Conférence de Catherine Gueguen : « Les neurosciences et le développement de l’enfant » – 2015

La conférence dans son intégralité ici

Le thème : Qu’est-ce qui favorise le bon développement de l’être humain ? Les progrès réalisés ces dix dernières années dans la connaissance du cerveau affectif de l’enfant sont considérables et nous permettent de mieux répondre à cette question.

La conférencière et ses publications : Le Dr. Catherine Gueguen est pédiatre, formée en haptonomie et en communication non violente.
Spécialiste de l’enfance, elle a travaillé plusieurs années en crèche et a enseigné l’haptonomie. Elle anime également des groupes de travail pour les médecins, psychologues, éducateurs, sages-femmes et de nombreux professionnels de l’enfance, sur l’aide et le soutien à apporter aux parents.
Catherine Gueguen est l’auteur de nombreux essais sur l’éducation et les neurosciences. Elle exerce actuellement à l’institut Franco-britannique, à Levallois-Perret.

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Les neurosciences affectives & sociales

Les neurosciences affectives et sociales nous confirment que l’enfance et la petite enfance sont fondamentales pour la construction de l’être humain.

En France, il y a beaucoup de chercheurs en neurosciences cognitives (mémoire, apprentissage, pensée.) En revanche il n’y a pas de chercheur en neurosciences affectives & sociales (émotions, sentiments & capacités relationnelles)

Les recherches menées à l’heure actuelles sont pointues. Ce que les chercheurs en neurosciences affectives et sociales nous disent :
-L’enfant est un être en construction, et son cerveau est beaucoup plus fragile, malléable et immature que ce que l’on savait jusqu’à présent.
-Les relations sociales sont capitales. Une partie de notre cerveau y est dévolu.
-Toutes les expériences relationnelles modifient en permanence le cerveau de l’enfant

Les émotions

Une émotion est une réaction biologique instantané de notre corps qui réagit à un événement. Le sentiment survient après l’émotion. La différence entre ces deux termes ne sera pas faite dans cette conférence.

L’environnement social et affectif a une influence sur :
-la sécrétion des molécules cérébrales
-le développement des neurones
-la myélinisation
-les synapses
-les circuits neuronaux
-les structures cérébrales
-l’axe neuro-endocrinien qui régule le stress
-l’expression de certains gênes

L’enfance construit l’être humain, dans le bon sens comme dans le mauvais.

La prise en compte des émotions est primordiale dans l’accompagnement de l’enfant. Les émotions nous renseignent sur nos besoins profonds. Elles ne sont si biens, ni mauvaises. Elles représentent la connaissance et la conscience de soi. Un être humain ne se construit que s’il a une connaissance de lui même. Favoriser l’expression des émotions dès le plus jeune âge est fondamental pour la construction de l’être humain.

Quand, dans l’enfance, il y a humiliation verbale ou physique, l’enfant se déconnecte de ses ressentis pour ne pas souffrir. Toutes les maltraitances poussent l’individu à se déconnecter et donc l’empêchent de se connaître.

Beaucoup d’émotions sont jugées comme négatives. «Arrête de pleurer» et donc tues.

L’expression des émotions apaise et régule notre cerveau émotionnelle.
L’amygdale cérébrale est apaisé quand on exprime nos émotions. Il faut pouvoir dire quand on est triste, quand on a du chagrin, quand on est anxieux, quand on est en colère…

La connexion avec nos émotions est fondamentale pour bien vivre, pour se connaître, pour faire les choix qui nous correspondent.
De plus, savoir gérer ses émotions quand elles sont trop intenses est absolument nécessaire.

Le cortex préfrontal

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Le cortex préfrontal, situé juste derrière le front et qui nous différencie des grands singes, permet de se calmer, de prendre les bonnes décisions face à nos émotions sans agresser l’autre physiquement, verbalement ou fuir immédiatement.
Nommer ce que nous sentons calme l’amygdale cérébrale, centre de la peur.
La réévaluation modifie l’impact émotionnelle. Réévaluer c’est pouvoir prendre du recul face à quelque chose de difficile et cela modifie totalement le circuit émotionnelle.

Voilà ce qui se passe chez l’adulte.

