiseaux et les mammifères sont des animaux à sang chaud, contrairement aux reptiles dépourvus de tout sentiment.

La nouvelle fatigue de la terre

Tout en prévoyant de nombreux tableaux pour permettre à l’enfant de se faire une idée de la nature et du rythme auquel la vie a progressé, une école Montessori ne demande pas aux enfants d’apprendre des noms et des dates. Ce qui compte est de voir l’enfant s’intéresser au spectacle de l’évolution et à l’accélération constante de ses processus. Avant toute chose, il faut jeter les graines de l’intérêt dans l’esprit de l’enfant – ce qui est relativement facile si ces intérêts existent d’abord chez l’enseignant – tout en s’efforçant de répondre à ses questions de manière satisfaisante, quand il demande à en savoir plus. Les enfants aiment commencer la leçon en plaçant un certain nombre d’images sur des tableaux vides qui indiquent simplement les différentes époques ; de cette manière nous les aidons dans leur effort de compréhension, en isolant les difficultés et en leur présentant une chose à la fois pour éviter toute confusion. L’enfant ne peut pas s’intéresser à un amas chaotique de données à apprendre par cœur ou à répéter dans un ordre donné.

Les premiers hommes

Avec l’homme, quelque chose de nouveau pénétra dans le monde, une énergie vitale d’ordre psychique différente de toutes celles qui avaient existé jusque-là. Dès le début, l’homme se servit d’outils comme aucun autre animal ne l’avait fait auparavant, bien que certains d’entre eux fussent capables de saisir et de soulever des objets.

Il est tout à fait significatif que l’homme ait laissé derrière lui le produit de ses mains et la trace de son intelligence créative, plutôt que des restes corporels parmi tant d’autres animaux : il s’agit là en effet de la caractéristique fondamentale de cette nouvelle énergie cosmique.

L’homme est relativement faible et dispose d’une peau nue ; il est désarmé et en net désavantage par rapport à de nombreux autres mammifères. Pour compenser, il est doté d’une intelligence supérieure, car il est appelé à réaliser une œuvre primordiale dans la création, comme aucune autre forme de vie évoluée. L’intelligence est sa nouvelle arme.

Sa nature ne lui permet ni de voler ni de nager, ni encore de mettre en pièces ses ennemis ou de les fuir très rapidement. Pourtant, au vu des faits, la nouvelle arme se révèle supérieure à toutes les autres et avec le temps l’homme s’affirme dans tous les domaines, non pas grâce à la force de ses jambes ou de ses bras, mais grâce à son cerveau et à son imagination créative notamment !

Nomades contre sédentaires

A l’origine, l’homme pratiquait la chasse pour se défendre des attaques des fauves ; seulement plus tard, au fur et à mesure qu’il devenait carnivore et prenait confiance en son habileté, il commença à chasser pour se procurer de la nourriture. Plus tard encore, il apprit à domestiquer certains animaux pour qu’ils l’aident dans ses besoins quotidiens. Loin de les dompter, comme on le croit souvent, il se limitait à les capturer et à les garder prisonniers. Ceux qui parvenaient à s’adapter et à se reproduire dans les conditions que l’homme leur offrait devenaient naturellement domestiques, d’autres, comme les zèbres ou les antilopes, ne le sont jamais devenus.

Chez l’homme, on note 2 instincts contradictoires : l’un le pousse à vagabonder de par le monde, l’autre à se fixer dans un lieu donné.

Si les sédentaires produisaient, les nomades venaient souvent s’emparer du fruit de leurs efforts par des attaques armées. Ceci semble avoir été le cours de l’histoire dès les époques les plus lointaines et bien que cela puisse paraître injuste, ce mécanisme a favorisé le développement de la civilisation et permis le métissage.

Aujourd’hui, sauf chez les tribus primitives, les agriculteurs ne prennent plus les armes contre les prédateurs ni contre les étrangers indésirables. Les États, en revanche, continuent de s’armer pour défendre leurs frontières et ne se reconnaissent de devoirs qu’envers leur propre population. Ils ignorent que l’humanité est une, ou ils commencent tout juste à le reconnaître à contrecœur.

La stagnation s’est toujours traduite par la mort, c’est pourquoi les peuples ont toujours été en mouvement comme si, en fin de compte, les conquêtes constituaient toujours, d’une manière ou d’une autre, un enrichissement tant pour les conquérants que pour les peuples assujettis et plus généralement pour l’humanité toute entière.

Si un jour l’unité entre les hommes était enfin atteinte – ce qui dans la nature est un fait – elle pourra l’être seulement grâce à un système d’éducation permettant d’apprécier à leur juste valeur les fruits de la collaboration entre les hommes, un système qui nous pousse à nous défaire de bon gré de nos préjudices pour privilégier l’intérêt du travail commun et réaliser le Plan cosmique qui traduit la volonté divine dans les aspects les plus concrets de la création.

Pour éveiller les esprits, il faut quelque chose de sacré et de profond, c’est pourquoi il est important de susciter un sentiment et un enthousiasme profonds pour la sainte cause de l’humanité chez les enfants de notre monde civilisé.

L’homme qui créé et qui découvre

Si notre imagination nous a permis de reconstituer le passé de notre planète et de ses habitants, nous le devons aux découvertes d’un certain nombre d’hommes de génie. Ces découvertes ne sont pas le fruit de l’intelligence seule sans autres formes d’aide, mais bien de celle-ci avec le soutien de la science organisée.

