Conférence de Josette Serres «Petite enfance et neurosciences : comprendre les besoins des enfants pour mieux les accueillir» 2019

Josette Serres est docteure en psychologie du développement.

Ancienne chercheuse au CNRS, elle est l’une des spécialistes françaises en neurosciences. josette-serres

 

 

 

 

 
L’intention de Josette est de rendre accessibles les découvertes neuroscientifiques afin de permettre aux professionnels de la petite enfance de reconsidérer leur pratiques d’accompagnement.

Que dit la recherche ? Que les enfants ont une grande dépendance à l’adulte.
La naissance de l’enfant est très prématurée si on la compare aux autre animaux, comme les poulains par exemple, qui savent déjà marcher à la naissance. Cela s’explique par le fait que le corps de la mère ne supporterait pas une gestation plus longue. De ce fait, l’enfant qui naît est totalement dépendant de l’adulte.

Le développement dépend de l’expérience : la meilleure comme la pire.

  • Lorsque l’enfant fait de nouvelles découvertes, des connexions se forment, d’autres se renforcent, d’autres s’affaiblissent et disparaissent.
  • L’efficacité des synapses est donc influencée par les informations reçues (bonnes ou mauvaises)
  • Cette capacité du cerveau à s’adapter en réaction à son environnement est essentielle à l’apprentissage.

Dans un environnement familial maltraitant, l’enfant vient à penser qu’il ne peut pas compter sur l’adulte alors qu’il en est totalement dépendant. Le rôle du professionnel est alors de montrer à l’enfant qu’il y a des adultes sur qui on peut s’appuyer.

La synaptogénèse – l’élagage neuronal

C’est la multiplication aléatoire des synapses suivie d’une disparition des moins utilisées. Elle conduit à une stabilisation du parcours de l’information. Le processus se poursuit jusqu’à 20 ans.

Le lobe frontal (contrôle) peut se développer jusqu’à 30 ans.

Comment le cerveau apprend – la théorie Bayesienne

  • On prédit en fonction des expériences ou des stéréotypes. Ex : Les garçons aiment la bagarre.
  • On fait des calculs de probabilités pour anticiper des événements. Ex : Il va pleuvoir.
  • On cherche des relations de cause à effet. Ex : Arrête de courir, tu vas tomber.

Le cerveau probabilise.

Les risques :

  • Des erreurs de perception.
  • Des généralisations abusives.
  • Des réactions à l’intrus.

Tout petit déjà, le bébé aime l’ordre.

  • Son cerveau trie les informations. « C’est familier, je connais. »
  • Il cherche des régularités. « Maman va-t-elle venir avec le biberon ? »
  • En ayant observé une situation identique 3 fois de suite, il la considère probable et donc prévisible. « Le soir, la maman de Paul arrive avant ma maman, donc… » C’est pour cela que les mamans qui pensant faire une surprise à leur enfant en venant le chercher plus tôt à la crèche le retrouvent parfois triste, en colère, ou surpris.
  • Il fait des hypothèses et les teste.
  • Il anticipe et corrige ses erreurs.

Dans notre système éducatif, se tromper, ce n’est pas bien.
Or, l’enfant fait des paris. Bien sur, il est important que le nombre de paris gagnants soit supérieur au nombre de paris perdants. Le logiciel retravaille quand la probabilité ne s’avère pas bonne. L’enfant travaille à comprendre le monde.

Le cerveau ne décalque pas le monde, il essaie de la prédire.

  • Prédire, c’est anticiper le danger pour l’éviter.
  • Notre cerveau calcule en permanence de qui doit se passer en fonction de ce qui s’est passé jusque là et c’est l’erreur de prédiction qui permet l’apprentissage.
  • Il est très important que l’enfant apprenne dans de bonnes conditions émotionnelles. Cela remet en cause le système de notation et d’humiliation.
  • Se développer, c’est non seulement construire et activer des stratégies cognitives mais aussi apprendre à inhiber des stratégies qui entrent en compétition.

Les hormones de l’attachement et le contrôle émotionnel.

Une attention constante aide l’enfant à développer des connexions qui lui permettraient plus tard d’apaiser seul ses états d’alerte.

Le cortisol active le circuit d’alerte. L’ocytocine active le circuit du plaisir.
Le cortisol est néfaste pour les neurones. Apaiser un cerveau sous cortisol, c’est possible en laissant l’enfant pleurer et en favorisant la sécrétion d’ocytocine, par un câlin par exemple.

Ne pas demander à l’enfant de se contrôler mais lui apprendre.

  • Avec des jeux de marche/arrêt. Ex : statues musicales.
  • Avec des changements de règles. Ex : on remplit la bassine de balles rouges, puis on la remplit de balles bleues.
  • En inhibant une réponse automatique. Ex : on miaule en voyant l’image d’un chien et on aboie en voyant celle d’un chat.

Le système nerveux sert à agir – tout est mouvement.

Le mouvement est notre seule façon d’avoir un effet sur le monde qui nous entoure. La communication, les gestes, l’écriture, la langue des signes…  sont tous faits par l’intermédiaire de contractions musculaires.

Référence à Emmi Pikler : l’adulte est là pour sécuriser l’exploration de l’enfant. C’est en essayant qu’on apprend.

Le rôle de l’adulte dans l’apprentissage.

  • L’enfant apprend par observation et imitation : d’où l’importance d’un comportement exemplaire.
  • L’enfant cherche à faire plaisir à l’adulte car il sait qu’il dépend de lui : l’autorité est évidente.

En résumé

L’enfant possède une vaste gamme d’intuitions précoces.

6 conditions pour que l’enfant comprenne le monde :

  • Faciliter le maintien de son attention (pas trop de choses en même temps)
  • Favoriser ses expériences par un engagement actif (curiosité, plaisir)
  • Le féliciter, le récompenser (un sourire peut suffire)
  • Le laisser se tromper pour qu’il détecte son erreur.
  • Répéter pour favoriser l’autonomisation.
  • Garder en tête le pouvoir stabilisant du sommeil.

Que faut-il leur apprendre ? Que doit faire l’éducateur ?

  • Leur apprendre à communiquer.
  • A explorer avec leur corps.
  • A développer leurs compétences inhibitrices.
  • Rendre l’enfant acteur de son éducation.
  • Changer de vocabulaire : une bêtise est une maladresse; un caprice est une frustration, un désir; l’enfant nous cherche nous dit qu’un de ses besoins n’est pas insatisfait…

Revoyons nos exigences.

  • Pour respecter, partager, l’enfant doit avoir conscience de l’autre. Cela viendra.
  • Pour respecter les règles, pour attendre, il faut savoir inhiber ses envies.
  • Un enfant qui « n’obéit pas » n’a peut-être tout simplement pas compris la règle.
  • Un enfant bouge beaucoup, c’est normal !

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