Montessori à la maison, je passe à l’acte – Nathalie Petit

EDITEUR : Actes Sud – Kaizen
DATE DE PUBLICATION : 2017
COLLECTION : Sciences Humaines
AUTEUR : Nathalie Petit
ILLUSTRATIONS : Virginie Maillard

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Note personnelle : les illustrations de Virginie Maillard sont très intéressantes et font sens pour moi. Je vous invite à retrouver beaucoup d’outils très intéressants pour les parents et les professionnels sur son site Bougribouillons.

Pourquoi

Soutenir l’estime de soi prévient l’agressivité. Le psychosociologue Jean Epstein a travaillé pendant 5 ans sur les facteurs favorisant la violence chez les jeunes. Y figurent au premier rang le manque de confiance et d’estime de soi, le non-respect des rythmes de l’enfant et de son espace, ainsi que le manque de limites claires. Des décennies après les travaux de Maria Montessori, il ne fait que confirmer les principes essentiels de sa pédagogie révolutionnaire et la conviction qui anima sa démarche durant toute sa vie.

« La contribution la plus positive à la paix sociale réside dans l’éducation de l’enfant. » Maria Montessori

Tout à la fois scientifique et philosophe, Maria Montessori est à l’origine d’une véritable révolution conceptuelle dans la manière de percevoir l’enfant. En l’étudiant sans le sous-estimer, elle l’a découvert doté d’immenses capacités dont il suffit d’accompagner le développement naturel.
La pédagogie Montessori est fondée sur le respect des rythmes naturels de l’enfant et de ses besoins. Elle repose sur 3 piliers : la liberté de choisir, la possibilité pour l’enfant d’être autonome afin d’agir par lui-même, l’apprentissage par l’expérience.

Entre 0 et 3 ans, laisser à un enfant le libre choix entre 2 choses et lui confier des tâches simples participe à la construction de son individualité. Dès lors, la phase d’opposition systématique autour des 2 ans, connue sous le nom de « terrible two », s’en trouve fortement atténuée. De plus, en étant libre de ses mouvements, en interagissant de ses mains avec le monde réel ; l’enfant apprend à se concentrer et gagne en confiance.

S’entourer

Au fil des ans, les déterminants de l’apprentissage que Maria Montessori avait identifiés ont été validés par les recherches en neurosciences. Celles-ci ont apporté un crédit scientifique aux fondamentaux de son approche : la capacité naturelle des enfants à apprendre, l’importance de la bienveillance, la possibilité de manipuler et de se mouvoir librement. Elles prouvent l’extraordinaire prédisposition du jeune enfant à être acteur de son développement.
Ainsi, l’importance du mouvement pour favoriser le développement cognitif a été solidement démontrée. Encourager les enfants à bouger leurs mains et leurs corps, dès leur plus jeune âge, favorise l’acquisition d’idées aussi abstraites que celles de l’espace et du temps.

« Chaque minute de vie du jeune enfant, plus de 2 millions de synapses se mettent en place. » Jean-Pierre Changeux, neurobiologiste.

L’existence de périodes sensibles, des fenêtres temporelles propices à l’acquisition de certaines compétences comme le langage , est également attestée. Pendant une période sensible, l’enfant est naturellement attiré vers ce qu’il a besoin de perfectionner. Plus largement, le concept montessorien d’esprit absorbant est confirmé par la notion de plasticité cérébrale. Elle décrit l’exceptionnelle faculté de l’enfant à apprendre du monde qui l’entoure. Ainsi, ses expériences quotidiennes façonnent son cerveau et développent une intelligence qui n’est pas figée à la naissance.

« Quand l’adulte est soutenant, bienveillant, empathique avec l’enfant, il participe à la maturation progressive de son cerveau. »
Catherine Gueguen, pédiatre

Quand le jeune enfant peut explorer l’environnement avec ses mains, quand il peut saisir des objets, exercer ses muscles et accroître sa dextérité, sa compréhension du monde en est facilitée. Sa curiosité s’aiguise. Plus encore, la main entretient des liens si étroits avec le cerveau qu’elle favorise son développement. Grâce à la manipulation et au contact avec le concret, la pensée se structure.

S’équiper

« Il ne s’agit pas d’abandonner l’enfant à lui-même pour qu’il fasse ce qu’il veut, mais de lui préparer un milieu où il puisse agir librement. » Maria Montessori

Le nouveau-né arrive dans un environnement où tout lui est inconnu. Trop d’informations peuvent saturer son cerveau. Une atmosphère calme et sobre l’aide au contraire à se concentrer et à apprendre.

