Touche pas à mon corps !

La cour de récréation

On parle beaucoup de la violence au collège et au lycée, mais on parle peu de celle présente dans les cours de l’école maternelle et primaire.

Dans la cour, de génération en génération, les élèves apprennent les règles du jeu social. C’est un lieu où filles et garçons apprennent à se rencontrer, par une relation fondée sur l’évitement, le côtoiement, et parfois la provocation.
Ces interactions amènent les enfants à expérimenter la manière dont peuvent se rencontrer filles et garçons, à préciser le rôle social de chaque sexe.

Beaucoup d’enseignants s’intéressent peu à la cour, considérant la récréation avant tout comme un moment de pause. Pour eux, la cour est un lieu à surveiller, mais elle ne fait pas l’objet d’une réflexion pédagogique.
Or, il se passe tellement de choses importantes lors de ces moments de jeux et de socialisation ! Rappelons que, les enseignants restent, à ce moment de récréation, les garants de la sécurité physique, morale et affective des enfants.

Une violence banalisée

« Il me tient par le bras. Je n’ai pas envie. Je lui dis de me lâcher. Il ne veut pas. Je me débats et finis par aller le dire à la maîtresse. Elle me dit que ce n’est pas grave et me demande de repartir jouer. » Voilà les propos d’une petite fille de 6 ans en rentrant de l’école.

Le message envoyé par cette enseignante est le suivant : « Ta parole n’est pas importante. Si quelqu’un veut le toucher sans ton consentement, il peut le faire sans risque de punition.  » Le besoin de respect du corps n’est ni entendu, ni respecté.
En parallèle, en banalisant de la sorte ce qu’il s’est passé, le message envoyé au garçon est « Tu as le droit de toucher une fille même si elle n’est pas d’accord. »

Parents, professeurs, animateurs, dames de cantine, éducateurs, etc. : ce qui n’est pas accepté dans la société des adultes ne doit pas non plus l’être dans celle des enfants. Et c’est à nous, adultes, de nous tenir garants de la sécurité des enfants.

Au même titre que la violence physique (pourquoi s’autoriser à taper un enfant alors que c’est interdit de taper un adulte ?), le respect du corps de chacun doit être au centre des priorités des adultes en contact avec des enfants.

Stratégies

Apprenons dès le plus jeune âge aux enfants que leur corps leur appartient, et que personne ne peut le toucher sans leur accord. Soutenons les garçons et les filles qui viennent se plaindre d’avoir été touchés, poussés, tapés, etc. et, tout en les rassurant, montrons-leur que leur voix est importante.

Pour une éducation bienveillante et le respect de chacun, apprenons aux enfants à respecter leur propre corps et à respecter le corps de l’autre.

Pour rappel, tout enfant a « le droit d’être protégé de la violence, de la maltraitance et de toute forme d’abus et d’exploitation » selon la Convention internationale des droits de l’enfants (1989).

Voilà comment cela aurait pu se passer pour cette petite fille de 6 ans. La maîtresse aurait pu prendre le temps d’accueillir son émotion :
« Quand tu lui as demandé de te lâcher et qu’il ne l’a pas fait, est-ce que tu as eu peur et tu t’es sentie en colère parce que tu avais besoin de sécurité et de respect ? »

Elle aurait ensuite pu dire au garçon « Tu sais, quand elle me raconte qu’elle t’a demandé de la lâcher et que tu ne l’as pas fait, je me sens en colère et inquiète parce que j’ai besoin de protéger les enfants. Est-ce que tu comprends que son corps lui appartient et que tu n’as pas le droit de le toucher sans son accord ? »

Pour finir, l’institutrice aurait pu réunir tous les enfants autour de ce sujet et leur expliquer le respect et l’importance du corps.

L’ensemble des parents auraient également pu être invités à discuter de cet incident afin que tout l’environnement de l’école prenne conscience de l’importance de ce qui s’était joué ici. De plus, la petite fille se serait surement sentie entendue et soutenue.

Les stratégies ne manquent pas et sont importantes quand il s’agit du respect du corps de chacun, et davantage quand il s’agit de celui des enfants.

Dans le même registre : « Fais un bisou à la dame »

Par peur d’être jugés comme malpolis ou comme « mauvais parents », nous forçons parfois nos petits bouts à embrasser, câliner ou toucher des gens qu’ils ne connaissent même pas ou à qui ils ne veulent simplement pas s’adresser.
Mettons-nous à leur place… Qu’est-ce que cela nous ferait si on nous demandait d’embrasser ou de prendre dans nos bras un inconnu ou quelqu’un que nous n’apprécions pas particulièrement ?
Oui, la politesse s’apprend; et la meilleure façon de transmettre cette valeur, c’est de l’incarner. Proposons plutôt un salut de la main ou des mots pour inviter l’enfant à entrer en relation avec les autres.

Quelques outils concrets :
– La CNV (Communication NonViolente)
– La gestion des émotions
– Les ateliers philo

Louise Payet

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