Chez l’enfant, c’est vraiment différent car son cerveau est très immature. Son développement est sous l’influence de 2 facteurs : des facteurs génétiques et des facteurs environnementaux

L’épigénétique
epigenetique

L’épigénétique : l’environnement modifie les gènes
Le cerveau se développe surtout les 5 premières années. Notre maturation cérébrale se termine à la fin de l’adolescence (environ 25 ans). Le cerveau reste modifiable.

Le cerveau

cerveau

Le cortex orbito-frontale

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Le cortex orbito-frontale est la structure cérébrale qui se développe en dernier. Il permet la régulation des comportements émotionnels et sociaux.

Des cellules qui s’enchevêtrent les unes aux autres
cellules

IRM de diffusion
IRM

Grâce à toutes ces techniques, on connaît désormais plus de choses sur le cerveau.

Rappelons-le, les premières années de la vie, le cerveau est très vulnérable.
Les relations avec les parents et l’entourage vont avoir des effets profonds sur les structures et circuits cérébraux et le développement global du cerveau de l’enfant.

Les expériences affectives

Elles agissent profondément sur l’enfant et peuvent modifier le développement de son cerveau

L’environnement social a des effets sur :
-le développement du cerveau affectif et cognitif
-la physiologie, la santé et la psychologie
-le comportement
-l’expression des émotions

La relation idéale, pour que l’être humain se développe bien et pour une optimisation du développement de son cerveau, est :
-empathique
-soutenante
-aimante

Un enfant élevé avec empathie va devenir empathique.
Un enfant élevé avec violence va devenir violent.

3 cerveaux

Nous avons 3 cerveaux :
-un cerveau archaïque
-un cerveau émotionnel
-un cerveau supérieur ou néocortex

Le cerveau archaïque, que nous avons en commun avec les reptiles, est là pour notre survie. Face à un danger, nous aurons un comportement instinctif.

Le cerveau émotionnel, qu’on partage avec tous les mammifères, a un rôle très important au niveaux des apprentissages et de la mémoire. Il nous fait ressentir toutes les émotions. Il est tempéré par le néocortex pour que les émotions ne soient pas envahissantes, il a un rôle régulateur des instincts primitifs de survie du cerveau archaïque et enfin il joue un rôle important dans les apprentissages et la mémoire.

Le cerveau supérieur ou néocortex, qu’on partage avec les primates, représente 85% du volume cérébral total.

Ses fonctions :
-conscience
-langage
-capacités d’apprentissage
-perceptions sensorielles
-commandes motrices volontaires
-présence dans l’espace

Le lobe préfrontal
Le lobe préfrontal est très important. C’est le lobe qui a connu la plus forte expansion chez l’être humain. Il est le centre de :
-la réflexion
-le raisonnement
-la créativité
-la résolution des problèmes
-la planification
-la conscience de soi
-l’empathie

L’enfant

L’enfant ne peut pas contrôler ses émotions. Ce n’est pas parce qu’il ne veut pas ou ne sait pas, il ne peut pas. Ses structures et réseaux cérébraux ne sont pas encore suffisamment fonctionnels.
Il rencontre des tempêtes émotionnelles, des peurs incontrôlées, de véritables angoisses, de très grands chagrins…

En-dessous de 5-6 ans, l’enfant des impulsions et des émotions qu’il contrôle difficilement car la partie qui les contrôle commence à mûrir entre 5 & 7 ans.
Ensuite, l’enfant contrôle un peu mieux ses émotions, il comprend leurs causes et sait les surmonter.
Si l’entourage a été suffisamment bon, on sait contrôler nos émotions à partir de 6-7 ans.

Chez l’enfant, le cortex préfrontal n’est pas fonctionnel. La maturation est achevée à l’âge adulte. C’est l’environnement qui permet cette maturation.

Les enfants ne font pas des caprices, ils n’ont pas de troubles pathologiques du développement. Leur comportement «inacceptable» est seulement le résultat de l’immaturité normal du cerveau.

L’enfant reçoit les émotions de plein fouet, sans filtre et n’a pas la possibilité de s’apaiser seul. Si on le laisse seul avec ses émotions (peur, chagrin, angoisse), les molécules de stress vont être sécrétées ; molécules très nocives pour un cerveau en développement.
L’enfant a besoin d’être rassurée, consolé, sécurisé, quand il a des émotions désagréables.
Comprendre les émotions de l’enfant, aider l’enfant à exprimer ses émotions, et l’aider à s’apaiser. Voilà le rôle de l’adulte avec les émotions de l’enfant.