Passez ses jouets en revue et éliminez le superflu : gardez ceux qui présentent un intérêt éducatif et ceux qui stimulent un seul sens à la fois. Étiquetez ; rangez et tournez toutes les semaines ou tous les 2 ou 3 jours.

La pédagogie Montessori favorise la liberté de mouvements et d’exploration. Plus l’enfant aura la possibilité de se déplacer librement et sans entrave, plus son envie de découvrir le monde grandira. En appliquant les mesures habituelles de sécurité, vous répondez naturellement à ce besoin. On va donc se contenter de sécuriser en priorité sa chambre et si possible le reste de la maison.

Le coucher montessorien s’appuie sur les besoins d’autonomie et d’observation de l’enfant dès les premiers temps de sa vie. Très concrètement, le lit à barreaux est remplacé par un matelas ou grand futon au sol, qu’on protège du mur par quelques coussins bien fermes, et qu’on entoure d’un tapis moelleux par précaution.

L’autonomie est un point central de l’approche Montessori. Elle est facile à favoriser dans la chambre mais aussi dans le reste de la maison par de tout petits aménagements. Vous installerez dans l’entrée un endroit où votre enfant pourra poser son manteau et ses chaussures. Dans la cuisine, laissez un tiroir à sa portée, dans lequel vous placez des objets usuels sans risque. Encore mieux, un espace de travail à sa hauteur, pour qu’il puisse agir de lui-même lorsque les adultes s’y activent. Dans la salle de bain, si c’est possible, aménagez-lui un espace dédié à sa toilette, où il peut se brosser les dents, se laver les mains et se coiffer.

Se lancer

Au moment de passer à l’action, gardez en tête que le cerveau de votre enfant est vulnérable, fragile et immature. Avant l’âge de 5 à 7 ans, les cris ou les pleurs que nous prenons parfois pour des caprices sont naturels. Ils sont les conséquences de son incapacité à contrôler ses émotions. Le rassurer suffit bien souvent à le calmer. Essayez de voir ce qui le tranquillise le plus.

Dès la naissance, votre enfant observe votre visage avec une grande intensité. Son ouïe est fine et il est déjà très sensible aux mots. Il a besoin que vous lui parliez. Même s’il n’en comprend pas les détails, il perçoit le sens de votre discours. Communiquer avec lui l’aide à comprendre le monde qui l’entoure et à apprendre le langage à son tour. Tout le monde s’accorde aujourd’hui sur l’incongruité de parler « bébé » aux enfants.
L’enfant acquiert d’autant plus facilement le langage qu’on s’adresse à lui comme à un adulte, en utilisant un vocabulaire riche et varié. Plus il est exposé au langage, plus il progresse.

Durant ses 3 premières années, l’enfant a un besoin impérieux d’ordre. Il lui est utile pour nourrir son environnement, comprendre la rôle et la fonction de chaque chose. Par « ordre », il faut entendre : des objets rangés à la même place et les rituels du bain, du change ou du repas réalisés dans une chronologie précise. Par exemple, instaurez une routine quand vous l’habillez : commencez toujours par mettre le bras droit, puis le gauche… en lui disant à chaque étape ce que vous faites.
Pourquoi ne pas créer un petit album visuel de ces routines et le feuilleter avec lui ? En trouvant dans son milieu des repères, l’enfant consolide sa construction intérieure.

Les 5 premiers mois, s’il ne bouge pas beaucoup, le nourrisson est loin d’être passif. Il observe, absorbe et commence à maîtriser certains mouvements.

L’éveil du tout petit passe aussi par les livres. Cela semble prématuré et, pourtant, ils intéressent les enfants dès leur plus jeune âge.
En mousse ou en tissu, noirs et blancs jusqu’à 3-4 mois, puis en couleur. Sans s’en rendre compte, il s’éveille ainsi au langage.

Le mouvement libre est un aspect montessorien qui a été approfondi par la pédiatre Emmi Pickler et qui se répand largement dans l’accueil du tout-petit.

Toutefois, laisser de côté son inquiétude peut être difficile au début. L’espace d’éveil sécurisé que vous avez préparé vous y aidera. Observez et restez en retrait, sauf en cas de réel danger.

Freinez aussi votre envie de le voir accéder rapidement à la marche : laissez-le aller à son rythme. Les matériels tels que transat et trotteurs ne l’aident pas à construire sa motricité. Il peut être utile d’installer une barre d’appui dans son espace d’éveil, si possible au-dessus du miroir, à environ 45 cm au-dessus du sol. Elle offre à l’enfant un support solide pour pratiquer la station debout et renforcer son équilibre, tout en prenant plaisir à regarder le miroir.