Chaque chose est le produit de l’esprit humain et en ce qui nous concerne nous avons l’ambition d’incarner ces fruits dans l’éducation, comme un trésor de richesses transmis par l’homme. Il est donc de notre devoir d’admirer – et de faire admirer à nos enfants – tous ces pionniers connus et inconnus, animés par la flamme qui a éclairé le chemin de l’humanité.


L’homme, où va-t-il ?

La cruauté et l’exploitation, les guerres et toute autre forme de violence s’expliquent car les hommes n’ont toujours pas pris conscience de leur humanité commune et de l’œuvre qu’ils ont à accomplir ensemble pour la réalisation d’un destin cosmique.

Les forces qui bouleversent le monde actuel exigent que l’on prenne en compte l’unité de l’humanité avec la plus grande urgence ; fini le temps où quelques groupes raciaux ou pays isolés pouvaient accéder à la civilisation, lassant les autres dans la servitude et la dans la barbarie.

Les enseignants se voient confier des pouvoirs immenses auxquels ils ne peuvent se soustraire. Étant donné que la santé physique est la première donnée à prendre en considération, commençons par voir quelles sont les réformes nécessaires dans ce domaine pour que les enseignants puissent assumer leur sacro-sainte responsabilité.

Dans chaque école, il est nécessaire de surveiller la croissance des enfants et toute éventuelle déviance de la normalité.

Le taux de mortalité des enfants de moins d’un an est énorme et absolument anormal, car l’importance de ce taux est due à l’ignorance et à de mauvaises conditions sociales, non à la volonté de Dieu ! Ce pourcentage diminue graduellement jusqu’à l’âge de 6 ans, pour atteindre et garder un niveau stable entre 6 & 12 ans. Ces morts précoces et anormales sont de véritables crimes, des morts comme nature dont nous portons tous une part de responsabilité, en raison de laquelle nous devons nous avouer coupables. Après l’âge de 12 ans, le taux de mortalité croît à nouveau jusqu’à l’âge de 18 ans ; il s’agit là d’une nouvelle période dangereuse qui s’accompagne de transformations profondes. La vie ne sera sûre qu’une fois atteint l’âge de 18 ans.

C’est une erreur d’attendre d’un garçon en pleine puberté qu’il travaille beaucoup et qu’il fasse des progrès uniformes et constants. En cette période de vie, il faut être indulgent avec ceux qui manifestent des difficultés. La vie d’un homme est un tout unique d’un bout à l’autre, comme une corde tendue : touchée en un seul point, elle vibre sur toute sa longueur. Ainsi la vie de l’adulte peut se ressentir d’événements apparemment anodins survenus dans l’enfance, et puisqu’il est tout à fait vraisemblable que ces périodes de faiblesse comportent des épisodes désagréables, la responsabilité de l’enseignant envers l’humanité est d’autant plus importante.

Grâce à des expériences qui se sont étalées dans la durée, nous sommes arrivés à éliminer bon nombre d’erreurs et à trouver la clef qui peut ouvrir aux enfants les portes d’une éducation saine et heureuse. L’avenir de l’humanité dépend de notre courage et de notre persévérance à en faire usage.

Conclusion

Le chemin de la vie que chaque individu a à parcourir est constamment menacé par des dangers. La vie est un véritable champ de bataille : on peut en revenir, mais on peut aussi y être affreusement mutilé et durement blessé avant d’entrer dans la phase pacifique et triomphante que représente l’âge adulte.

Chaque problème sociale est pris en considération du point de vue de l’adulte et de ses exigences : le logement, le travail, le salaire, le droit de vote… Mais les besoins de l’enfant sont de loin bien plus importants, puisqu’il existe chez lui des forces qui peuvent rester complément inhibées ou à l’inverse, se développer à notre époque comme elles n’ont jamais pu le faire dans le passé. Assurer à l’enfant un toit, des habits et de la nourriture ne suffit pas ; le progrès de l’humanité dépend de la satisfaction de besoins bien plus spirituels que ceux-là, de la création d’une humanité meilleure et plus forte.

Les problèmes sociaux de l’adulte et de l’enfant sont donc étroitement liés, mais ils peuvent aussi être pris en compte séparément ; l’école a des responsabilités particulières vis-à-vis de l’enfant. Partout dans le monde, l’école enrôle la jeunesse pour former la grande armée de la vie.

Enseigner dans une école Montessori consiste à renoncer à sa toute puissance pour s’apprêter à observer avec joie. Si l’enseignant prend du plaisir à voir les choses naître et grandir sous ses yeux et s’il sait travailler avec humilité, des joies nombreuses l’attendent qu’ignorent tous ceux qui, face à une classe d’élèves, prétendent être infaillibles et prétendent exercer une autorité absolue.

L’enseignant d’autrefois avait inconsciemment l’habitude de dresser en modèle ses propres vertus . Il était parfait, autrement dit il était persuadé de savoir toujours ce qu’il fallait et ce qu’il ne fallait pas faire. Il avait face à lui des êtres vides à remplir de notions et à modeler à sa propre image… avec l’aide de Dieu !

En renonçant à sa force et à son autorité, l’enseignant comprend aussitôt combien de choses cette perte lui fait gagner. Il acquiert la patience du scientifique, une patience qui se manifeste par un intérêt passionné pour ce qui lui est donné d’observer.

 

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