L’empathie

Empathie affective : comprendre les émotions d’autrui
Empathie cognitives : comprendre les intentions d’autrui.

Le passage des tempêtes émotionnelles ne durera pas si les adultes apaisent l’enfant. Au lieu de l’en empêcher et le réprimander quand il y a des colères et des pleurs (menaces, cris, punitions)…

Selon l’OMS, 90% des enfants sont maltraités dans la petite enfance (violences physiques dans les écoles africaines, asiatiques, violences émotionnelles dans les écoles françaises…)
2 enfants par jour meurent de maltraitance.

A chaque fois qu’on console un enfant qui pleure, on participe à la maturation de son cerveau. Un petit qui pleure a besoin d’aide pour retrouver son calme.
Une attitude douce, chaleureuse. Un ton de voix calme, apaisant, un regard compréhensif… Apaiser et être empathique ne veut pas dire être laxiste.
Cela aide l’enfant à maturer son cerveau et à faire face à ses émotions.

Études

En 2011, Émile Coccaro, professeur de psychiatrie à l’Université de Chicago à fait une étude sur les adultes violents. Il a constaté que ces derniers avaient un cortex préfrontal hypoactif

L’un des fondateurs des neurosciences affectives et sociales est Allan Schore. Il dirige actuellement le département de psychiatrie de Los Angeles. Il a montré l’importance du COF (Cortex Orbito Frontal). Il est capital pour la vie sociale. Il a une structure précieuse et un rôle dans :
-la capacité d’affection, d’empathie
-la régulation des émotions
-le développement du sens moral
-l’aptitude à prendre des décisions
Il a montré que c’est l’environnement qui va permettre à ce cortex de se développer.
Pour lui, tous les dysfonctionnements émotionnels sont localisés dans cette structure cérébrale.

Les neurones miroirs, la découverte de Rizzolati, démontrent que l’on imite les gestes et les comportements de l’autre.
Nous sommes donc des modèles pour les enfants et nous les aidons à se construire.
L’enfant apprend des gestes de l’adulte. Qu’ils soient doux ou violents…

La peur et le stress

La peur et le stress sont très néfastes pour l’enfant.
Les traumatismes vécus les premières années ne sont pas mémorisés mais ils restent fixés à l’amygdale et continuent à produire des effets nocifs.

Quand l’adulte s’énerve, colère, crie, fait les gros yeux, punit… Il transmet directement son énervement, sa colère, son angoisse, sa peur à l’enfant.

L’éducation par la peur est nocive et laisse des traces souterraines qui continuent à agir à l’âge adulte.
Les histoires de loups, de sorcières et de monstres déclenchent de véritables peurs en-dessous de 5 ans. L’enfant n’est pas capable de différencier le réel de l’imaginaire, de prendre du recul, de raisonner. A partir de 6-7 ans, oui.

Le stress déclenche la sécrétion de cortisol.
Le cortisol active l’amygdale, centre de la peur et altère l’hippocampe. L’esprit est paralysé par la peur, la personne n’est plus capable d’écouter ou d’apprendre.
S’il se prolonge, le cortisol libéré en trop grande quantité agresse les neurones de l’hippocampe, freine leur multiplication, diminue leur nombre et peut même les détruire. Les effets sont désastreux sur la mémoire et les apprentissages.
Les apprentissages ne doivent plus se faire dans le stress.

Prendre soin

Le maternage (prendre soin) favorise le développement de l’hippocampe.
Après une étude en 2012, Joan Luby, Psychiatre à l’Université de Saint Louis, nous dit que si la mère encourage son enfant quand il est petit, son hippocampe augmente de volume.

La même année, Martin Teicher, chercheur à Harvard, a confirmé que la maltraitance verbale ou physique chez l’enfant diminue le volume de l’hippocampe.

Le stress dans une classe

Il peut être amené par :
-la peur du regard des autres
-la peur de paraître nul devant le professeur, les camarades de classe
-la peur des mauvaises notes
-la peur des comparaisons
Le stress est contre performant et altère les apprentissages.
C’est un cercle vicieux : l’enfant apprend mal, se sent nul, humilié et ne veut plus aller en classe.