Le jeune enfant appréhende le monde au travers de ses sens, passerelles entre les mondes intérieur et extérieur.

C’est par le concret que l’enfant peut comprendre l’abstrait. Aussi, pour l’aider à acquérir une notion aussi abstraite que la permanence de l’objet, Maria Montessori a conçu des boîtes à forme. Avec elles, l’enfant apprend qu’un objet continue d’exister, même s’il disparaît momentanément de sa vue.

L’aider à acquérir cette notion accroît son sentiment de sécurité et sera d’une grande aide pour qu’il tolère mieux les périodes de séparation.

La phase de 12-15 à 24 mois donne lieu à une explosion motrice. La marche s’assure, la préhension s’affine : votre enfant aime visser, dévisser, tirer, traîner… Ses besoins évoluent vers davantage de motricité fine. C’est une période particulièrement sensible pour le travail de la main, des doigts et du poignet.

« La main est le professeur principal de l’enfant. » Maria Montessori

De manière générale, pour vous donner plus de chances qu’il soit pleinement attentif et engagé, laissez-lui la liberté de choisir l’activité. Organisez une rotation des jeux et laissez quelques plateaux accessibles dans sa chambre. Sur le même registre, lui proposer de choisir entre 2 ou 3 vêtements peut le rendre beaucoup plus coopérant lors de la séance d’habillage. Soyez juste prêt à accepter son idée du mariage des couleurs.

« Nul besoin d’aller chercher des activités extraordinaires. A 3 ans, l’ordinaire est extraordinaire. » Céline Alvarez

Dans le domaine du langage, son vocabulaire explose entre 2 et 3 ans. Il commence à faire des phrases et parvient à prononcer son prénom. Son absorption spontanée de la langue est facilitée par tous les livres qu’il feuillette, les moments de lecture partagés, surtout s’ils sont associés à une tendre proximité. Continuez de nommer les choses et de reprendre ce qu’il dit en le complétant avec un vocabulaire juste, précis : à cet âge-là, il assimile sans effort. Jouez à commenter des photos ou des images à thèmes (animaux de ferme, fruits…). Faites vos propres images classifiées, typiques de la pédagogie Montessori.

Vous avez peut-être aussi hâte de faire votre première promenade avec votre tout jeune marcheur ? Excellente idée, il lui faut s’exercer pour consolider son acquis. Avec un bémol : son rythme n’est pas le vôtre, généralement pressé et répondant à un itinéraire bien défini. Accordez-vous une petite virée montessorienne de temps en temps. Vous vous contenterez d’aller là où il va, sans autre but. La ligne droite n’est pas le chemin que l’enfant choisira. Et c’est lui alors qui vous conduira vers une découverte inattendue !

Tenir bon

Vous avez fait un vrai flop ? Vous ne serez pas les premiers. Vous avez préparé un super matériel et, quand vous l’avez présenté à l’enfant, il l’a purement et simplement ignoré. Peut-être lui avez-vous proposé une activité trop complexe pour lui ou en décalage avec son besoin du moment. Évaluer ce dont il est capable est parfois difficile. Et nous avons tendance à vouloir faire progresser les enfants trop vite. Revenez à l’observation : à quoi mon enfant s’intéresse-t-il en ce moment, quels sont ses gestes préférés ?

Un autre conseil pour bien réussir est de bien cadrer l’activité et de soigner la présentation. Cadrer la présentation signifie délimiter un espace dédié qui ne soit pas à la va-vite la table du salon. Utilisez un tapis d’activité au sol ou une chaise et une table adaptée.

Vous avez envie de dépoussiérer les jouets Montessori ? Allez-y, ne vous en privez pas. Le monde d’aujourd’hui offre bien plus de possibilités qu’au temps de Maria Montessori. Si vous avez compris les principes, laissez libre cours à votre imagination : ce seront vos jouets personnalisés pour votre enfant.

Vous arrive-t-il parfois d’avoir le sentiment que votre enfant régresse ?
Sachez que son évolution n’est pas linéaire. Son cerveau se développe de manière cyclique. Certains moments qui vous semblent être des retours en arrière sont naturels. Vous pouvez croire que la propreté est acquise et, d’un coup, constater le contraire pendant une semaine. Votre enfant recharge simplement ses batteries en faisant quelques pas de recul, pour mieux franchir l’étape.

« Il ne faut pas penser que tout se joue avant 6 ans ou avant 3 ans. Il convient plutôt de dire que tout se joue avant la mort. » Jean Epstein

 

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