Les devoirs écrits
En France, le 29 décembre 1956, les devoirs écrits à la maison sont interdits à l’école primaire. Cette interdiction est rarement appliquée et est très dommageable pour l’enfant. Cela le met sous pression inutilement et le prive d’un temps précieux de jeu.

Le stress durant la vie prénatale et la petite enfance diminue la neurogenèse (développement des nouveaux neurones)

Les premières années de vie sont déterminantes. La privation affective, la maltraitance des enfants peuvent avoir des répercussions irréversibles :
-difficultés de concentration avec agitation
-anxiété
-agressivité
-dépression
-troubles de la personnalité
-conduites anti-sociales
-addiction à l’alcool, aux drogues
-suicide

Les troubles psychiatriques sont plus importants quand l’enfant a subi de mauvais traitements émotionnels que lorsqu’il vit de la maltraitance physique.

En 2009, le chercheur Jeewook Choi, partage le fait que les paroles blessantes, humiliantes ou méprisantes altèrent le fonctionnement de circuits neuronaux et de zone participant à la compréhension du langage et entraînent aussi des somatisations, des troubles anxieux, dissociatifs et des dépressions.

Pourquoi appelle-t-on
Agression le fait de frapper un adulte
Cruauté le fait de frapper un animal
mais éducation le fait de frapper un enfant ?

En 2014, 43 pays ont une loi contre les violences. Elle n’existe pas en France.

La résilience

En psychologie, on se sert du terme résilience pour désigner la capacité de se refaire une vie et de s’épanouir en surmontant un choc traumatique grave.
Heureusement, les facteurs de résilience sont très nombreux :
-l’entourage familial
-l’entourage amical
-l’entourage en général

L’ocytocine

Elle est la molécule de l’amour. Elle procure du bien être, elle aide à percevoir les émotions. Cette molécule favorise la coopération et l’empathie
Elle est sécrétée lors de toute interaction harmonieuse :
-mots doux
-tétée
-contact tendre
-caresses
-baisers
-orgasme
-eau chaude

L’ocytocine accroît la confiance. Elle a de grandes implications sociales :
-elle réduit l’anxiété, l’appréhension sociale
-elle contribue au lien social, à la cohésion du groupe
-elle favorise la coopération, l’altruisme

Créer des relations chaleureuses et bienveillantes avec les enfants permet de :
-aider l’enfant à évoluer positivement
-augmenter son sentiment de bien-être, de confiance
-diminuer son anxiété
-diminuer son agressivité

Le jeu

Le jeu et le plaisir qui l’accompagne fertilisent la croissance des circuits de l’amygdale et du cortex préfrontal.
Le temps passé à jouer est bénéfique pour :
-la croissance neuronale et synaptique
-la consolidation de certaines voies neuronales

Se dépenser physiquement libère les pulsions motrices de l’enfant. Sauter à la corde, grimper, courir, danser, jouer à la marelle… S’il ne peux exprimer sa vitalité en jouant, il peut alors devenir agité, anxieux.

Outils

-La Communication Non Violente (CNV) ou communication bientraitante permet de parler de façon bienveillante.
Elle a pour but de créer une relation de qualité avec soi-même et avec les autres. C’est un travail d’auto empathie et d’empathie
-Le site internet Non Violence Actualité
-Le site internet de l’Observatoire de la Violence éducative Ordinaire (OVEO)
-La méditation de pleine conscience
En hollande, le ministère de l’éducation offre à tous les enseignants une formation de méditation de pleine conscience.
Le Be Institute est un institut qui propose régulièrement des programmes de pleine conscience sur Biarritz.
Les recherches ont montré que la pratique de la méditation permet un meilleur équilibre émotionnel, apaise et aide à se concentrer.
-La relaxation de la grenouille, pour les enfants et les parents ici
calme

Bibliographie


Pour une enfance heureuse – Repenser l’éducation à la lumière des dernières découvertes sur le cerveau
Vivre heureux avec son enfant
Heureux d’apprendre à l’école
Transmettre

Bibliographie sur le même thème

C’est pour ton bien , racines de la violence dans l’éducation de l’enfant – Alice Miller
Les mots sont des fenêtres, ou bien ce sont des murs – Marshall Rosenberg
Éduquer sans punir – Thomas Gordon

6 réflexions sur “Conférence de Catherine Gueguen : « Les neurosciences et le développement de l’enfant » – 2015

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